A 93 dB, la Suisse fait pla­fond bas

Le Monde - - CULTURE - La. c.

Des règles de li­mi­ta­tion du son existent de­puis vingt ans dans le pays

Je pense qu’avec votre nou­velle loi, il est pos­sible de faire du bon son e, as­sure Jacques Mon­nier, le pa­tron du Pa­léo fes­ti­val, à Nyon, en Suisse ro­mande, qui a te­nu cet été sa 42e édi­tion. De­puis vingt ans avec leur « fa­meux no­nante-trois » – 93 dé­ci­bels –, les Hel­vètes font fi­gure de pion­niers sur la li­mi­ta­tion du son. Quatre-vingt-treize, à vrai dire, c’est le pla­fond bas, parce que pour des concerts de rock tels que ceux du Pa­léo fes­ti­val, on est en réalité à 100 dB au­to­ri­sés, ce qui reste néan­moins lar­ge­ment en des­sous des normes fran­çaises. Pour­tant Jacques Mon­nier y fait jouer de­vant 40000 per­sonnes des groupes comme, cette an­née, les Red Hot Chi­li Pep­pers. « En vingt ans, de­puis que cette loi nous a été im­po­sée, on a ap­pris à tra­vailler au mieux avec les li­mites, dit-il hum­ble­ment. Comme on était les pre­miers, les so­no­ri­sa­teurs qui dé­bar­quaient d’ailleurs étaient un peu éner­vés, mais pour nous ce n’est plus une ob­ses­sion, c’est in­té­gré. Et on a tou­jours des gens qui trouvent que c’est trop fort, et d’autres, pas as­sez. »

« C’est avec des in­gé­nieurs du son ir­res­pec­tueux, comme je l’étais à 25 ans, qu’on se bou­sille les tym­pans » AN­DRÉ CROUZAT in­gé­nieur du son

Une ten­dance mon­diale

Mais com­ment font-ils? Tout le monde s’est po­sé la ques­tion. C’est ain­si que le Pa­léo, qui fait par­tie d’une fé­dé­ra­tion bap­ti­sée De concert, re­grou­pant une tren­taine de fes­ti­vals eu­ro­péens, de Art Rock (Saint-Brieuc) au Szi­get (Bu­da­pest), en pas­sant par Les Nuits bo­ta­niques (Bruxelles), a ac­cueilli ses confrères en 2014 pour un sé­mi­naire sur le su­jet.

Hor­mis au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, où la non-ré­gle­men­ta­tion reste ins­crite dans le marbre, la li­mi­ta­tion so­nore est une ten­dance mon­diale. Et la so­lu­tion connue: les line ar­ray, qui per­mettent la même in­ten­si­té sans augmenter la puis­sance. Même si, comme l’ob­serve Jacques Mon­nier, «beau­coup se joue sur le so­no­ri­sa­teur : je me rap­pelle en 2008, avec le même ma­té­riel, R.E.M. avait un son pour­ri et ce­lui de Mas­sive At­tack était par­fait. Après, c’est com­pli­qué, l’hu­mi­di­té de l’air, le vent… beau­coup de pa­ra­mètres entrent en jeu. »

An­dré Crouzat, c’est dB King – ain­si qu’il a nom­mé sa so­cié­té. Il a 70ans au­jourd’hui, il en avait 20 en 1967 lors­qu’il as­sis­ta au tout pre­mier fes­ti­val de Mon­treux. In­gé­nieur du son, il a lais­sé tom­ber les consoles (« un mé­tier de dé­mé­na­geur ») pour s’oc­cu­per dé­sor­mais des contrôles so­nores (« les va­lises sont plus pe­tites »). En Suisse ro­mande, il est le grand spé­cia­liste vers le­quel tout le monde vous ren­voie. «Je suis à moi­tié sourd, sou­rit-il. Je contrôle les ni­veaux sur un ana­ly­seur de spectre parce qu’il y a cer­taines fré­quences ai­guës que je n’en­tends plus. C’est avec des in­gé­nieurs du son ir­res­pec­tueux – comme je l’étais à 25ans – qu’on se bou­sille les tym­pans. Le “plus c’est fort, plus c’est beau”, j’en suis re­ve­nu.» Lui aus­si trouve la nou­velle loi fran­çaise « ha­bile ».

Reste que, en Suisse, la ques­tion des in­fra­basses n’est pas ins­crite dans les textes et, si la loi pose la li­mite gé­né­rale à 100 dB (A), c’est sur une du­rée moyenne de 60 mi­nutes, contre 15 en France. Ce qui laisse plus de sou­plesse. « En 2015, les Che­mi­cal Bro­thers sont ve­nus à Mon­treux, ra­conte An­dré Crouzat, deux gé­nies avec un “in­gé son” et une ar­ma­da de tech­ni­ciens. Ils nous ont dit : “On va dé­pas­ser pen­dant les dix pre­mières mi­nutes et puis on va bais­ser et on se­ra pile dans les normes.” Ils ont te­nu pa­role. Sauf que les ap­plau­dis­se­ments à la fin ont fait re­pas­ser le ni­veau à 101 dé­ci­bels. »

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