L’en­sei­gne­ment su­pé­rieur fran­çais doit fa­vo­ri­ser l’usage de l’anglais

Face au risque de re­pli en Grande-Bre­tagne et aux Etats-Unis, la France a une carte à jouer pour at­ti­rer les étu­diants étran­gers. Pa­ris au­rait tout in­té­rêt à dé­ve­lop­per les cur­sus en anglais

Le Monde - - DÉBATS & ANALYSES - Par FADY FADEL Fady Fadel est le di­rec­teur de l’Ame­ri­can Bu­si­ness School of Pa­ris-Groupe IGS

Deux évé­ne­ments ma­jeurs sont sur­ve­nus de­puis moins d’un an dans le pay­sage po­li­tique et géos­tra­té­gique en Oc­ci­dent: le Brexit du 23 juin 2016 et l’élec­tion du pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump, le 8 no­vem- bre2016. Il est in­dé­niable que ces deux cam­pagnes re­coupent le pro­tec­tion- nisme, la pri­mau­té du na­tio­nal et la dé­gra­da­tion de l’in­ter­na­tio­nal. On pour­ra ap­pe­ler ce­la na­tio­na­lisme mais je pré­fère l’écar­ter pour évi­ter les in­ter­pré­ta­tions ex­tré­mistes et in­té­gristes.

Les étu­diants étran­gers en Grande-Bre- tagne sont au­jourd’hui au nombre de 300 000, et The­re­sa May sou­haite les ré­duire à 170 000. Aux Etats-Unis, la si­tua­tion n’est pas meilleure pour les étu­diants étran­gers, qui sont près d’un mil­lion: la Chine, l’Inde et la Co­rée du Sud re­pré­sentent à elles seules la moi­tié des étu­diants in­ter­na­tio­naux.

Or, de­puis l’adop­tion des dé­crets an­tiim­mi­gra­tion de Do­nald Trump, le nom- bre des étu­diants étran­gers dans les uni- ver­si­tés amé­ri­caines ac­cuse une baisse. Sur les 250 uni­ver­si­tés amé­ri­caines con- tac­tées par le site spé­cia­li­sé In­side Hi­gher Ed, près de 40 % connaissent une ré­duc- tion de leurs ef­fec­tifs in­ter­na­tio­naux.

La per­cep­tion qu’ont dé­sor­mais les étu- diants en pro­ve­nance de Chine, des pays du Golfe ou du Moyen-Orient est dé­ter- mi­nante dans le choix de la des­ti­na­tion. Est-ce qu’on va être hu­mi­liés à l’aé­ro­port ou à l’uni­ver­si­té au re­gard de notre eth- nie, culture, pays d’ori­gine, re­li­gion, etc.?

Face à ce pay­sage, la France a un mot à dire et des atouts à faire pré­va­loir: uni- ver­si­tés fran­çaises, écoles de com­merce, écoles d’in­gé­nieurs, écoles de mode, etc. Les ac­teurs de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur fran­çais se posent au­jourd’hui la ques- tion de la lec­ture per­ti­nente de ces évé­ne­ments géo­po­li­tiques ma­jeurs et se de­mandent com­ment at­ti­rer les étu- diants étran­gers dé­çus des Etats-Unis et de la Grande-Bre­tagne vers la France.

NE PAS IM­PO­SER LA LANGUE

Tout d’abord, il ne fau­drait pas su­per­po- ser le fran­çais et l’anglais. Ce n’est pas en im­po­sant le fran­çais comme langue d’ap- pren­tis­sage qu’on fa­vo­rise la France comme des­ti­na­tion ou le fran­çais comme langue étran­gère. L’offre de pro- grammes en anglais et en fran­çais de- vrait être pré­sen­tée sans qu’il y ait une pré­fé­rence quel­conque pour l’offre en fran­çais. En re­vanche, tout étu­diant étran­ger qui étu­die un pro­gramme en anglais doit ap­prendre le fran­çais afin de pou­voir vivre dans le pays et com­mu­ni- quer. Oui pour suivre des études en an- glais, et oui pour ap­prendre le fran­çais, sans dis­cri­mi­na­tion ni chau­vi­nisme.

Par exemple, au­jourd’hui, la France ac­cueille 4000 étu­diants in­diens, avec la vo­lon­té de por­ter ce nombre à 10000 d’ici à 2020. En ef­fet, les jeunes étu­diants in­diens sou­hai­tant quit­ter l’Inde pour l’Oc­ci­dent ne manquent pas. La France consti­tue au­jourd’hui, avec l’Al­le­magne, une des­ti­na­tion idéale pour eux.

En jouant la carte de l’ac­cueil et de la sé­lec­tion qua­li­ta­tive, la France pour­rait avoir par la suite de bons am­bas­sa­deurs en Inde grâce à ces jeunes di­plô­més et for­més en France, dans des écoles fran- çaises et en même temps in­ter­na­tio­nales.

Il en est de même de la Chine, du Viet- nam, de l’In­do­né­sie, etc. Sans ou­blier les res­sor­tis­sants des pays du Moyen-Orient qui sont in­ter­dits d’al­ler aux Etats-Unis par dé­faut (Yé­mé­nites, Li­byens, Sy­riens, etc.), ou ap­pré­hendent dé­sor­mais d’y al- ler. En ef­fet, nous trou­vons dans les pays du Golfe des dia­spo­ras de ces pays (sy­rienne, li­byenne, magh­ré­bine, in­dienne, etc.) qu’on pour­ra qua­li­fier de classe moyenne ai­sée, et qui cherchent pour leurs en­fants un en­sei­gne­ment su­pé­rieur in­ter­na­tio­nal dans un pays oc­ci­den­tal.

Si nous fai­sons l’amal­game entre is­lam et in­té­grisme mu­sul­man ou si nous adop­tons une pos­ture pro­tec­tion­niste, nous ris­quons de man­quer l’op­por­tu­ni­té de for­mer ces jeunes et d’en faire pro­fi­ter notre so­cié­té fran­çaise.

Or, les Fran­çais, en éli­sant ma­jo­ri­tai­re­ment Em­ma­nuel Ma­cron, n’ont pas fait le choix du pro­tec­tion­nisme. La France reste la na­tion de la culture et pour­ra de­ve­nir une terre de for­ma­tion, d’ac­cueil en for­mant en fran­çais et en anglais les fu­turs cadres et di­ri­geants du monde de de­main. Ne ra­tons pas cette op­por­tu­ni­té!

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