« La dé­fense ne pou­vait pas échap­per aux coupes bud­gé­taires »

Le gé­né­ral Pa­lo­mé­ros, ex-chef d’état-ma­jor de l’ar­mée de l’air (2009-2012), es­time qu’il faut re­pous­ser les in­ves­tis­se­ments liés aux équi­pe­ments mi­li­taires

Le Monde - - DÉBATS & ANALYSES - Par LE GÉ­NÉ­RAL JEAN-PAUL PA­LO­MÉ­ROS Jean-Paul Pa­lo­mé­ros est gé­né­ral d’ar­mée aé­rienne. Il a été com­man­dant su­prême de l’OTAN pour la trans­for­ma­tion (2012-2015) et chef d’état-ma­jor de l’ar­mée de l’air (2009-2012)

Les ten­sions créées par les ré­centes coupes bud­gé­taires sont à l’échelle des ef­forts de­man­dés aux dif­fé­rents mi­nis­tères. Il est cer­tain que notre nouveau pré­sident au­rait pré­fé­ré lan­cer ra­pi­de­ment une po­li­tique am­bi­tieuse de ré­in­ves­tis­se­ments, à même de pla­cer notre pays sur la voie d’une crois­sance sou­te­nue et du­rable. Mais l’état de nos fi­nances pu­bliques ne l’au­to­rise pas, compte te­nu de la dette abys­sale qui an­ky­lose la France et lui fait cou­rir des risques graves si les taux d’in­té­rêt re­par­taient à la hausse.

Le bud­get de la dé­fense n’échappe pas à ces ré­duc­tions aux­quelles il de­vrait co­ti­ser pour en­vi­ron 850 mil­lions d’eu­ros. Pour ab­sor­ber cette ponc­tion, les ar­mées ne peuvent ré­duire leur ac­ti­vi­té alors que leur ni­veau d’en­ga­ge­ment opé­ra­tion­nel a ra­re­ment at­teint un tel ni­veau d’in­ten­si­té et de du­rée. La seule so­lu­tion consiste à re­pous­ser des in­ves­tis­se­ments qui portent sur la mo­der­ni­sa­tion de leurs équi­pe­ments, leur en­tre­tien, ou encore les in­dis­pen­sables ef­forts de re­cherche et de tech­no­lo­gie qui condi­tionnent l’ave­nir.

Cette si­tua­tion n’est pas conjonc­tu­relle : les mêmes causes pro­dui­sant les mêmes ef­fets, cette re­cette qui pri­vi­lé­gie le court terme a été maintes fois ap­pli­quée avec les mêmes consé­quences – im­pacts sur la dis­po­ni­bi­li­té des équi­pe­ments, sur la chaîne in­dus­trielle, sur des cen­taines de PME sous­trai­tantes et sur les coûts.

Soyons clairs, il n’y a pas de coupe in­do­lore dans un bud­get ti­ré au tré­bu­chet, les re­tards d’in­ves­tis­se­ments se paient un jour ou l’autre, tant en opé­ra­tions que par les sur­coûts qu’ils en­traînent ; ain­si, la Cour des comptes a dé­non­cé à de nom­breuses re­prises les ef­fets re­tards, à hau­teur de plu­sieurs mil­liards d’eu­ros, sur des pro­grammes d’ar­me­ment ma­jeurs gé­né­rés par des me­sures d’éco­no­mies à court terme. Pour sor­tir de cette spi­rale in­fer­nale, il n’existe pas de re­cette mi­racle mais il se­rait cou­pable de se ré­si­gner.

REMONTÉE EN PUIS­SANCE

Lors de la pré­sen­ta­tion de son pro­gramme dé­fense, le 18 mars, le can­di­dat Em­ma­nuel Ma­cron avait clai­re­ment pris acte des dif­fi­cul­tés ren­con­trées par nos ar­mées pour ac­com­plir les tâches exi­geantes que leur confie l’exé­cu­tif. De­puis, il a pu confron­ter cette vi­sion avec la réa­li­té lors de ses dé­pla­ce­ments sur le ter­rain.

