Rome tente de ju­gu­ler la fronde des op­po­sants à la vac­ci­na­tion

Au nom des li­ber­tés in­di­vi­duelles, le Mou­ve­ment 5 étoiles s’est op­po­sé à la loi ren­dant obli­ga­toire l’ad­mi­nis­tra­tion de dix vac­cins

Le Monde - - PLANÈTE - Rome - cor­res­pon­dant jé­rôme gau­the­ret

Après des mois de ten­sions entre les pro et les an­ti­vac­cins, la ren­trée des classes ita­lienne, mar­di 12 sep­tembre, s’est pas­sée plus se­rei­ne­ment que pré­vu. Seuls quelques in­ci­dents mi­neurs ont été si­gna­lés. A Mi­lan, une fa­mille dont l’en­fant ve­nait de se voir re­fu­ser l’en­trée de l’école, pour cause de dé­faut de cer­ti­fi­cats de vac­ci­na­tion, a ap­pe­lé les ca­ra­bi­niers, consi­dé­rant que l’éta­blis­se­ment se met­tait hors la loi en en­frei­gnant l’obli­ga­tion sco­laire. Elle s’est sa­ge­ment lais­sé re­con­duire chez elle.

A Udine (Frioul-Vé­né­tie ju­lienne), une mère re­fu­sant de four­nir les mêmes do­cu­ments, cette fois au nom de la pro­tec­tion de la vie privée, a elle aus­si été désa­vouée: comme les autres pa­rents d’en­fants ac­cueillis en crèche ou dans les écoles ma­ter­nelles, elle de­vra pré­sen­ter dans les pro­chains jours un cer­ti­fi­cat prou­vant que les dix vac­cins obli­ga­toires ont bien été ad­mi­nis­trés, ou une dé­cla­ra­tion sur l’hon­neur at­tes­tant qu’un ren­dez-vous a été pris pour se mettre en confor­mi­té avec la loi dans les pro­chaines se­maines.

Pour l’heure, on ne parle que de quelques di­zaines de cas (dix­neuf en­fants re­fu­sés à Mi­lan, par exemple, et une tren­taine n’ayant pas été pré­sen­tés par leurs pa­rents), alors qu’on crai­gnait une mo­bi­li­sa­tion mas­sive des « no vax», qui ont mul­ti­plié les dé­mons­tra­tions de force tout l’été.

« Coup de force in­utile »

La mi­nistre de la san­té ita­lienne, Bea­trice Lo­ren­zin, a fait part de sa sa­tis­fac­tion au soir de la ren­trée: «Il n’y a pas eu de dé­sordre, le chaos n’existe que dans le cas de ceux qui n’ont pas vou­lu res­pec­ter les règles.» De son cô­té, la mi­nistre de l’édu­ca­tion, Va­le­ria Fe­de­li, rap­pe­lait les pa­rents ré­frac­taires à leur de­voir: «Ce n’est pas l’école qui ex­clut les en­fants non vac­ci­nés. C’est un choix des pa­rents, qui doivent être conscients des consé­quences de leurs dé­ci­sions. »

Mais ce calme pour­rait bien n’être qu’ap­pa­rent, tant le mi­nis­tère avait as­sou­pli sa po­si­tion ces der­nières se­maines afin d’évi­ter une crise ou­verte. Ain­si, les en­fants de 6 à 16 ans au­ront jus­qu’au 31 oc­tobre pour pré­sen­ter les cer­ti­fi­cats exi­gés, et dans leur cas, il n’est pas pré­vu d’ex­clure les contre­ve­nants. Pour tous, les vac­ci­na­tions pour­ront être ef­fec­tuées jus­qu’au 10 mars2018, sans sanc­tions par­ti­cu­lières.

