Un maître es­pion consa­cré par une ex­po­si­tion à Mos­cou

Le Monde - - INTERNATIONAL - Isa­belle man­draud (mos­cou, cor­res­pon­dante)

Acô­té d’un gros poste de ra­dio, le fau­teuil du maître es­pion est ex­po­sé comme une re­lique. Les cigares que lui a of­ferts Fidel Cas­tro sont dans une vi­trine, le compte ren­du de sa pre­mière vi­site au quar­tier général des ser­vices de ren­sei­gne­ment so­vié­tiques, en 1977, dans une autre. Cette an­née-là, quinze ans après s’être ré­fu­gié à Mos­cou, Kim Philby, l’un des plus cé­lèbres agents bri­tan­niques re­cru­té par le KGB, met en­fin phy­si­que­ment les pieds chez son em­ployeur.

« Chers ca­ma­rades, com­mence-t-il en anglais (il ne par­lait pas russe). Mon voyage a dé­bu­té dans un parc de Londres par un après-mi­di en­so­leillé il y a qua­rante-trois ans. Du­rant ce long par­cours, j’ai eu des passes of­fi­ciels dans sept QG de ren­sei­gne­ment, quatre bri­tan­niques et trois amé­ri­cains, aus­si je peux af­fir­mer que c’est la hui­tième or­ga­ni­sa­tion ma­jeure que j’ai réus­si à pé­né­trer. »

Dans les bâ­ti­ments ré­no­vés de la So­cié­té russe his­to­rique de Mos­cou, ce 15 sep­tembre, la vi­site de la pre­mière ex­po­si­tion tout en­tière consa­crée à un es­pion so­vié­tique est com­men­tée par l’«élève» de Kim Philby, le co­lo­nel Mi­khaïl Bog­da­nov, qui en­traîne dans son sillage Ser­gueï Na­ry­ch­kine, pa­tron des ser­vices de ren­sei­gne­ment ex­té­rieurs russes. « C’était un agent ex­cep­tion­nel et un grand pro­fes­sion­nel », sou­ligne ce der­nier, en rap­pe­lant son rôle de «lea­der au­près des Cinq de Cam­bridge », le cé­lèbre groupe d’in­tel­lec­tuels et d’agents bri­tan­niques re­tour­nés par l’URSS.

Au­tour de la veuve du hé­ros, Rou­fi­na Pou­kho­va, des hommes en cos­tume se prennent en photo. «Des espions. A la re­traite, bien sûr», vous dit-on. Des ex­traits d’un biopic, réa­li­sé et bien­tôt dif­fu­sé par la pre­mière chaîne de té­lé­vi­sion, Per­viy Ka­nal, sont pro­je­tés. Ré­dac­teur en chef du jour­nal pro­gou­ver­ne­men­tal Ros­sis­kaïa Ga­ze­ta, Ni­ko­laï Dol­go­po­lov, qui fut, cinq an­nées du­rant, cor­res­pon­dant à Pa­ris pen­dant les an­nées Mit­ter­rand, a prê­té ses traits au per­son­nage de Kim Philby dans ses vingt-cinq der­nières an­nées à Mos­cou, où il mou­rut en 1988. « Ce dont il était le plus fier, c’était Koursk », as­sure M. Dol­go­po­lov. Le Bri­tan­nique en­voya une masse de rap­port sur cette bataille, l’une des plus grandes de la se­conde guerre mon­diale, per­due par l’ar­mée d’Hit­ler sur le front russe.

En pleine crise rus­so-amé­ri­caine, alors que les ac­cu­sa­tions d’in­gé­rence et d’es­pion­nage pleuvent sur le Krem­lin, sans doute faut-il voir dans cette ex­po­si­tion inédite un mes­sage : la Rus­sie as­sume son pas­sé, et son pré­sent.

DANS UNE VI­TRINE TRÔNENT LES CIGARES OF­FERTS PAR FIDEL CAS­TRO À KIM PHILBY, AGENT DE LONDRES RE­TOUR­NÉ PAR LE KGB

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