Florent Ver­dier, l’avo­cat des étu­diants re­ca­lés

De­puis trois ans, il a fait des re­cours contre les uni­ver­si­tés sa spé­cia­li­té

Le Monde - - FRANCE - C. st.

De­puis le 8 juin, son té­lé­phone ne cesse de vi­brer. Comme si les dé­çus de la plate-forme Ad­mis­sion post bac (APB), qui ré­par­tit les ba­che­liers dans l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur, s’étaient pas­sé le mot. Au té­lé­phone ce 27 juin, un père in­quiet pour son fils, fu­tur ba­che­lierS « qui a de très bonnes notes » mais a été re­fu­sé en li­cence de sciences et tech­niques des ac­ti­vi­tés phy­siques et spor­tives. Im­pos­sible d’agir en jus­tice pour l’ins­tant, le pro­ces­sus APB n’étant pas ter­mi­né, lui ré­pond Me Florent Ver­dier, qui en pro­fite pour dé­li­vrer quelques conseils à ce po­ten­tiel fu­tur client.

Pas de doute, l’avo­cat bor­de­lais de 37 ans est dé­sor­mais iden­ti­fié comme le dé­fen­seur des can­di­dats re­ca­lés à l’en­trée de l’uni­ver­si­té, seule fi­lière de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur où la sé­lec­tion est of­fi­ciel­le­ment in­ter­dite. Rien dans son par­cours ne pré­des­ti­nait pour­tant cet homme qui a dé­bu­té sa car­rière dans le droit des af­faires pu­bliques au bar­reau de Dra­gui­gnan (Var), en 2013, à s’en­ga­ger dans cette « niche » du monde uni­ver­si­taire, qui consti­tue dé­sor­mais la ma­jeure par­tie de son ac­ti­vi­té.

De­puis trois ans, il sillonne les tri­bu­naux ad­mi­nis­tra­tifs de France pour plai­der la cause de ses clients, en ma­jo­ri­té des étu­diants re­ca­lés en mas­ter. «Et bim bam boum, la plus haute ju­ri­dic­tion ad­mi­nis­tra­tive, le Conseil d’Etat, a confir­mé que toute sé­lec­tion en mas­ter était illé­gale ! », ra­conte, théâ­tral, Me Ver­dier. C’était en fé­vrier 2016. « Un sa­cré bor­del », sou­rit l’avo­cat, ra­vi d’avoir vu son ar­gu­men­taire re­con­nu au plus haut ni­veau. Dix mois plus tard, le gou­ver­ne­ment Hol­lande pro­mulgue un texte lé­ga­li­sant la sé­lec­tion en mas­ter. «A mon ni­veau, j’ai par­ti­ci­pé à l’évo­lu­tion de la ré­gle­men­ta­tion d’un ser­vice public jusque-là to­ta­le­ment opaque », se fé­li­cite-t-il.

C’est par ha­sard pour­tant qu’à l’été 2014 il se sai­sit de son pre­mier dos­sier étu­diant. Une jeune fille, ve­nue le voir pour un pro­blème de sup­pres­sion du RSA de sa mère, lui ra­conte son désar­roi d’avoir été re­fu­sée en mas­ter 2 en sciences cri­mi­nelles, à Aix-en-Pro­vence. Il dé­fend mère et fille, et rem­porte sa pre­mière vic­toire puisque l’uni­ver­si­té ins­crit sa cliente avant même le pro­cès. Il tombe de haut lors de sa deuxième af­faire – une étu­diante re­fu­sée en ma­na­ge­ment à l’uni­ver­si­té de Fran­cheCom­té. « Re­je­té ! », s’égo­sille-t-il encore. La ma­chine est lan­cée, l’avo­cat ne lâ­che­ra plus.

Per­tur­ba­teur au ly­cée

Dé­jà à la fac, ses en­sei­gnants avaient re­mar­qué l’es­prit « fron­deur » du jeune homme, confirme Thier­ry Di Man­no, l’un de ses an­ciens profs, qui se sou­vient d’un «étu­diant vif, qui n’hé­si­tait ja­mais à in­ter­rompre l’en­sei­gnant pour contes­ter ». Is­su d’une fa­mille de fonc­tion­naires, Florent Ver­dier n’a pas pour au­tant sui­vi un par­cours sco­laire li­néaire. Per­tur­ba­teur au ly­cée, il re­double plu­sieurs fois, avant de re­joindre l’uni­ver­si­té et de dé­cro­cher après quelques se­maines. «Je suis al­lé tra­vailler à Pôle em­ploi, j’ai cru mou­rir d’en­nui. » Il re­met le pied à l’étrier en fac de droit à Dra­gui­gnan, jus­qu’au bar­reau qu’il dé­croche à Tou­lon.

Les uni­ver­si­tés ap­pré­cient moyen­ne­ment cette in­tru­sion de la jus­tice dans le re­cru­te­ment de leurs étu­diants. Encore moins cet avo­cat qui «fait son beurre sur la mi­sère des étu­diants, et non pas dans leur in­té­rêt », grince un pré­sident d’uni­ver­si­té. Quand il crée un mode d’em­ploi sur son site In­ter­net pour agir en jus­tice, la con­fé­rence des pré­si­dents d’uni­ver­si­té tente un re­cours de­vant le bâ­ton­nier – re­je­té – dé­non­çant ce qu’elle consi­dère comme une dé­marche « consu­mé­riste, lu­cra­tive, mal­hon­nête, dé­pour­vue de toute éthique ».

« J’uti­lise les tech­niques de com­mu­ni­ca­tion des start-up de droit qui font du bou­lot à la chaîne, sauf que, moi, je fais mon travail d’ar­ti­san du droit », se dé­fend l’avo­cat, ré­pé­tant que pas un seul des quelque soixante étu­diants qu’il a fait ins­crire en mas­ter 2 n’a en­suite échoué.

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