An­non­cée en jan­vier, après plu­sieurs an­nées de tra­vaux pré­pa­ra­toires, la loi sur l’obli­ga­tion vac­ci­nale pré­sen­tée par Bea­trice Lo­ren­zin s’est heur­tée dès les pre­miers jours à une très forte op­po­si­tion. Si la mi­nistre de la san­té a bien cher­ché à évi­ter de po­li­ti­ser cette ques­tion – « ce n’est pas une ques­tion po­li­tique, il s’agit d’un des su­jets de san­té pu­blique les plus im­por­tants », dé­cla­rait-elle ain­si à la tribune du Sé­nat en juillet, lors de l’exa­men du texte –, elle n’a pas pu évi­ter que son pro­jet sou­lève une op­po­si­tion mul­ti­forme.

En pre­mière ligne, on trouve le Mou­ve­ment 5 étoiles de Beppe Grillo, que les son­dages conti­nuent à pla­cer en tête des in­ten­tions de vote à l’ap­proche des lé­gis­la­tives de dé­but 2018. Sans se dire op­po­sé au prin­cipe de la vac­ci­na­tion, il a vo­té contre les textes pré­sen­tés au Par­le­ment, au nom des li­ber­tés in­di­vi­duelles.

«Je conseille de le re­com­man­der, mais pas de l’im­po­ser », a dit cet été le pro­bable can­di­dat grilli­niste au poste de pre­mier mi­nistre, Lui­gi Di Maio, avant de pré­ci­ser qu’il fe­rait vac­ci­ner son en­fant. En même temps, le mou­ve­ment mul­ti­pliait les signes de bien­veillance en­vers les «free vax», les par­ti­sans de la li­ber­té de choix, qui ma­ni­fes­taient chaque jour dans le centre de Rome, cet été, du­rant l’exa­men du texte de loi au Par­le­ment.

« Obli­ga­tions so­vié­tiques »

Par­mi les dé­fen­seurs de ce mou­ve­ment, on trouve aus­si de pe­tits par­tis comme les Verts, op­po­sés à la « cri­mi­na­li­sa­tion » des dé­trac­teurs des vac­cins, qui consi­dèrent le texte de Bea­trice Lo­ren­zin comme un « coup de force in­utile ».

Tan­dis que la droite, au Par­le­ment, vo­tait avec la ma­jo­ri­té PD (centre-gauche) en fa­veur du texte, les op­po­sants à l’obli­ga­tion ont été re­joints, dé­but sep­tembre, par le pré­sident de la ré­gion de la Vé­né­tie, Lu­ca Zaia (Ligue du Nord), qui a an­non­cé, le 5 sep­tembre, sa vo­lon­té de re­je­ter le texte au nom du re­fus des in­gé­rences de Rome dans les af­faires ré­gio­nales – en Ita­lie, le sys­tème de san­té est du res­sort des ré­gions. Une dé­ci­sion sa­luée par le di­ri­geant du par­ti, Mat­teo Sal­vi­ni, dé­non­çant les « obli­ga­tions so­vié­tiques » édic­tées par le gou­ver­ne­ment, mais sur la­quelle Lu­ca Zaia a dû re­ve­nir « pro­vi­soi­re­ment » après que le gou­ver­ne­ment eut me­na­cé de ri­pos­ter en pla­çant la Vé­né­tie sous tu­telle.

Le 7 sep­tembre, à Pa­doue (Vé­né­tie), dans la ré­gion de M. Zaia, le se­cré­taire général du PD, Mat­teo Ren­zi, a fus­ti­gé les op­po­sants au texte, ac­cu­sés de «contri­buer à une im­pres­sion­nante ré­gres­sion cultu­relle ». Se­lon le mi­nis­tère ita­lien de la san­té, de­puis le dé­but de 2017, 4 444 cas de rou­geole ont été si­gna­lés, et trois en­fants en sont morts. Dans 88 % des cas, les vic­times n’étaient pas vac­ci­nées.

Pour l’heure, on ne parle que de quelques di­zaines de cas, alors qu’on crai­gnait une mo­bi­li­sa­tion mas­sive des « no vax »

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