87 000 ba­che­liers sans af­fec­ta­tion dans le su­pé­rieur

87 000 fu­turs étu­diants n’ont pas d’af­fec­ta­tion. Le mi­nis­tère cherche des so­lu­tions à court et à moyen terme

Le Monde - - LA UNE - Ca­mille strom­bo­ni

L’en­trée à l’uni­ver­si­té se­ra l’un des feuille­tons de l’été. Entre le cas­se­tête du nombre d’étu­diants aux­quels il faut encore trou­ver une place pour la rentrée 2017, et la né­go­cia­tion sur les cri­tères d’en­trée, la nou­velle mi­nistre de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur se­ra fort oc­cu­pée à gé­rer le dos­sier des fa­cul­tés sur­char­gées.

Ar­ri­vée à la veille de l’ou­ver­ture de cette cam­pagne d’ad­mis­sion dif­fi­cile, Fré­dé­rique Vi­dal tente de li­mi­ter au maxi­mum ce qui est una­ni­me­ment vé­cu comme une in­jus­tice : le ti­rage au sort pra­ti­qué à l’en­trée de l’uni­ver­si­té pour dé­par­ta­ger les trop nom­breux can­di­dats. Elle a pro­mis d’y mettre fin dès 2018 et de­vait ou­vrir, lun­di 17juillet, une concer­ta­tion avec tous les ac­teurs concer­nés sur l’ad­mis­sion dans l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur. Avec l’in­flam­mable ques­tion de la sé­lec­tion à l’uni­ver­si­té, qui met le gou­ver­ne­ment sous pres­sion : la der­nière ré­forme pré­voyant l’in­tro­duc­tion d’une sé­lec­tion, le pro­jet de loi De­va­quet de 1986, s’est sol­dée par l’aban­don du texte, face aux mo­bi­li­sa­tions étu­diantes.

Mais la mi­nistre doit avant tout gé­rer l’ur­gence, et as­su­rer la rentrée 2017. La troi­sième phase d’ad­mis­sion dans l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur, dont les pre­miers ré­sul­tats ont été com­mu­ni­qués aux can­di­dats ven­dre­di 14 juillet, confirme le scé­na­rio ca­tas­trophe : 87 000 ba­che­liers ou étu­diants en ré­orien­ta­tion n’ont ob­te­nu au­cune proposition de for­ma­tion (uni­ver­si­té, classes pré­pa­ra­toires, DUT, BTS…) – 541 000 ont été sou­la­gés. Près de 10 000 n’ont pas eu la place qu’ils de­man­daient à l’uni­ver­si­té. Une cel­lule na­tio­nale de sui­vi des ad­mis­sions post-bac a été mise en place afin de co­or­don­ner le dia­logue avec les uni­ver­si­tés, pour iden­ti­fier les places sup­plé­men­taires qui peuvent y être ou­vertes.

Le long week-end de fête na­tio­nale n’a pas man­qué d’être le théâtre sur les ré­seaux so­ciaux des cris de déses­poir et de co­lère des jeunes re­ca­lés. Si le nombre de places ac­tuel­le­ment pro­po­sées dans la der­nière phase com­plé­men­taire sur la plate-forme d’Ad­mis­sion post-bac (APB), qui dure jus­qu’à sep­tembre, est bien su­pé­rieur à ce­lui des can­di­dats mal­heu­reux, rien ne dit qu’elles cor­res­pon­dront à leurs as­pi­ra­tions et à leurs contraintes géo­gra­phiques.

Plus cho­quant encore: ces mil­liers de can­di­dats res­tés sur le car­reau de la seule fi­lière cen­sée être ou­verte à tous, l’uni­ver­si­té, l’avaient de­man­dée en pre­mier voeu d’orien­ta­tion dans leur aca­dé­mie. Avec une in­com­pré­hen­sion d’au­tant plus forte que cer­taines li­cences uni­ver­si­taires, si­glées sur la plate-forme APB en « pas­tille verte » – ce qui si­gni­fiait que les can­di­dats de­vaient être as­su­rés d’y avoir une place – n’ont pour la pre­mière fois pas pu ré­pondre à la de­mande.

«Je n’ai rien, rien du tout», té­moigne ain­si Eliott, 17 ans, qui n’en re­vient pas. Fraî­che­ment di­plô­mé d’un bac ES men­tion as­sez bien dans la Drôme, le jeune homme reste « en at­tente de place » dans tous ses voeux uni­ver­si­taires, en ad­mi­nis­tra­tion éco­no­mique et sociale (AES) et en his­toire à Lyon, en in­for­ma­tion com­mu­ni­ca­tion à Mont­pel­lier, et même sur la « pas­tille verte » en éco­no­mie-ges­tion qu’il de­man­dait dans sa ville, à Va­lence.

