LA DI­PLO­MA­TIE CRÉATIVE DU PRÉ­SIDENT MA­CRON

Le Monde - - DÉBATS & ANALYSES -

L’art de la po­li­tique, di­sait Fré­dé­ric II, roi de Prusse, « n’est pas de faire naître les oc­ca­sions, mais de sa­voir en ti­rer par­ti » . La di­plo­ma­tie du pré­sident Em­ma­nuel Ma­cron, de­puis son en­trée en fonc­tions le 10 mai, est l’exacte ap­pli­ca­tion de ce prin­cipe.

Les som­mets de l’OTAN et du G7, deux se­maines à peine après son élec­tion, lui ont four­ni l’oc­ca­sion de faire une ir­rup­tion re­mar­quée dans le cé­nacle des grands du camp oc­ci­den­tal. Son goût de la mise en scène, un pe­tit jeu de rôle avec le pré­sident Do­nald Trump et l’au­réole encore fraîche de sa vic­toire sur Ma­rine Le Pen, confir­mant le re­cul du po­pu­lisme en Eu­rope, l’ont aus­si­tôt pla­cé sur le de­vant de la scène di­plo­ma­tique.

La suite était plus ris­quée. Trois oc­ca­sions se pré­sen­taient : l’inau­gu­ra­tion de l’ex­po­si­tion « Pierre le Grand » à Ver­sailles ; le cen­te­naire de l’en­trée des Etats-Unis au cô­té de la France dans la pre­mière guerre mon­diale ; l’anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv. M. Ma­cron a sai­si les trois, en in­vi­tant suc­ces­si­ve­ment le pré­sident russe, Vla­di­mir Pou­tine, à Ver­sailles, le pré­sident amé­ri­cain sur les Champs-Ely­sées pour le dé­fi­lé du 14-Juillet et le pre­mier mi­nistre is­raé­lien, Be­nya­min Né­ta­nya­hou, pour com­mé­mo­rer avec lui les tra­giques jour­nées des 16 et 17 juillet 1942.

Par ces trois ini­tia­tives, à l’égard de di­ri­geants lar­ge­ment im­po­pu­laires, voire ju­gés in­fré­quen­tables en France et dans nombre d’autres dé­mo­cra­ties oc­ci­den­tales, le pré­sident Ma­cron a en­voyé plu­sieurs si­gnaux. D’abord, que l’in­ex­pé­rience peut être com­pen­sée par l’au­dace ; il l’avait mon­tré en se fai­sant élire, il res­tait à le tra­duire dans l’arène di­plo­ma­tique. En­suite, que le dia­logue est pré­fé­rable à l’os­tra­cisme, car cha­cun de ces pays, la Rus­sie, les Etats-Unis, Is­raël, jouent à des titres di­vers un rôle-clé dans les dif­fé­rentes crises in­ter­na­tio­nales aux­quelles l’Eu­rope est confron­tée. En­fin, que la France, puis­sance di­plo­ma­tique et mi­li­taire, est re­ve­nue dans le jeu.

M. Ma­cron a rem­por­té haut la main la pre­mière manche de cette of­fen­sive. Il l’a fait en ap­pli­quant une mé­thode qui est dé­sor­mais sa marque de fa­brique, mé­lange d’an­crage dans l’His­toire, de re­cours à toute la pompe de la Ré­pu­blique, de dé­ploie­ment de son charme per­son­nel, quitte à fri­ser la flat­te­rie, et de fran­chise dans le dia­logue. Les trois di­ri­geants sont re­par­tis sa­tis­faits – voire conquis, si l’on en juge par le Tweet de re­mer­cie­ment du pré­sident Trump, vé­ri­table vi­déo­clip de pro­mo­tion pour la France. Quant aux Fran­çais, qui ont à peine dai­gné se dé­ran­ger pour ma­ni­fes­ter, ils semblent avoir com­pris le sens de ces in­vi­ta­tions. L’op­por­tun conseil des mi­nistres fran­co-al­le­mand à Pa­ris, le 13 juillet, a rap­pe­lé l’autre vo­let de la po­li­tique étran­gère de M. Ma­cron, la di­men­sion eu­ro­péenne.

M. Ma­cron a ex­pli­qué au Jour­nal du di­manche qu’il veut évi­ter, en éta­blis­sant une re­la­tion di­recte avec M. Trump, que ce­lui-ci « ne construise des al­liances op­por­tu­nistes avec d’autres na­tions qui pour­raient mettre à mal cette gram­maire in­ter­na­tio­nale dont nous avons tant be­soin » . C’est bien vu. Les crises qui bou­le­versent l’ordre in­ter­na­tio­nal sont graves et pro­fondes ; il est es­sen­tiel de gar­der les ca­naux de com­mu­ni­ca­tion ou­verts et de ré­af­fir­mer avec fer­me­té les prin­cipes sur les­quels cet ordre doit être fon­dé. Le pré­sident fran­çais ne doit ce­pen­dant pas se lais­ser gri­ser : il reste à don­ner corps à ces ini­tia­tives. Mais c’est un bon dé­part. p

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