Le dé­ni du « risque » ca­ta­lan

Le Monde - - ÉCO & ENTRTEPRISE - Bar­ce­lone - en­voyée spé­ciale san­drine mo­rel

Apre­mière vue, ni la Bourse es­pa­gnole, ni les in­ves­tis­seurs étran­gers, ni les grandes mul­ti­na­tio­nales ne semblent s’in­quié­ter des me­naces de sé­ces­sion qui planent sur la Ca­ta­logne. La rai­son, pour les ob­ser­va­teurs éco­no­miques, est claire : «Per­sonne ne croit réel­le­ment que celle-ci va avoir lieu, » as­sure Jor­di Al­be­rich, di­rec­teur du Cercle d’éco­no­mie en Ca­ta­logne.

Ce­pen­dant, à me­sure que s’ap­proche la date du ré­fé­ren­dum uni­la­té­ral et illé­gal convo­qué le 1er oc­tobre par le gou­ver­ne­ment ca­ta­lan, les aver­tis­se­ments se pré­cisent. Car le risque zé­ro n’existe pas. Le 11 sep­tembre, l’agence de no­ta­tion Moo­dy’s a pu­blié un rap­port es­ti­mant que « la Ca­ta­logne conti­nue­ra à faire par­tie de l’Es­pagne », du fait no­tam­ment de « l’op­po­si­tion ferme et conti­nue de Ma­drid » à la sé­ces­sion et d’un « sou­tien po­pu­laire » à l’in­dé­pen­dance « in­fé­rieur à la ma­jo­ri­té ». Mais elle es­time que la note de la dette ca­ta­lane, qui fi­gure dé­jà au rang des obli­ga­tions ris­quées (Ba3-), pour­rait en­core chu­ter, du fait de « l’es­ca­lade de ten­sion entre Ma­drid et Bar­ce­lone». Tout comme celle de l’Es­pagne, car une in­dé­pen­dance de la ré­gion, qui re­pré­sente près de 19 % du pro­duit in­té­rieur brut (PIB) de l’Es­pagne et 16 % de sa po­pu­la­tion, « af­fai­bli­rait l’éco­no­mie es­pa­gnole ».

Le 8 sep­tembre, l’agence de no­ta­tion Fitch a aus­si me­na­cé de dé­gra­der la note de la Ca­ta­logne. Tout en as­su­rant qu’elle pense «qu’il n’y au­ra pas de sé­ces­sion de l’Es­pagne», elle pré­vient qu’elle va « surveiller les évé­ne­ments po­li­tiques » de près. Même en­core faible, l’incertitude au­rait dé­jà pu pro­vo­quer le dé­part des grandes mul­ti­na­tio­nales ins­tal­lées à Bar­ce­lone. Pour le pré­sident de la chambre de com­merce des Etats-Unis, il n’est pas éton­nant qu’elles soient res­tées, car elles peuvent « dé­mé­na­ger leur siège en vingt-quatre heures», grâce à un simple ac­cord du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, si les choses s’en­ve­niment et que l’in­dé­pen­dance est dé­cla­rée. Et, se­lon lui, elles se sont dé­jà pré­pa­rées à ce cas de fi­gure.

Sup­plan­ter le fisc es­pa­gnol

Alors que le gou­ver­ne­ment ca­ta­lan a dé­ployé, le 14 sep­tembre, son nou­veau ré­seau d’agences des im­pôts, des­ti­né à rem­pla­cer le fisc es­pa­gnol, il as­sure que, si les en­tre­prises étaient sol­li­ci­tées pour payer leurs im­pôts en marge de l’Etat es­pa­gnol, ce­la consti­tue­rait une « ligne rouge » qu’elles ne to­lé­re­raient pas.

Le même jour, la banque bri­tan­nique Bar­clays a en re­vanche en­voyé un mes­sage d’apai­se­ment à ses clients, as­su­rant que les pro­ba­bi­li­tés d’une in­dé­pen­dance de la Ca­ta­logne sont «ex­trê­me­ment basses». Et de sou­li­gner que «les mar­chés ont été re­la­ti­ve­ment op­ti­mistes jus­qu’à pré­sent. A notre avis, à rai­son », tout en se mon­trant at­ten­tive à la suite. « Il pour­rait y avoir des dé­to­na­teurs condui­sant à une es­ca­lade des ten­sions, avec quelques com­po­santes de vio­lence», ce qui pour­rait rendre pos­sible une sé­ces­sion à moyen terme…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.