« Té­lé­foot », qua­rante ans en pleine lu­carne

Grâce aux Bleus, le ma­ga­zine de TF1 se main­tient dans un pay­sage où le foot­ball dis­pa­raît des chaînes gra­tuites

Le Monde - - TÉLÉVISIONS - Alain cons­tant

Rares sont les ma­ga­zines té­lé­vi­sés fran­çais à fê­ter qua­rante ans de pré­sence à l’an­tenne. En dé­pit de mul­tiples chan­ge­ments de for­mule et de bou­le­ver­se­ments du pay­sage au­dio­vi­suel spor­tif, « Té­lé­foot » fête ses qua­rante ans en ce mois de sep­tembre, re­joi­gnant de fait la pe­tite fa­mille des émis­sions («Le Jour du Sei­gneur», «Des chiffres et des lettres », « Au­to­mo­to », «Tha­las­sa», «Stade 2») que rien ne semble pou­voir dé­lo­ger du pe­tit écran.

«Cette lon­gé­vi­té s’ex­plique par le fait que l’émis­sion n’a ces­sé de s’adap­ter aux réa­li­tés du mar­ché, comme la perte des droits de dif­fu­sion des buts. D’autres chaînes pro­posent des ré­su­més des matchs et des dé­bats. Nous pro­po­sons un vrai ma­ga­zine d’ac­tua­li­té », es­time Jé­rôme Saporito, di­rec­teur ad­joint des sports de TF1.

Alors que le foot­ball dis­pa­raît peu à peu des chaînes gra­tuites, tant le mon­tant des droits de dif­fu­sion est co­los­sal, TF1 conti­nue de pro­po­ser son ren­dez-vous do­mi­ni­cal de fin de ma­ti­née, en s’ap­puyant sur son point fort : la pos­si­bi­li­té, grâce à un ac­cord d’ex­clu­si­vi­té conclu il y a une di­zaine d’an­nées avec la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de foot­ball, de fil­mer les joueurs de l’équipe de France au plus près. Et aus­si en s’adap­tant à la mode du mo­ment: celle de l’in­di­vi­dua­li­sa­tion d’un sport pour­tant col­lec­tif.

« Cette lon­gé­vi­té s’ex­plique par le fait que l’émis­sion n’a ces­sé de s’adap­ter aux réa­li­tés du mar­ché » JÉ­RÔME SAPORITO di­rec­teur ad­joint des sports de TF1

Le but est at­teint

Cer­tains joueurs ve­dettes sont de­ve­nus des pro­duits à eux seuls et « Té­lé­foot » se fait un plai­sir de re­la­ter de belles his­toires concer­nant des per­son­nages po­pu­laires, riches et cé­lèbres. « Notre case ho­raire du di­manche est idéale pour per­pé­tuer la trans­mis­sion entre pa­rents et en­fants. Ré­cem­ment, il suf­fi­sait d’écou­ter Zi­né­dine Zi­dane et Adrien Ra­biot, deux joueurs de gé­né­ra­tions dif­fé­rentes, ra­con­ter leur at­ta­che­ment à cette émis­sion pour s’en convaincre», sou­ligne Jé­rôme Saporito.

Cette proxi­mi­té avec les Bleus per­met-elle de ju­ger lu­ci­de­ment leurs pres­ta­tions ? Pierre Can­gio­ni, créa­teur (avec Ch­ris­tian Qui­det) de l’émis­sion et pré­sen­ta­teur de « Té­lé­foot » de 1977 au dé­but des an­nées 1980, en doute: «A cette pé­riode, nous étions in­dé­pen­dants de la Fé­dé­ra­tion. On se per­met­tait de cri­ti­quer les Bleus lorsque ce­la nous pa­rais­sait né­ces­saire. ela n’a plus rien à voir au­jourd’hui.»

En 1977, les chaînes payantes n’exis­taient pas et peu de ren­contres étaient dif­fu­sées en di­rect. Une autre époque, pro­pice à la nais­sance d’un ma­ga­zine où, pour la pre­mière fois en France, les ama­teurs pou­vaient vi­sion­ner les buts en cas­cade. «Je me suis bat­tu pen­dant des mois pour convaincre les au­to­ri­tés du foot fran­çais. A cette époque, les Al­le­mands, les Italiens, les Es­pa­gnols avaient dé­jà leurs émis­sions de foot», se sou­vient Pierre Can­gio­ni, qui, lors du pre­mier nu­mé­ro, le 16 sep­tembre 1977, prend l’an­tenne peu avant 23 heures un ven­dre­di soir !

En dé­pit d’une mise en scène spar­tiate et d’ho­raires aus­si tar­difs que fluc­tuants, le suc­cès est im­mé­diat. «Nous fai­sions du bri­co­lage avec les moyens du bord. Et je re­ce­vais de nom­breuses lettres de pa­rents qui pro­tes­taient contre l’ho­raire tar­dif, car leurs ga­mins ne vou­laient pas se cou­cher avant de voir les buts!», se rap­pelle Pierre Can­gio­ni.

Au fil des dé­cen­nies, les for­mules se sont suc­cé­dé, tout comme les pré­sen­ta­teurs, de Pierre Can­gio­ni à Thier­ry Gi­lar­di, de Michel De­ni­sot à Thier­ry Ro­land ou Didier Rous­tan, pour ne ci­ter qu’eux. Au­jourd’hui, en dé­pit d’une con­cur­rence fé­roce, l’émis­sion conti­nue d’at­ti­rer un pu­blic certes beau­coup moins nom­breux qu’il y a une ving­taine d’an­nées (2 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs en moyenne en 1997), mais tout de même im­por­tant. Di­manche 3 sep­tembre, l’en­tre­tien de Zi­né­dine Zi­dane fil­mé en ex­clu­si­vi­té pour « Té­lé­foot » a ain­si at­ti­ré 1,2 mil­lion de té­lé­spec­ta­teurs. Pas si mal pour un pro­gramme qui a per­du les droits des buts de Ligue 1 de­puis dix ans.

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