La crois­sance (6,9%) se main­tient au deuxième tri­mestre

Au deuxième tri­mestre, le PIB chi­nois est en hausse de 6,9 %. L’en­det­te­ment du pays est source d’in­quié­tudes

Le Monde - - LA UNE - Ma­rie de ver­gès

Pour l’éco­no­mie chi­noise, jus­qu’ici tout va bien. Très bien même. Au deuxième tri­mestre 2017, le pro­duit in­té­rieur brut (PIB) de la deuxième puis­sance éco­no­mique mon­diale a pro­gres­sé de 6,9 %, se­lon les chiffres pu­bliés lun­di 17 juillet. Un ré­sul­tat lé­gè­re­ment su­pé­rieur aux at­tentes des ana­lystes et iden­tique à ce­lui du pre­mier tri­mestre. A ce rythme, la Chine de­vrait sans peine at­teindre l’ob­jec­tif of­fi­ciel de crois­sance, fixé par les au­to­ri­tés, à 6,5 % pour l’an­née 2017.

Cette per­for­mance a été por­tée par le re­tour à meilleure fortune du com­merce in­ter­na­tio­nal et de la conjonc­ture mon­diale: les usines du géant asia­tique ont tour­né à plein ré­gime pour ré­pondre à la de­mande ex­té­rieure, comme en té­moignent les bonnes sta­tis­tiques sur la pro­duc­tion in­dus­trielle et l’in­ves­tis­se­ment ren­dues pu­bliques lun­di. La de­mande in­terne se tient bien éga­le­ment, avec des ventes de dé­tail orien­tées à la hausse.

«Ce qu’il est im­por­tant de no­ter, c’est que tout ce­la est for­te­ment sou­te­nu par le cré­dit et l’in­ves­tis­se­ment, ex­plique Ch­ris­to­pher Bal­ding, pro­fes­seur à l’école de com­merce HSBC à Shenz­hen, à l’agence Bloom­berg. Mal­gré les dis­cours, il n’y a donc pas de chan­ge­ment dans le mo­dèle de crois­sance chi­nois. » De­puis des an­nées, Pé­kin sou­tient son éco­no­mie à coups de gi­gan­tesques plans de re­lance mo­né­taires et bud­gé­taires. Un ef­fort cou­ron­né de suc­cès mais dont le co­rol­laire – l’en­vo­lée de l’en­det­te­ment – in­quiète en Chine et ailleurs.

La dette chi­noise to­tale (mé­nages, en­tre­prises non fi­nan­cières, Etat et col­lec­ti­vi­tés) dé­passe dé­sor­mais 250 % du PIB, contre 151 % fin 2006. En ou­vrant grand les vannes du cré­dit, Pé­kin a contri­bué à la fa­bri­ca­tion de vastes sur­ca­pa­ci­tés in­dus­trielles et fa­vo­ri­sé la for­ma­tion de bulles, no­tam­ment dans l’im­mo­bi­lier.

Face à cette spi­rale, les aver­tis­se­ments se mul­ti­plient. Ven­dre­di, l’agence de no­ta­tion fi­nan­cière Fitch a main­te­nu la note de la Chine, àA +, mais mis en garde contre le risque d’un « choc éco­no­mique

et fi­nan­cier» du fait de la flam­bée de l’en­det­te­ment. Fin mai, sa consoeur Moo­dy’s avait été plus sé­vère: pour la pre­mière fois en vingt-huit ans, elle a dé­gra­dé la note de cré­dit de la Chine (de Aa3 à A1), di­sant craindre une éro­sion de la so­li­di­té fi­nan­cière de la deuxième éco­no­mie mon­diale.

Ser­rage de vis

Les au­to­ri­tés vont-elles s’at­ta­quer sé­rieu­se­ment au pro­blème? Inu­tile d’en dou­ter, a as­su­ré le pré­sident chi­nois Xi Jin­ping à l’oc­ca­sion d’une con­fé­rence gou­ver­ne­men­tale sur la fi­nance qui se te­nait ven­dre­di et sa­me­di. Le pays, a-t-il pro­mis, va pour­suivre ses ef­forts de désen­det­te­ment des en­tre­prises d’Etat et contrô­ler stric­te­ment les nou­veaux em­prunts contrac­tés par les ad­mi­nis­tra­tions lo­cales.

Entre autres an­nonces rap­por­tées par la presse of­fi­cielle, le ré­gime pré­voit de ren­for­cer le rôle de su­per­vi­sion de la banque cen­trale. Il en­tend aus­si créer une «Com­mis­sion de la sta­bi­li­té et du dé­ve­lop­pe­ment fi­nan­cier », di­rec­te­ment pla­cée sous contrôle gou­ver­ne­men­tal.

Les au­to­ri­tés ne cessent de mar­te­ler qu’elles veulent da­van­tage mettre l’ac­cent sur la maî­trise des risques fi­nan­ciers. Ces der­niers temps, les condi­tions d’oc­troi du cré­dit ont dé­jà été dur­cies. L’équa­tion, pour­tant, est dé­li­cate. Po­li­ti­que­ment d’abord, à l’ap­proche d’un im­por­tant ren­dez-vous : à l’au­tomne, le Par­ti com­mu­niste chi­nois tient son 21e congrès, au cours du­quel Xi Jin­ping es­père ob­te­nir un nouveau man­dat de cinq ans. Se­lon les ana­lystes, il est peu pro­bable qu’il prenne, d’ici là, des dé­ci­sions sus­cep­tibles de frei­ner for­te­ment la crois­sance.

Le dé­bat semble pour­tant gros­sir à l’in­té­rieur du pays. Lun­di, le

Quo­ti­dien du peuple pu­bliait, en pre­mière page, un com­men­taire ap­pe­lant à lut­ter ef­fi­ca­ce­ment contre «les risques qui viennent de la li­qui­di­té, du cré­dit, de la fi­nance de l’ombre, des fluc­tua­tions anor­males sur les mar­chés de ca­pi­taux et des bulles im­mo­bi­lières ».

S’il s’ac­cen­tue, le ser­rage de vis fi­nan­cier des au­to­ri­tés de­vrait fi­nir par pe­ser un peu sur la crois­sance. Au se­cond se­mestre peut-être, et en 2018 plus sû­re­ment. Celle-ci pour­rait tom­ber l’an pro­chain à 5,9 %, aver­tis­sait ain­si Fitch ven­dre­di. En pu­bliant ses chiffres lun­di, le bu­reau na­tio­nal des sta­tis­tiques a d’ailleurs sem­blé vou­loir pré­pa­rer les es­prits à un ra­len­tis­se­ment. « Glo­ba­le­ment, l’éco­no­mie a conti­nué à dé­mon­trer une so­lide pro­gres­sion au pre­mier se­mestre, a dé­crit son porte-pa­role Xing Zhi­hong. Mais il reste d’im­por­tants fac­teurs d’in­sta­bi­li­té et d’in­cer­ti­tudes au plan in­ter­na­tio­nal, et au plan do­mes­tique, l’ac­cu­mu­la­tion de dés­équi­libres struc­tu­rels de long terme de­meure. »

La dette to­tale (mé­nages, en­tre­prises non fi­nan­cières, Etat et col­lec­ti­vi­tés) dé­passe dé­sor­mais 250 % du PIB

LIU DEBIN/ IMAGINECHINA

Une usine de pro­duc­tion d’acier, sec­teur qui bé­né­fi­cie lar­ge­ment des fonds pu­blics, à Da­lian, dans le nor­dest du pays.

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