Les ra­di­caux de gauche et de droite en voie de réunion pour pe­ser au centre

Sé­pa­rée de­puis 1972, la fa­mille ra­di­cale fait uni­ver­si­té d’été com­mune

Le Monde - - FRANCE - char­line hu­rel

« La laï­ci­té et la li­ber­té d’en­tre­prendre sont au fon­de­ment de nos idées » SYL­VIA PI­NEL pré­si­dente du PRG

Le plus vieux par­ti de France est en passe de re­naître de ses cendres. Pour la pre­mière fois de­puis qua­rante-cinq ans, le Par­ti ra­di­cal de gauche (PRG) et ses cou­sins de centre droit, les va­loi­siens – du nom du siège his­to­rique du Par­ti ra­di­cal –, or­ga­nisent une uni­ver­si­té d’été com­mune sa­me­di 16 et di­manche 17 sep­tembre, à Mont­pel­lier. L’oc­ca­sion pour les adhé­rents et les élus de ces deux par­tis de se ren­con­trer et de pou­voir échan­ger. Un pre­mier pas dans leur rap­pro­che­ment qui de­vrait se concré­ti­ser le 9 dé­cembre lors d’un congrès de re­fon­da­tion à Pa­ris. « Il y a entre nous un socle com­mun qui est res­té le même: nous sommes des ré­pu­bli­cains et des Eu­ro­péens convain­cus, la laï­ci­té et la li­ber­té d’en­tre­prendre sont au fon­de­ment de nos idées», ex­plique Syl­via Pi­nel, pré­si­dente du PRG.

Un constat qui ne date pas d’hier. En qua­rante-cinq ans de scis­sion, il y a eu des ten­ta­tives de rap­pro­che­ment, en vain. L’un et l’autre hé­si­tant per­pé­tuel­le­ment à s’af­fran­chir de leurs amarres po­li­tiques. L’élec­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron a tout chan­gé en re­lé­guant au se­cond plan les par­tis tra­di­tion­nels. Obli­geant les uns et les autres à se ré­in­ven­ter pour convaincre des élec­teurs tou­chés par la dés­illu­sion. «Les va­loi­siens ont été do­mi­nés par l’UMP, le PRG par le PS. Il y a une frus­tra­tion pen­dant ces qua­rante-cinq ans de sé­pa­ra­tion. Cette uni­fi­ca­tion est l’oc­ca­sion de re­trou­ver une place cen­trale au coeur de l’échi­quier po­li­tique : ni à droite ni à gauche », af­firme Laurent Hé­nart, pré­sident du Par­ti ra­di­cal va­loi­sien. L’am­bi­tion n’est pas sim­ple­ment de se re­nou­ve­ler mais « d’être les pre­miers à par­ti­ci­per à la re­com­po­si­tion du pay­sage po­li­tique », ajoute le maire de Nan­cy.

Un seul mot d’ordre pour les deux pré­si­dents ra­di­caux, « in­car­ner le centre». Re­trou­ver, aus­si, sa gran­deur d’an­tan, per­due de­puis la IIIe Ré­pu­blique. Mais les deux par­tis en sont conscients, le che­min se­ra long. Mo­bi­li­ser les mi­li­tants, ras­sem­bler ceux qui ne se re­trouvent plus dans le cli­vage gauche-droite: la par­tie est loin d’être ga­gnée – no­tam­ment avec l’em­bou­teillage des par­tis au centre – et cette uni­ver­si­té d’été com­mune en est la pre­mière ma­ni­fes­ta­tion pu­blique.

« Dis­cu­ter de nos dif­fé­rences »

Sans comp­ter les voix dis­si­dentes qui s’élèvent des deux cô­tés. Chez les ra­di­caux de gauche, cer­tains cadres pré­fèrent une re­cons­ti­tu­tion de la gauche plu­rielle, for­mée

en 1997 par Lio­nel Jos­pin. « Le PRG veut main­te­nir son ra­di­ca­lisme vers la gauche. Il ne faut pas ou­blier que les va­loi­siens ap­par­tiennent au groupe des Cons­truc­tifs à l’As­sem­blée na­tio­nale. Ils ont éga­le­ment par­ti­ci­pé en 2002 à la créa­tion de l’UMP avant de s’en sé­pa­rer en 2011», rap­pelle l’ex-mi­nistre et dé­pu­té Ro­ger-Gé­rard Sch­wart­zen­berg, qui sou­haite voir s’ins­tal­ler « un dia­logue » avant « d’uni­fier les deux par­tis ». Preuve que le cli­vage gauche-droite n’est pas totalement dé­pas­sé. Pas de quoi, ce­pen­dant,

en faire un obs­tacle à la re­fon­da­tion des ra­di­caux. « Notre union est loin d’être in­com­pa­tible, on a 95 % de points com­muns dans nos pro­grammes. Cette uni­ver­si­té d’été est aus­si l’oc­ca­sion de dis­cu­ter de nos dif­fé­rences pour qu’elles soient ras­sem­blées», in­siste Syl­via Pi­nel. Même son de cloche du cô­té de Laurent Hé­nart qui ne voit « au­cune di­ver­gence ma­jeure ».

Quelle place les ra­di­caux pour­ront-ils oc­cu­per dans le champ po­li­tique obs­trué par Em­ma­nuel Ma­cron et La Ré­pu­blique en marche ? Les deux pré­si­dents se veulent ras­su­rants: le par­ti se­ra « libre » et

« in­dé­pen­dant ». Pas ques­tion d’être rat­ta­ché à la ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle même s’ils par­tagent ses orien­ta­tions éco­no­miques. « Nous res­tons exi­geants sur la po­li­tique so­ciale: pour qu’un pays se trans­forme, il ne doit pas y avoir de sen­ti­ment d’in­jus­tice. C’est pour ce­la qu’on s’est en­ga­gés dans le dé­bat sur les em­plois ai­dés», rap­pelle Laurent Hé­nart. Une union qui per­met­trait aux ra­di­caux, dans un pre­mier temps, de créer un groupe au Sé­nat. Puis, «si le pro­jet convainc des dé­pu­tés cen­tristes », d’en consti­tuer un à l’As­sem­blée na­tio­nale, es­père Mme Pi­nel.

Le grand per­dant dans cette fu­sion pour­rait bien être l’UDI, dont les va­loi­siens consti­tuent un socle fon­da­teur. Pour son pré­sident, Jean-Ch­ris­tophe La­garde, l’union des ra­di­caux au­rait des « consé­quences mar­gi­nales » puisque «cer­tains membres craignent l’in­fluence du PRG et re­fusent de quit­ter l’UDI». Les ra­di­caux, en fait, sont confron­tés à un double en­jeu: ces­ser d’être des forces d’ap­point de la droite ou de la gauche et se frayer une place sur la voie cen­trale au­jourd’hui oc­cu­pée par La Ré­pu­blique en marche.

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