Confir­mant sa vo­lon­té de conser­ver à la France un ou­til mi­li­taire mo­derne et per­for­mant, ca­pable de dis­sua­der tout ad­ver­saire d’at­ten­ter à nos in­té­rêts vi­taux, ca­pable d’in­ter­ve­nir sur tout le spectre des crises, ca­pable d’as­su­rer dans la du­rée l’en­ga­ge­ment du pays contre le ter­ro­risme, il a dé­ci­dé de fixer un ob­jec­tif clair : consa­crer 2 % du pro­duit in­té­rieur brut (PIB) à l’ef­fort de dé­fense en 2025.

Pour ce faire, il s’est en­ga­gé à sou­te­nir une remontée en puis­sance pro­gres­sive de ce­lui-ci, confir­mant, le 13 juillet, de­vant les forces ar­mées une aug­men­ta­tion du bud­get de la dé­fense pour le por­ter à 34,2 mil­liards d’eu­ros en 2018.

Ce­pen­dant, pour por­ter ses fruits, cet ef­fort doit s’ac­com­pa­gner d’une vé­ri­table trans­for­ma­tion des es­prits et des ha­bi­tudes. Cette nou­velle ap­proche de­vrait s’ap­puyer sur trois prin­cipes clés : la sin­cé­ri­té bud­gé­taire, la co­hé­rence des choix stra­té­giques, le travail col­la­bo­ra­tif. Si l’on ne re­tient que ce der­nier, la dé­fense na­tio­nale est l’af­faire de tous et la res­pon­sa­bi­li­té de cha­cun.

Il faut sor­tir des com­bats fratricides entre « mi­nis­tères dépensiers et mi­nis­tères économes ». Il faut construire en­semble, mettre en com­mun la grande ex­per­tise que re­cèle notre ad­mi­nis­tra­tion pour faire mieux, pour trou­ver des so­lu­tions viables qui pré­servent les in­té­rêts de notre pays et en pre­mier lieu la dé­fense et la sé­cu­ri­té de nos conci­toyens.

Dans cet état d’es­prit, nous pour­rons ré­duire les ten­sions qui se ma­ni­festent au­jourd’hui et conti­nuer à construire pour notre pays la dé­fense qu’il mé­rite en ali­gnant nos am­bi­tions et les moyens que nous sommes prêts à y consa­crer.

Le 13 juillet, le pré­sident de la Ré­pu­blique a ré­af­fir­mé, avec une fer­me­té cer­taine, l’en­ga­ge­ment et la dis­ci­pline qu’il at­ten­dait de tous pour réus­sir la trans­for­ma­tion de notre pays. Dans cette pers­pec­tive, il sait pou­voir comp­ter sur des ar­mées qui ont tou­jours ré­pon­du pré­sent à l’ap­pel de leur chef pour s’en­ga­ger en opé­ra­tion sans dé­lai et avec une ef­fi­ca­ci­té qui fait la fier­té de tout un pays et l’en­vie de beau­coup, des ar­mées qui ont sys­té­ma­ti­que­ment été à la pointe des ré­formes de l’Etat pour s’adap­ter, se mo­der­ni­ser mais qui ont dû en payer le prix.

Face à un monde in­cer­tain, dan­ge­reux, il ne fait au­cun doute que le chef des ar­mées sait, dans son for in­té­rieur, qu’il peut comp­ter sur des hommes et des femmes d’ex­cel­lence, d’hon­neur et de dé­voue­ment, et au pre­mier rang de ceux-ci, le chef d’état­ma­jor des ar­mées, le gé­né­ral d’ar­mée Pierre de Villiers, dont l’en­ga­ge­ment n’a d’égal que sa pas­sion pour notre pays et pour sa dé­fense.

IL FAUT SOR­TIR DES COM­BATS FRATRICIDES ENTRE « MI­NIS­TÈRES DÉPENSIERS ET MI­NIS­TÈRES ÉCONOMES »

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