Mi­kel Lan­da, oi­seau rare ou lan­ceur d’alerte ?

Le Monde - - ÉCONOMIE & ENTREPRISE - PAR ANTOINE VAYER

De­puis 1999 dans Le Monde, j’alerte sur l’anor­ma­li­té des per­for­man- ces des Arm­strong et consorts. Ce­la pro­voque du dé­ni de réa­li­té. Quand j’en­voyais à Jean-Ma­rie Le­blanc, alors di­rec­teur du Tour de France, mon ou­vrage La Pleine Puis­sance en cy­clisme, il m’écri­vait : « Le sport, en par­ti­cu­lier dans le do­maine des tech­no­lo­gies de pointe, suit l’évo­lu­tion his­to­ri- que des connais­sances hu­maines. Par voie de consé­quence, il n’est in­tel­lec­tuel­le­ment pas hon­nête de su­bor­don­ner les amé­lio­ra­tions des per­for­mances à des re­cours sys­té­ma­tiques à la phar­ma­co­pée. Les hommes, les ma­chines, les routes évo­luent. »

Pour­tant, ces per­for­mances ont « in­vo­lué »! Me­su­rées en watts éta­lon, elles ne sont plus celles de l’ère Arm­strong-Le­blanc. Les men- teurs-tri­cheurs sont moins nom­breux.

Cette an­née, faut-il par­ler des verres à moi- tié vides ou de ceux à moi­tié pleins ? Les chif- fres ré­pondent et parlent mieux que les hommes qui mangent dans la ga­melle. Le Tour, à 41,2 km/h, se di­rige vers sa se­conde moyenne ho­raire de tous les temps, der­rière l’édi­tion de 2005, bou­clée à 41,6 km/h, mais où huit des dix pre­miers ont été dé­clas­sés ou sus­pen­dus. Ce­la a-t-il du sens ?

Pé­tards mouillés

Ro­main Bar­det, avec 475 watts pen­dant six mi­nutes et 36 se­condes, s’est im­po­sé jeu­di sur les pentes à 16% de l’al­ti­port de Pey­ra­gu- des. Son en­traî­neur, Sa­muel Bel­le­noue, pu- blie une étude qui confirme sa pro­gres­sion en puis­sance, que nous avions no­tée pour les ef­forts de cinq se­condes à trente mi­nutes, après des stages de sta­kha­no­viste en al­ti­tude. Ses gains de­puis deux ans sont énormes (de l’ordre de 7 %) et lui per­mettent de suivre un Froome dé­cli­nant. L’An­glais n’a cette fois pas tué le Tour d’en­trée et ne peut plus pé­da­ler avec ful­gu­rance à 1 000 watts sur trente se- condes. De­puis que la fraude tech­no­lo­gique est ci­blée, nous avons peut-être trou­vé des ex­pli­ca­tions à ces aber­ra­tions au re­gard des lois « phy­sio-illo­giques ». C’est presque ras­su- rant. Froome reste néan­moins le pa­tron, comme consta­té di­manche, avec ses 435 watts sur les 22 mi­nutes et 6 se­condes du col de Pey­ra Taillade.

War­ren Bar­guil confirme qu’avec son 1,82 m pour 60 ki­los et 410 watts éta­lon, un Bre­ton pur beurre grim­peur peut s’im­po­ser s’il an­ti- cipe et lisse les coups de bu­toir, comme il l’a fait sur la route de Foix.

Il y était ac­com­pa­gné par les stars Nai­ro Quin­ta­na et Al­ber­to Con­ta­dor, ain­si que par Mi­kel Lan­da. Les dé­cla­ra­tions d’avant-Tour de Mi­kel Za­ba­la, l’en­traî­neur du Co­lom­bien, « à son meilleur po­ten­tiel en watts » se­lon lui, ne collent plus avec les per­for­mances de son pou­lain, moins san­guin. Il a per­du 8 % de ren- de­ment, tout comme « El Pis­to­le­ro » Con­ta­dor, en dé­fi­cit sur le Tour de­puis 2011. Les pé- tards de l’Es­pa­gnol sont mouillés. Avec celle de l’Ita­lien Fa­bio Aru au som­met de la planche des Belles-Filles, les per­for­mances qui alertent le plus sont celles de Mi­kel Lan­da. Il a confir­mé, ven­dre­di, sur le col d’Agnes, es­ca­la­dé en 28 mi­nutes et 45 se­condes à 419 watts éta­lon, et sur le mur de Pé­guère, qu’il a le po­ten­tiel pour me­ner à bien des raids so­li­taires comme il le fit au Tour d’Ita­lie cette an­née.

A Pian­ca­val­lo, avec 427 watts pen­dant qua­rante mi­nutes en fin d’étape et de Gi­ro, il avait ga­gné en don­nant l’im­pres­sion de « ne pas res­pi­rer ».

L’équipe Sky va-t-elle per­mettre à cet oi­seau rare de se lâ­cher dans les cols des Alpes de haute al­ti­tude en ou­bliant son lea­der, les cham­pions sur le dé­clin et ceux qui sont en de­ve­nir ? Lan­da l’équi­pier est le plus fort. En in­terne, on le dit in­con­trô­lable. Est-ce lui qui va lan­cer l’alerte cette an­née ?

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