Les élec­tions en Basse-Saxe dé­ter­mi­nantes pour An­ge­la Mer­kel

La chan­ce­lière, sous pres­sion de­puis sa vic­toire étri­quée aux lé­gis­la­tives, doit dé­bu­ter les pour­par­lers de coa­li­tion après le scru­tin ré­gio­nal

Le Monde - - INTERNATIONAL - See­ve­tal (basse-saxe) en­voyé spé­cial thomas wie­der

Des seize Län­der qui com­posent l’Al­le­magne, c’est le deuxième en termes de su­per­fi­cie, le qua­trième par sa dé­mo­gra­phie. Mais ce­la ne suf­fit pas à ex­pli­quer l’in­té­rêt que sus­citent les élec­tions ré­gio­nales pré­vues di­manche 15 oc­tobre en Basse-Saxe. Si celles-ci sont at­ten­dues avec une fé­bri­li­té par­ti­cu­lière par les états­ma­jors po­li­tiques, c’est d’abord pour une rai­son de ca­len­drier: trois se­maines après les lé­gis­la­tives et trois jours avant le dé­but des pour­par­lers entre les trois com­po­santes de la coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale qu’An­ge­la Mer­kel se pro­pose de consti­tuer (conser­va­teurs, li­bé­raux-dé­mo­crates et éco­lo­gistes), le ré­sul­tat de ce scru­tin lo­cal pè­se­ra lourd au plan na­tio­nal.

Que fe­ront, di­manche, les 6,5 mil­lions d’élec­teurs de Bas­seSaxe? Dé­but sep­tembre, les conser­va­teurs de la CDU sem­blaient pou­voir l’em­por­ter haut la main. Dans les in­ten­tions de vote, ils fri­saient les 40 %, loin de­vant les so­ciaux-dé­mo­crates du SPD, qui dé­pas­saient tout juste les 30 %. De­puis, les courbes se sont in­ver­sées : une en­quête de la chaîne ZDF, pu­bliée jeu­di 12 oc­tobre, ne cré­dite plus la CDU que de 33 % des voix, soit 1,5 point de moins que le SPD. Si la ten­dance se confirme, la Basse-Saxe res­te­rait di­ri­gée par le SPD, ce qui au­rait deux consé­quences sur la vie po­li­tique na­tio­nale.

« Dis­cus­sions ex­plo­ra­toires »

La pre­mière concer­ne­rait Martin Schulz. De­puis que l’an­cien pré­sident du Par­le­ment eu­ro­péen a été élu à la tête du SPD, en mars, son par­ti a per­du trois scru­tins ré­gio­naux (Sarre, Schles­wig-Hol­stein et Rhé­na­nie-du-Nord-West­pha­lie) et ob­te­nu son pire score à des lé­gis­la­tives de­puis la se­conde guerre mon­diale (20,5 %). Si les so­ciaux­dé­mo­crates l’em­portent en Bas­seSaxe, M. Schulz au­rait des chances d’être re­con­duit à la pré­si­dence du SPD lors de son pro­chain con­grès, qui au­ra lieu du 7 au 9 dé­cembre.

Dans le cas in­verse, la par­tie se­ra plus dif­fi­cile, même si au­cun pré­ten­dant à sa suc­ces­sion ne s’est en­core dé­cla­ré et bien que lui­même ait as­su­ré au quo­ti­dien Bild, di­manche, qu’il en­ten­dait gar­der son poste «quel que soit le ré­sul­tat des élec­tions ré­gio­nales ».

Tou­te­fois, c’est pour Mme Mer­kel qu’une vic­toire du SPD en Bas­seSaxe au­rait les consé­quences les plus lourdes. Plus en­core que sa re­con­duc­tion à la tête du pays pour un qua­trième man­dat, les com­men­ta­teurs ont re­te­nu deux choses des lé­gis­la­tives du 24 sep­tembre : le score dé­ce­vant ob­te­nu par sa fa­mille po­li­tique (33 % des voix pour la CDU et ses al­liés ba­va­rois de la CSU) et le fait qu’en­vi­ron 2,5 mil­lions d’élec­teurs ayant vo­té pour la CDU-CSU aux lé­gis­la­tives de 2013 se sont tour­nés vers les li­bé­raux-dé­mo­crates du FDP ou le par­ti d’ex­trême droite Al­ter­na­tive pour l’Al­le­magne (AfD).

