Londres : l’at­ten­tat de­vait faire d’énormes dé­gâts

Les au­to­ri­tés in­vitent à consi­dé­rer avec pré­cau­tion la re­ven­di­ca­tion par l’EI de l’at­taque, qui a bles­sé une tren­taine de per­sonnes ven­dre­di

Le Monde - - LA UNE - Londres - cor­res­pon­dant philippe ber­nard

Le Royaume-Uni a tris­te­ment re­noué, ven­dre­di 15 sep­tembre, avec la li­ta­nie des at­ten­tats qui avaient en­deuillé le pays au prin­temps. A 8h20, heure de pointe, un en­gin ex­plo­sif ar­ti­sa­nal ac­tion­né par une mi­nu­te­rie s’est dé­clen­ché dans une rame de mé­tro bon­dée alors qu’elle sta­tion­nait, portes ou­vertes, à la sta­tion Par­sons Green, dans le sud-ouest de Londres, pro­vo­quant la pa­nique. Par chance, la bombe déposée dans un wa­gon et « des­ti­née à faire d’énormes dé­gâts », se­lon la pre­mière mi­nistre The­re­sa May, n’a pas fonc­tion­né.

Vingt-neuf per­sonnes ont été bles­sées, la plu­part souf­frant de brû­lures, d’autres des consé­quences de la bous­cu­lade, sans que leurs jours soient en dan­ger. « J’ai en­ten­du un bruit d’ex­plo­sion et un cri, puis il y a eu cette boule de feu dans le train, a té­moi­gné Ro­ry Ri­gney, un pas­sa­ger. J’ai sau­té de la rame et j’ai vu les gens tom­ber les uns sur les autres. (…) Une femme pa­rais­sait avoir été brû­lée, on lui ver­sait de l’eau sur le vi­sage. »

« Odeur âcre »

Luke Walm­sley, un autre usa­ger, a vu « les gens cou­rir et crier » : « C’était un chaos in­des­crip­tible. Les gens cher­chaient la sor­tie avec des brû­lures sur les jambes, dans une odeur âcre.» Les té­moins parlent d’un « sauve-qui-peut » général et sou­lignent l’ex­trême ra­pi­di­té des se­cours, ar­ri­vés en cinq mi­nutes seule­ment. Le fait que la sta­tion soit si­tuée en sur­face a sans doute aus­si li­mi­té les consé­quences.

Très vite, la vi­déo mon­trant un sac de congé­la­tion de su­per­mar­ché Lidl conte­nant un grand seau de plas­tique blanc brû­lant à l’in­té­rieur d’un wa­gon a cir­cu­lé dans les mé­dias. Le seau au­rait conte­nu le « dis­po­si­tif ex­plo­sif im­pro­vi­sé » mis en cause dans la ma­ti­née par Scot­land Yard, qui a an­non­cé que l’évé­ne­ment était trai­té comme « ter­ro­riste ». Dans la soi­rée, l’or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique a re­ven­di­qué l’at­ten­tat, tou­te­fois les au­to­ri­tés in­vitent à consi­dé­rer ce mes­sage avec pré­cau­tion. L’at­taque ter­ro­riste, la cin­quième en six mois au Royaume-Uni mais la pre­mière à tou­cher le mé­tro de­puis la sé­rie san­glante de 2005, est prise très au sé­rieux, même si elle n’a pas fait de vic­time grave. Dans la soi­rée de ven­dre­di, la pre­mière mi­nistre a an­non­cé le re­lè­ve­ment du ni­veau d’alerte de « grave » (at­ten­tat « hau­te­ment pro­bable ») au ni­veau maxi­mum « cri­tique ».

The­re­sa May a an­non­cé le dé­ploie­ment d’un mil­lier de mi­li­taires sur des sites sen­sibles. La cheffe du gou­ver­ne­ment, qui soigne pour­tant ses re­la­tions avec le pré­sident amé­ri­cain, a dû dé­non­cer l’ir­rup­tion de Do­nald Trump dans les évé­ne­ments. Sur Twitter, ce­lui-ci a af­fir­mé que les au­teurs étaient « connus de Scot­land Yard ». « Soyez proac­tif ! », at-il conseillé. « Qui­conque spé­cule sur une en­quête en cours n’est d’au­cune aide », a ré­tor­qué Mme May, tan­dis que le maire de Londres, Sa­diq Khan, af­fir­mait que la ca­pi­tale bri­tan­nique ne se­rait « ja­mais in­ti­mi­dée ou vain­cue par le ter­ro­risme ».

Même si le bi­lan de l’ex­plo­sion n’est pas com­pa­rable aux at­ten­tats is­la­mistes que Londres a en­du­rés ré­cem­ment, la nou­velle at­taque, par son mode opé­ra­toire et sur­tout par sa lo­ca­li­sa­tion, a ra­vi­vé la dou­lou­reuse mé­moire des at­ten­tats du 7 juillet2005, les der­niers à avoir tou­ché les trans­ports pu­blics, qui avaient cau­sé la mort de 56 per­sonnes et bles­sé 700 autres dans le mé­tro et des bus lon­do­niens.

Ca­mé­ras de sur­veillance

L’ex­plo­sion à Par­sons Green sur­vient après les at­ten­tats is­la­mistes aux vé­hi­cules fous du pont de West­mins­ter (cinq morts le 22 mars) puis de Lon­don Bridge (huit morts le 3 juin), et l’at­ten­tat­sui­cide à la bombe à la sor­tie d’un concert à Man­ches­ter (vingt-deux morts le 22 mai). S’y ajoute l’at­ten­tat d’ex­trême droite contre la mos­quée de Fins­bu­ry Park (un mort) le 19 juin.

L’en­quête « pro­gresse bien » et la po­lice « pour­chasse des sus­pects », ont rap­por­té les forces de l’ordre ven­dre­di soir. L’ana­lyse des restes de la bombe de­vrait per­mettre d’en éta­blir la pro­ve­nance et le mode de fa­bri­ca­tion. Le mé­tro de Londres, y com­pris l’in­té­rieur des wa­gons en cause, est truf­fé de ca­mé­ras de sur­veillance, et Scot­land Yard se­rait en pos­ses­sion de vi­déos mon­trant le po­seur de bombe mon­tant dans le train avec le sac plas­tique in­cri­mi­né. En 2005, les quatre ka­mi­kazes du 7 juillet avaient été iden­ti­fiés grâce aux images de vi­déo­sur­veillance.

La pre­mière mi­nistre, The­re­sa May, a an­non­cé le dé­ploie­ment d’un mil­lier de mi­li­taires sur des sites sen­sibles

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