Des oeufs blancs comme neige

Le Monde - - BOURSES & MONNAIES - lau­rence gi­rard

La ré­pu­ta­tion des oeufs fran­çais est sauve. Lisse comme leur co­quille. Blanche comme neige. C’est le mes­sage dif­fu­sé par le mi­nistre de l’agri­cul­ture, Sté­phane Tra­vert, lun­di 11 sep­tembre. Un co­co­ri­co mé­dia­ti­sé. Ou­blié le cas du fi­pro­nil, l’in­sec­ti­cide in­ter­dit, dé­cla­ré dans un éle­vage du Pas-de-Ca­lais. Pas ques­tion de cher­cher des poux dans la tête des éle­veurs confron­tés aux at­taques de ces pe­tites bêtes as­soif­fées du sang des gal­li­na­cées.

Of­fi­ciel­le­ment donc, il n’y a ja­mais eu de fi­pro­nil uti­li­sé dans les éle­vages de poules fran­çais. La fraude liée aux mal­ver­sa­tions d’une so­cié­té néer­lan­daise est donc li­mi­tée aux pro­duc­teurs néer­lan­dais, belges, al­le­mands, italiens et hon­grois. Les es­prits mes­quins au­ront tou­te­fois re­mar­qué à la fin du com­mu­ni­qué une pré­ci­sion: 45 éle­vages ré­par­tis sur quinze dé­par­te­ments fran­çais ont, eux, uti­li­sé de l’ami­traze, un autre in­sec­ti­cide in­ter­dit dans les éle­vages de vo­laille. Mais au­cune trace de cette sub­stance n’a été dé­cou­verte dans des oeufs. Elle est uti­li­sée, il est vrai, pour net­toyer les lo­caux en pé­riode de vide sa­ni­taire.

Une pous­sée des cours

Bonne nou­velle pour tous? Pas vrai­ment, semble-t-il. Les in­dus­triels des oeufs sont mon­tés sur leurs er­gots. La rai­son de leur cour­roux? Le trop grand suc­cès des oeufs fran­çais ir­ré­pro­chables, quand leurs ho­mo­logues à la ré­pu­ta­tion en­ta­chée sont bou­dés par les fa­bri­cants de bis­cuits, de gâ­teaux ou de pâtes aux oeufs. Il faut dire que la liste de ce type de pro­duits conte­nant du fi­pro­nil à une dose su­pé­rieure au seuil au­to­ri­sé,

et donc re­ti­rés des rayons de la grande dis­tri­bu­tion, conti­nue de s’al­lon­ger. Mer­cre­di 13 sep­tembre, on en dé­nom­brait 43. Tous conte­naient des ovo­pro­duits d’ori­gine belge ou néer­lan­daise.

Du coup, les in­dus­triels dé­jà confron­tés à la trans­mu­ta­tion des pla­quettes de beurre en lin­gots d’or doivent aus­si se lan­cer à la chasse à l’oeuf tri­co­lore. « Son prix grimpe », se plaint le Syn­di­cat na­tio­nal des in­dus­tries et pro­fes­sion­nels de l’oeuf. Il évoque la « pé­nu­rie » et une pous­sée des cours « de 58 % sur les huit der­nières se­maines », sou­cieux de la ré­per­cu­ter au­près de la dis­tri­bu­tion. Une ten­sion qui n’est pas per­cep­tible sur le mar­ché de Run­gis, où l’oeuf moyen se né­go­ciait lun­di à 7 cen­times.

« Le mar­ché est com­pli­qué, avec à la fois des com­mandes ex­ces­sives de cer­tains clients en cette pé­riode de ren­trée et une pé­nu­rie d’oeufs

bio », dit Philippe Ju­ven, pré­sident de l’in­ter­pro­fes­sion des oeufs (CNPO). Après avoir sus­ci­té une perte d’ap­pé­tit des consom­ma­teurs, la crise du fi­pro­nil les pousse à pri­vi­lé­gier oeufs bio ou de plein air. Une nou­velle pres­sion pour les éle­veurs, alors qu’en France deux poules pon­deuses sur trois passent leur vie der­rière les bar­reaux. Les grandes en­seignes se sont en­ga­gées à plus ou moins longue échéance à ne plus vendre d’oeufs de poules en bat­te­rie. Le CNPO chiffre le coût de l’ou­ver­ture des cages à 500 mil­lions d’eu­ros et de­mande à la dis­tri­bu­tion d’en ver­ser 100. Ré­ponse : un blanc… d’oeuf ?

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