« L’UE pour­ra avoir un rôle-clé » dans la re­cons­truc­tion de la Sy­rie

Le Monde - - INTERNATIONAL - A. s et m. se

sur la sy­rie, l’Union eu­ro­péenne avait or­ga­ni­sé en avril à Bruxelles une con­fé­rence des do­na­teurs. N’y a-t-il pas un risque, en évo­quant dé­jà la re­cons­truc­tion, d’ap­por­ter un sou­tien au ré­gime ? La con­fé­rence de Bruxelles n’était pas seule­ment une con­fé­rence des do­na­teurs, mais éga­le­ment une con­fé­rence po­li­tique vi­sant à sou­te­nir le pro­ces­sus po­li­tique me­né par les Na­tions unies. De­puis le dé­but de la guerre, l’Union et les Etats membres ont in­ves­ti au­tour de 10 mil­liards d’eu­ros pour ai­der les Sy­riens à l’in­té­rieur du pays et dans les pays voi­sins. L’aide hu­ma­ni­taire, comme c’est la règle, est des­ti­née à tous ceux qui en ont be­soin, sans dis­tinc­tion.

On a aus­si com­men­cé à ex­plo­rer la fa­çon de sou­te­nir des pro­ces­sus lo­caux – comme ce­lui de la zone de déses­ca­lade ré­cem­ment agréée par la Rus­sie, les Etats-Unis et la Jor­da­nie dans le sud-ouest du pays. Ces pro­ces­sus, s’il y a un ces­sez-le-feu lo­cal dans le contexte des né­go­cia­tions politiques à Ge­nève, pour­raient créer les condi­tions d’un re­tour à une vie nor­male. L’UE pour­rait alors sou­te­nir ceux qui y vivent, en s’as­su­rant que ses aides ne pro­fitent pas au ré­gime, mais tou­jours et seule­ment à la po­pu­la­tion ci­vile.

En­fin, il y a la pos­si­bi­li­té de mettre sur la table des né­go­cia­tions de Ge­nève – en ac­cord avec le se­cré­taire gé­né­ral de l’ONU et son émis­saire pour la Sy­rie, Staf­fan de Mis­tu­ra – une «prime pour la paix» liée à la conclu­sion d’un ac­cord po­li­tique. Le coût de la re­cons­truc­tion de la Sy­rie va dé­pas­ser tout ce que l’on peut ima­gi­ner. Per­sonne, ni les Russes, ni les pays du Golfe, ni les Amé­ri­cains n’au­ront les moyens de l’as­su­rer seuls. L’UE non plus, mais elle pour­ra avoir un rôle clef. Mais il faut être clair : la re­cons­truc­tion ne dé­mar­re­ra que quand le pro­ces­sus de tran­si­tion po­li­tique au­ra com­men­cé.

Même si Ba­char Al-As­sad reste au pou­voir ?

La tran­si­tion po­li­tique en Sy­rie, telle qu’elle est dé­fi­nie dans le cadre de l’ONU, est un pro­ces­sus. Il se­rait ir­réa­liste d’ima­gi­ner qu’après sept ans de guerre – une guerre contre l’EI mais aus­si une guerre ci­vile – et des cen­taines de mil­liers de morts, les Sy­riens puissent se re­trou­ver exac­te­ment au point de dé­part, comme si rien ne s’était pas­sé. C’est néan­moins aux Sy­riens eux-mêmes de dé­ci­der, dans le cadre des né­go­cia­tions à Ge­nève, com­ment doit se dé­rou­ler ce pro­ces­sus et quelle se­ra son is­sue. Il y a dans ce pays une culture po­li­tique « so­phis­ti­quée », no­tam­ment dans la so­cié­té ci­vile, qu’il ne faut pas sous-es­ti­mer.

Il me semble aus­si im­por­tant qu’outre Mos­cou et Wa­shing­ton, les ac­teurs ré­gio­naux soient plus im­pli­qués. Ce que nous pou­vons faire, nous, en tant qu’Eu­ro­péens, et que nous fai­sons chaque jour, est de conti­nuer à sou­te­nir cette dy­na­mique, à ai­der et à ac­com­pa­gner les Sy­riens qui dé­si­rent la paix et la dé­mo­cra­tie pour leur pays.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.