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Oli­vier Hen­ne­grave montre com­ment la Banque de France a mis à l’abri ses ré­serves d’or du­rant la se­conde guerre mon­diale

Le Monde - - TÉLÉVISIONS - ch­ris­tine rous­seau

En 1945, la France sort ex­sangue de la guerre. A l’heure de la re­cons­truc­tion, ce­pen­dant, le gou­ver­ne­ment peut comp­ter sur un pe­tit pac­tole de… 2100 tonnes d’or. Soit, à quelque 300 ki­lo­grammes près, le mon­tant des ré­serves de la Banque de France en 1939. Der­rière ce tré­sor se cache une his­toire mé­con­nue que re­tracent Alain-Gilles Mi­nel­la et Jean-Philippe Im­ma­ri­geon dans un film al­liant ri­gueur his­to­rique et sens de l’épo­pée.

Cette odys­sée aus­si étin­ce­lante que cap­ti­vante dé­bute le 15 juin1940, lorsque des of­fi­ciers de la Wehr­macht se pré­sentent à la Banque de France pour ré­qui­si­tion­ner les ré­serves d’or fran­çaises, mais aus­si celles que la Bel­gique et la Po­logne ont confiées, en 1939, à l’éta­blis­se­ment. Or, en lieu et place des mon­tagnes de lin­gots, «la Sou­ter­raine» – comme on dé­signe alors le plus grand coffre du monde – offre le spectacle d’un vide gi­gan­tesque.

En ef­fet, dès 1932, un an avant l’ac­ces­sion d’Hit­ler au pou­voir, les di­ri­geants de la Banque de France, pré­cau­tion­neux, dé­cident d’éva­cuer l’or loin des fron­tières de l’Est. Jus­qu’en 1938, les ré­serves vont prendre le che­min de succursales si­tuées à proxi­mi­té des ports de Tou­lon, de Brest et du Ver­don (Gi­ronde). Prêtes à em­bar­quer à la moindre me­nace.

Le 3 sep­tembre 1939 dé­bute l’éva­cua­tion. Ai­dée par la ma­rine fran­çaise, la Banque de France, pro­fi­tant de la « drôle de guerre », trans­fère une par­tie de l’or vers New York, via Ha­li­fax. Res­tent ce­pen­dant 600 tonnes d’or au siège pa­ri­sien. Dé­so­béis­sant au pré­sident du Conseil, le mi­nistre des fi­nances, Lu­cien La­mou­reux, en or­donne le trans­fert au dé­but de l’of­fen­sive al­le­mande. Au terme de pé­ri­pé­ties par­fois ro­cam­bo­lesques, en juillet 1940, l’or fran­çais a trou­vé re­fuge à New York, mais aus­si à Da­kar et en Mar­ti­nique.

Une nou­velle par­tie s’en­gage alors pour la Banque de France, qui va jouer, no­tam­ment au­près de Vi­chy, de son sta­tut d’éta­blis­se­ment pri­vé pour pro­té­ger du­rant quatre ans ce tré­sor con­voi­té par tous les bel­li­gé­rants. Cette ga­geure fut ren­due pos­sible par l’ac­tion de la ma­rine fran­çaise, mais aus­si celle des agents de l’éta­blis­se­ment. Des hommes or­di­naires qui, en s’éver­tuant à contre­car­rer les en­tre­prises mi­li­taires et di­plo­ma­tiques, au­ront contri­bué, à leur ma­nière, à la re­cons­truc­tion de la France.

1940, l’or de France a dis­pa­ru, d’Oli­vier Hen­ne­grave (Fr., 2012, 52 min).

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