In­quié­tude en Chine sur le sort de l’épouse du Prix No­bel Liu Xiao­bo

Les proches de la poé­tesse Liu Xia sont sans nou­velles de­puis les fu­né­railles du dis­si­dent

Le Monde - - INTERNATIONAL - Pé­kin - en­voyé spé­cial ha­rold thi­bault

Les amis de l’ar­tiste Liu Xia étaient tou­jours sans contact di­rect avec elle quatre jours après le décès de son époux, le Prix No­bel de la paix Liu Xiao­bo. Ils s’in­quiètent de son état après avoir vu les pho­tos de Mme Liu, dif­fu­sées par les au­to­ri­tés, lors des fu­né­railles de l’in­tel­lec­tuel dis­si­dent, or­ga­ni­sées sa­me­di 15 juillet à huis clos et sous haute sur­veillance.

Les Etats-Unis, l’Union eu­ro­péenne ou encore l’Aus­tra­lie ont ap­pe­lé la Chine à lais­ser la poète et pho­to­graphe, qui a per­du son père en 2016 et sa mère en avril, quit­ter le ter­ri­toire. Le co­mi­té No­bel nor­vé­gien s’est dit « pro­fon­dé­ment in­quiet » du sort de Mme Liu.

Sa­me­di, un res­pon­sable du bu­reau de la pro­pa­gande de la ville de She­nyang, où M. Liu était hos­pi­ta­li­sé, Zhang Qin­gyang, a sou­te­nu sans ver­gogne : « Au­tant que je sache, Liu Xia est libre.» Il a ajou­té qu’en pé­riode de deuil, «elle n’ac­cep­te­ra[it] plus les per­tur­ba­tions ex­té­rieures ». « Le gou­ver­ne­ment chi­nois pro­té­ge­ra ses droits lé­gi­times en tant que ci­toyenne chi­noise », a ajou­té M. Zhang. Or Liu Xia, qui n’a ja­mais été condam­née, a été main­te­nue en ré­si­dence sur­veillée à l’iso­le­ment de­puis l’ar­res­ta­tion de son ma­ri fin 2008.

Les images des fu­né­railles montrent la veuve, avec des lu­nettes noires, ré­con­for­tée au cré­ma­to­rium par son frère, à cô­té de l’aî­né de son ma­ri et de trois autres per­sonnes. Les cendres de l’in­tel­lec­tuel ont en­suite été dis­per­sées en mer près de la ville de Da­lian. Aux yeux du ré­gime, une tombe au­rait ris­qué de de­ve­nir un lieu de pè­le­ri­nage pour les mi­li­tants des droits de l’homme. « In­hu­main, une in­sulte, une honte, dé­goû­tant », a dé­non­cé l’ar­tiste star chi­nois Ai Wei­wei sur Twit­ter.

La con­fé­rence de presse qui a sui­vi a ul­cé­ré les ac­ti­vistes chi­nois. Liu Xiao­guang, l’aî­né de l’in­tel­lec­tuel mort jeu­di d’un can­cer du foie, a consa­cré la ving­taine de mi­nutes de­vant les ca­mé­ras à faire l’éloge du Par­ti com­mu­niste chi­nois (PCC), le même PCC que Liu Xiao­bo a dé­non­cé toute sa vie et qui le je­ta en pri­son pour « sub­ver­sion» après qu’il eut ré­di­gé en 2008 un ma­ni­feste en fa­veur de la dé­mo­cra­ti­sa­tion de la Chine. Sans que l’on sache quel moyen de pres­sion l’a convain­cu de dé­fendre ain­si le «sys­tème so­cia­liste » que son ca­det a dé­non­cé sans re­lâche au prix de sa li­ber­té.

« L’at­ten­tion du Par­ti »

« Tout du long pour mon troi­sième frère Liu Xiao­bo, du trai­te­ment à la cré­ma­tion et à la dis­per­sion en mer, tout le pro­cé­dé a été une illus­tra­tion et un sym­bole du sou­ci hu­ma­niste et de l’at­ten­tion du Par­ti et du gou­ver­ne­ment », a dé­cla­ré le frère du cri­tique du ré­gime, ajou­tant qu’en­ter­rer les restes du dé­funt «oc­cu­pe­rait du ter­rain» et qu’il «fau­drait des tra­vaux», et pré­ci­sant à propos de cette mé­thode : « On ne peut pas dire que ce soit mauvais, mais ça ne se conforme pas bien à la concep­tion de l’en­vi­ron­ne­ment du XXIe siècle. »

Une fois dites les louanges du par­ti unique, le frère a pu dis­po­ser. « Liu Xiao­guang est en grande peine, a dit l’in­ter­prète. Main­te­nant nous vou­drions lui de­man­der de se re­po­ser. » Le frère a quit­té la salle, ci­ga­rette dé­jà à la bouche. Quelques jour­na­listes ont ten­té des ques­tions – « Etes-vous libre ? » «Où se trouve ac­tuel­le­ment Liu Xia ? » –, res­tées sans ré­ponse.

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