Ma­cron offre à Né­ta­nya­hou un sou­tien au-de­là de ses es­pé­rances

Le pré­sident a re­çu le pre­mier mi­nistre is­raé­lien dans le cadre de la com­mé­mo­ra­tion de la rafle du Vél’ d’Hiv

Le Monde - - INTERNATIONAL - Marc se­mo

User de sym­boles his­to­riques forts et bri­ser des ta­bous, au risque de cau­tion­ner des per­son­na­li­tés politiques contro­ver­sées: Em­ma­nuel Ma­cron af­firme sa mé­thode en ma­tière de po­li­tique in­ter­na­tio­nale. Deux jours après avoir cé­lé­bré, aux cô­tés de Do­nald Trump, le cen­te­naire de l’en­trée en guerre des Etats-Unis dans la pre­mière guerre mon­diale, le pré­sident fran­çais a com­mé­mo­ré, aux cô­tés du pre­mier mi­nistre is­raé­lien, Be­nya­min Né­ta­nya­hou, le 75e anniversaire de la rafle du Vél’d’Hiv, l’ar­res­ta­tion par la po­lice française de plus de 13 000 juifs de la ré­gion pa­ri­sienne, dont 4 000 en­fants, dé­por­tés en­suite vers les camps de la mort na­zis.

« Cette in­vi­ta­tion est un geste fort, qui té­moigne de l’ami­tié an­cienne et pro­fonde entre la France et Is­raël », a lan­cé M. Né­ta­nya­hou, qui a com­men­cé en fran­çais son dis­cours avant de pas­ser à l’an­glais puis de conclure sur un vi­brant « Li­ber­té, éga­li­té, fra­ter­ni­té », à nouveau dans la langue de Mo­lière. Et de sa­luer l’hé­roïsme des Fran­çais « qui, au pé­ril de leur vie mais aus­si de celle de leur fa­mille, ont sau­vé leurs com­pa­triotes juifs ».

Con­vic­tion et em­pa­thie

Ja­mais jus­qu’ici un di­ri­geant is­raé­lien n’avait été in­vi­té à as­sis­ter à cette cé­ré­mo­nie, même quand le pré­sident Jacques Chi­rac, en 1995, avait re­con­nu pour la pre­mière fois que «la France avait com­mis l’ir­ré­pa­rable » et la res­pon­sa­bi­li­té de l’Etat fran­çais, au tra­vers de Vi­chy. Aus­si bien Ni­co­las Sar­ko­zy que Fran­çois Hol­lande avaient eux aus­si vou­lu évi­ter toute confu­sion entre la po­li­tique française vis-àvis de l’Etat hé­breu, et plus gé­né­ra­le­ment du pro­ces­sus de paix is­raé­lo-pa­les­ti­nien, et la mé­moire de cette tra­gé­die.

C’est un pa­ri de la part d’Em­ma­nuel Ma­cron qui, avec Be­nya­min Né­ta­nya­hou, comme au­pa­ra­vant avec Do­nald Trump ou avec le pré­sident russe, Vla­di­mir Pou­tine, es­père faire bou­ger les lignes en jouant de ses ca­pa­ci­tés de con­vic­tion et d’em­pa­thie. Au risque d’en faire trop.

« Nous ne cé­de­rons rien aux mes­sages de haine, à l’an­ti­sio­nisme parce qu’il est la forme ré­in­ven­tée de l’an­ti­sé­mi­tisme », a sou­li­gné le pré­sident fran­çais, en as­su­rant que la France conti­nue­rait de me­ner au cô­té d’Is­raël la lutte «contre le ter­ro­risme obs­cur et le pire des fa­na­tismes». Des propos qui ne pou­vaient que ra­vir le di­ri­geant is­raé­lien.

Ce der­nier ne cesse de ré­pé­ter que la re­mise en cause de la po­li­tique me­née par Is­raël vise à dé­lé­gi­ti­mer l’exis­tence de l’Etat hé­breu et que son pays est la pre­mière cible d’un ter­ro­risme mon­dial qui vise l’en­semble de l’Oc­ci­dent. «Ils es­saient de nous dé­truire comme de vous dé­truire », a-t-il in­sis­té.

A l’is­sue d’une réunion de travail à l’Ely­sée entre les deux di­ri­geants, M. Ma­cron a ap­pe­lé «à une re­prise des né­go­cia­tions entre les Is­raé­liens et les Pa­les­ti­niens dans le cadre d’une re­cherche d’une so­lu­tion à deux Etats, vi­vant côte à côte dans des fron­tières sûres et re­con­nues avec Jé­ru­sa­lem pour ca­pi­tale ».

Et de sou­li­gner aus­si que « la pour­suite des construc­tions dans les co­lo­nies » viole le droit in­ter­na­tio­nal, met­tant en pé­ril toute so­lu­tion po­li­tique. Une po­si­tion qui est tra­di­tion­nel­le­ment celle de Pa­ris et que le pré­sident fran­çais avait encore ré­pé­tée dé­but juillet au pré­sident de l’Au­to­ri­té pa­les­ti­nienne, Mah­moud Ab­bas. Pen­dant sa cam­pagne, M. Ma­cron était res­té re­la­ti­ve­ment dis­cret sur ce dos­sier, tout en rap­pe­lant son op­po­si­tion à toute re­con­nais­sance uni­la­té­rale par Pa­ris de l’Etat pa­les­ti­nien.

Dans les der­niers mois de la pré­si­dence Hol­lande, Pa­ris s’était ac­ti­vé pour ten­ter de re­lan­cer un pro­ces­sus de paix au point mort et avait or­ga­ni­sé une con­fé­rence in­ter­na­tio­nale en juin 2016 puis en jan­vier 2017.

« Nous ne cé­de­rons rien aux mes­sages de haine, à l’an­ti­sio­nisme, car il est la forme ré­in­ven­tée de l’an­ti­sé­mi­tisme » EM­MA­NUEL MA­CRON

« Vi­gi­lance »

Le pre­mier mi­nistre is­raé­lien avait re­fu­sé de par­ti­ci­per à cette ini­tia­tive « vi­sant à faire re­cu­ler la paix » et qu’il avait dé­non­cée à l’époque comme « une con­fé­rence tru­quée par les Pa­les­ti­niens sous l’aus­pice de la France». Le nouveau pré­sident fran­çais s’est bien gar­dé de re­lan­cer le su­jet. M. Né­ta­nya­hou en­tend n’ac­cep­ter rien d’autre que des dis­cus­sions di­rectes avec les Pa­les­ti­niens, dans les­quelles il est en po­si­tion de force.

Au-de­là des pho­tos et des ac­co­lades, la ren­contre entre MM. Ma­cron et Né­ta­nya­hou n’an­nonce pas né­ces­sai­re­ment un cours nouveau dans les re­la­tions entre Pa­ris et Tel-Aviv. Le pré­sident a as­su­ré au pre­mier mi­nistre is­raé­lien de la « vi­gi­lance » des au­to­ri­tés fran­çaises pour « la mise en oeuvre stricte » de l’ac­cord sur le nu­cléaire ira­nien de juillet 2015. Il a aus­si af­fir­mé par­ta­ger « les in­quié­tudes is­raé­liennes sur l’ar­me­ment du Hez­bol­lah », le mou­ve­ment chiite li­ba­nais sou­te­nu par Té­hé­ran.

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