Face à l’ar­ri­vée des en­fants du boom dé­mo­gra­phique des an­nées 2000 de­puis dé­jà trois ans, l’uni­ver­si­té craque, avec près de 30 000 étu­diants de plus chaque an­née, et des moyens qui stag­nent. Les li­cences les plus en ten­sion ont li­mi­té les ca­pa­ci­tés d’ac­cueil et pro­cèdent à un ti­rage au sort pour dé­par­ta­ger les trop nom­breux pos­tu­lants. En 2016, 3500 can­di­dats ont ain­si été écar­tés de 78 li­cences, prin­ci­pa­le­ment en sciences et tech­niques des ac­ti­vi­tés phy­siques et spor­tives (Staps) et en psy­cho­lo­gie. Cette fois-ci, 92 li­cences ont eu re­cours au ha­sard pour dé­par­ta­ger les can­di­dats, en Staps pour un tiers d’entre elles, mais aus­si en sciences de l’édu­ca­tion, en arts du spec­tacle, en in­for­ma­tion-com­mu­ni­ca­tion, en droit…

S’il est pour l’ins­tant dif­fi­cile de com­pa­rer vé­ri­ta­ble­ment les chiffres d’une an­née sur l’autre, étant don­né l’évo­lu­tion des pa­ra­mé­trages d’APB, le constat des ac­teurs est sans ap­pel. «Le sys­tème est à bout de souffle», ré­sume Li­lâ Le Bas, la pré­si­dente de l’UNEF. Le syn­di­cat étu­diant a mis en place un ser­vice d’ac­com­pa­gne­ment pris d’as­saut de­puis ven­dre­di.

«Cette ses­sion est la pire que nous ayons vé­cue, c’était at­ten­du », confirme Didier Delignières, pré­sident de la con­fé­rence des doyens de Staps. La fi­lière a concen­tré 33000 pre­miers voeux de can­di­dats à l’ou­ver­ture d’APB, le 8juin (contre 28000 en 2016), alors qu’elle ne dis­pose tou­jours que de 16 000 places.

« C’est un cau­tère »

Si le gou­ver­ne­ment a pu trou­ver une so­lu­tion pour le mil­lier de can­di­dats re­ca­lés à l’en­trée d’une pre­mière an­née com­mune aux études de san­té (Paces) en Ile-deF­rance, à la mi-juin, dans d’autres fi­lières dé­bor­dées de­puis plu­sieurs an­nées, la mis­sion se ré­vèle im­pos­sible. La mi­nistre a de nouveau pro­mis, ven­dre­di, un sou­tien fi­nan­cier aux uni­ver­si­tés dis­po­sant « d’ul­times marges de ma­noeuvre » pour pous­ser les murs. En Staps, quelques cen­taines de places ont ain­si pu être dé­blo­quées en ur­gence, se­lon M. Delignières. «C’est un cau­tère sur une jambe de bois, re­con­naît-il. Mais nous n’avons ni les équi­pe­ments ni les en­sei­gnant­scher­cheurs pour faire plus. »

Avec 40000étu­diants sup­plé­men­taires en pers­pec­tive, la rentrée qui ar­rive est par­ti­cu­liè­re­ment re­dou­tée. « Ce­la va être dif­fi­cile, les am­phis se­ront encore plus rem­plis, c’est évident. Mais il faut don­ner au moins une chance à tous d’ac­cé­der à l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur », sou­tient Jimmy Los­feld, pré­sident la FAGE, pre­mier syn­di­cat étu­diant.

Du cô­té des en­sei­gnants-cher­cheurs, la crainte est grande. « Je suis très pes­si­miste, re­con­naît Franck Lou­rei­ro, se­cré­taire gé­né­ral ad­joint du SGEN-CFDT. Les col­lègues sont épui­sés, les groupes de tra­vaux di­ri­gés sont plé­tho­riques dans de nom­breuses fi­lières… On tire tou­jours plus sur l’élas­tique mais quand ça va cra­quer, ça va faire très mal. »

La sé­vère coupe bud­gé­taire de 331mil­lions d’eu­ros dans l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur et la re­cherche en 2017, an­non­cée quelques jours plus tôt, ajoute à l’in­quié­tude. La con­fé­rence des pré­si­dents d’uni­ver­si­té a dé­jà aler­té du « dan­ger » que fait pe­ser une telle dé­ci­sion sur la rentrée, avec une iné­luc­table dé­gra­da­tion des condi­tions d’études dans les éta­blis­se­ments.

« Cette ses­sion est la pire que nous ayons vé­cue, c’était at­ten­du » DIDIER DELIGNIÈRES pré­sident de la con­fé­rence des doyens de Staps

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.