Aux Etats-Unis, Trump en­terre le « vi­sa start-up » créé par Oba­ma

Rare avan­cée de l’ad­mi­nis­tra­tion pré­cé­dente en ma­tière d’im­mi­gra­tion, la dis­po­si­tion de­vait en­trer en vi­gueur lun­di 17 juillet

Le Monde - - ÉCONOMIE & ENTREPRISE - San fran­cis­co - cor­res­pon­dance jé­rôme ma­rin

Les Etats-Unis ne se do­te­ront pas d’un « vi­sa start-up ». Ini­tia­le­ment pré­vue lun­di 17 juillet, l’en­trée en vi­gueur de ce per­mis de travail des­ti­né aux en­tre­pre­neurs étran­gers a été of­fi­ciel­le­ment re­por­tée par l’ad­mi­nis­tra­tion de Do­nald Trump. Le De­part­ment of Ho­me­land Se­cu­ri­ty, le ser­vice de sé­cu­ri­té in­té­rieure, justifie cette dé­ci­sion par la vo­lon­té de me­ner un « exa­men mi­nu­tieux » des nou­velles règles. Et il pré­vient que « le pro­gramme pour­rait être sup­pri­mé » – scé­na­rio ju­gé le plus pro­bable par les ob­ser­va­teurs.

La créa­tion de ce vi­sa, ré­cla­mée de­puis des an­nées par les res­pon­sables de la Si­li­con Val­ley, était l’une des rares avan­cées en ma­tière d’im­mi­gra­tion de la pré­si­dence de Ba­rack Oba­ma. Le su­jet est en ef­fet sen­sible et di­vise tou­jours au­tant les par­le­men­taires dé­mo­crates et ré­pu­bli­cains. En 2013, un vaste pro­jet de ré­forme, in­cluant des me­sures encore plus am­bi­tieuses pour les en­tre­pre­neurs étran­gers, avait ain­si échoué au Congrès. Et en 2016, M. Oba­ma avait dû pro­cé­der par dé­cret pour ins­tau­rer cette me­sure.

La pré­cé­dente ad­mi­nis­tra­tion es­ti­mait que 3 000 per­sonnes au­raient pu l’ob­te­nir chaque an­née. Plu­sieurs cri­tères avaient été mis en place: dé­te­nir au moins 15 % du ca­pi­tal d’une so­cié­té fon­dée aux Etats-Unis au cours des trois der­nières an­nées, avoir le­vé au moins 250 000 dol­lars (219 000 eu­ros) au­près d’in­ves­tis­seurs amé­ri­cains re­con­nus, ou prou­ver un «po­ten­tiel de crois­sance ra­pide et de créa­tion d’em­plois ». Le vi­sa de­vait être ac­cor­dé pour une du­rée ini­tiale de deux ans et de­mi. Il au­rait pu être pro­lon­gé pour deux an­nées et de­mie sup­plé­men­taires, si la start-up avait dé­pas­sé la barre des 500000 dol­lars de chiffre d’af­faires ou créé au moins dix em­plois à temps plein.

Le Ca­na­da en pro­fite

Ac­tuel­le­ment, il n’existe au­cun per­mis de travail pour les en­tre­pre­neurs étran­gers. Et les al­ter­na­tives sont li­mi­tées. Ils peuvent de­man­der un vi­sa H1B, le plus ré­pan­du dans la Si­li­con Val­ley et des­ti­né aux tra­vailleurs hau­te­ment qua­li­fiés. Mais le pro­ces­sus est long, com­plexe et coû­teux, en par­ti­cu­lier pour une petite en­tre­prise qui vient de se lan­cer. Il est en outre res­treint par des quo­tas net­te­ment in­fé­rieurs à la de­mande. Quant aux dé­lais pour ob­te­nir une carte verte – le titre de sé­jour per­ma­nent –, ils sont très longs.

« Nous de­vrions en­cou­ra­ger les in­no­va­teurs à ap­por­ter leurs idées, leurs ex­per­tises et leurs ta­lents dans notre pays, plu­tôt que de les en­cou­ra­ger à re­joindre nos concur­rents à l’étran­ger », re­grette Todd Schulte, pré­sident de FWD. us, un groupe de pres­sion lan­cé par plu­sieurs per­son­na­li­tés du high-tech amé­ri­cain, dont Mark Zu­cker­berg, le pa­tron de Fa­ce­book. Le voi­sin ca­na­dien, qui mène une po­li­tique mi­gra­toire plus souple, tente en ef­fet d’at­ti­rer ceux qui n’ont pas pu res­ter aux Etats-Unis. En juin, la France a par ailleurs lan­cé son « French Tech Vi­sa ».

La dé­ci­sion de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump ac­cen­tue les in­quié­tudes, dé­jà grandes, de la Si­li­con Val­ley, qui ne cesse de mettre en avant les ap­ports bé­né­fiques de l’im­mi­gra­tion. « Ce choix illustre une mé­con­nais­sance fon­da­men­tale du rôle ca­pi­tal des en­tre­pre­neurs étran­gers dans la for­ma­tion de la pro­chaine gé­né­ra­tion de so­cié­tés amé­ri­caines », sou­ligne Bob­by Frank­lin, di­rec­teur de la Na­tio­nal Ven­ture Ca­pi­tal As­so­cia­tion.

« Les sta­tis­tiques sont sans ap­pel : les en­tre­pre­neurs étran­gers sont des créa­teurs d’em­plois », ren­ché­rit Steve Case, le co­fon­da­teur d’AOL, re­con­ver­ti en in­ves­tis­seur. Se­lon une étude de la Na­tio­nal Foun­da­tion for Ame­ri­can Po­li­cy, plus de la moi­tié des groupes high-tech va­lant plus d’un mil­liard de dol­lars comptent au moins un fon­da­teur is­su de l’im­mi­gra­tion – c’est le cas de Google, Tes­la, YouTube ou encore Ya­hoo!. Cet or­ga­nisme de re­cherche es­time qu’un « vi­sa start-up » per­met­trait de créer entre 1 et 3,2 mil­lions d’em­plois aux Etats-Unis en dix ans.

La me­nace pour la Si­li­con Val­ley pour­rait encore gran­dir. M. Trump sou­haite ré­for­mer l’ob­ten­tion des vi­sas H1B, es­ti­mant qu’ils servent ac­tuel­le­ment à em­bau­cher de la main-d’oeuvre bon mar­ché. De pre­mières me­sures ont dé­jà été an­non­cées pour li­mi­ter cer­tains abus. A terme, le quo­ta de 65000 par an, dé­jà ju­gé in­suf­fi­sant, pour­rait bien être re­mis en cause.

La dé­ci­sion de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump ac­cen­tue les in­quié­tudes, dé­jà grandes, de la Si­li­con Val­ley

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