Dans ce contexte, une dé­faite de la CDU en Basse-Saxe fra­gi­li­se­rait dou­ble­ment la chan­ce­lière. D’abord dans son camp, où les plus conser­va­teurs s’es­ti­me­raient confor­tés dans leurs cri­tiques contre sa po­li­tique à leurs yeux trop « cen­triste ». Mais aus­si vis-àvis du FDP et des Verts, qui se sen­ti­raient en po­si­tion de force pour né­go­cier leur en­trée dans son pro­chain gou­ver­ne­ment, alors que Mme Mer­kel les a conviés, le 18 oc­tobre, à des « dis­cus­sions ex­plo­ra­toires ».

S’il perd, di­manche, la tête de liste de la CDU en Basse-Saxe ne de­vrait d’ailleurs pas être le der­nier à nour­rir la fronde contre la chan­ce­lière. Of­fi­cier de ré­serve de la Bun­des­wehr, l’ar­mée al­le­mande, Bernd Al­thus­mann, aus­si sur­nom­mé «Pan­zer», est plu­tôt du genre san­guin. Certes, il n’a ja­mais at­ta­qué pu­bli­que­ment Mme Mer­kel. Mais ses dé­cla­ra­tions en disent long sur le fond de sa pen­sée. «Il y a eu des er­reurs dans la po­li­tique à l’égard des ré­fu­giés. Nous de­vons nous as­su­rer que nos ana­lyses cor­res­pondent à l’état d’es­prit de la po­pu­la­tion», a-t-il confié à l’heb­do­ma­daire Spie­gel, mer­cre­di, avant de s’aga­cer des ré­cents pro­pos du mi­nistre de l’in­té­rieur, Thomas de Mai­zière (CDU).

Ve­nu en Basse-Saxe en dé­but de se­maine, ce der­nier s’est dit fa­vo­rable à l’ins­tau­ra­tion d’un « jour fé­rié mu­sul­man ». « J’es­time que les dé­bats sur les jours fé­riés re­li­gieux n’ont pas lieu d’être pen­dant une cam­pagne élec­to­rale », lui a sè­che­ment ré­pon­du M. Al­thus­mann.

A l’ap­proche du scru­tin, l’in­quié­tude est pal­pable à la CDU. « Vat-on ga­gner? Je ne sais pas. Pour moi, c’est 50-50», confie Chris­tian Maier, un re­trai­té ve­nu as­sis­ter, jeu­di, à un mee­ting de Mme Mer­kel et M. Al­thus­mann à See­ve­tal, entre Ha­novre et Ham­bourg.

La baisse des conser­va­teurs dans les son­dages? Pour Cons­tance Stahl­berg, une autre élec­trice de la CDU, la rai­son est simple. « C’est à cause de la po­li­tique à l’égard des ré­fu­giés. Je trouve que ce qu’a fait Mer­kel est su­per, mais plein de gens ne sont pas de cet avis. » Une ana­lyse lar­ge­ment par­ta­gée par les sym­pa­thi­sants de la CDU. A l’ins­tar de Lise Wolf, qui n’a pas con­vain­cu son neveu de l’ac­com­pa­gner à See­ve­tal. « Je lui ai pro­po­sé de ve­nir car il aime la po­li­tique. Mais il n’a pas vou­lu. D’ha­bi­tude, il vote CDU, mais cette fois, il m’a dit que non, même s’il ne m’a pas dit ce qu’il al­lait faire. »

En at­ten­dant, Mme Mer­kel, elle, a dé­ci­dé de s’im­pli­quer à fond dans la cam­pagne, en par­ti­ci­pant à quatre réunions pu­bliques, jeu­di et ven­dre­di, en Basse-Saxe. Fal­lait-il y voir un mes­sage sub­li­mi­nal ? Jeu­di, après son dé­part de See­ve­tal, c’est sur l’air de I Will Sur­vive (« Je sur­vi­vrai»), de Glo­ria Gay­nor, que se sont dis­per­sés les par­ti­ci­pants au mee­ting de la chan­ce­lière.

Mme Mer­kel s’im­plique à fond dans la cam­pagne, en par­ti­ci­pant à quatre réunions pu­bliques

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