Un ca­ta­logue de so­lu­tions sans me­sures coer­ci­tives

Mai­sons de san­té, té­lé­mé­de­cine… La mi­nistre de la san­té a an­non­cé ven­dre­di son plan pour « ren­for­cer l’ac­cès ter­ri­to­rial aux soins »

Le Monde - - FRANCE - Fr. b.

Ni nou­velles primes à l’ins­tal­la­tion ni me­sures coer­ci­tives. Le plan dé­voi­lé ven­dre­di 13 oc­tobre par le pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, et la mi­nistre de la san­té, Agnès Bu­zyn, pour lut­ter contre les dé­serts mé­di­caux ne com­porte au­cune me­sure spec­ta­cu­laire qui mar­que­ra les es­prits.

La re­mise à plat du nu­me­rus clau­sus (le contin­gen­te­ment des places à l’is­sue de la pre­mière an­née com­mune aux études de san­té) pro­mise pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle par le can­di­dat Em­ma­nuel Ma­cron, et des­ti­née à mieux adap­ter le nombre de mé­de­cins for­més aux be­soins des ter­ri­toires, n’y fi­gure d’ailleurs pas.

Ce nou­veau plan «pour ren­for­cer l’ac­cès ter­ri­to­rial aux soins» com­porte en re­vanche une pa­lette de me­sures par­fois très tech­niques des­ti­nées à « li­bé­rer toutes les pos­si­bi­li­tés d’exer­cice ». En clair, il fonc­tionne comme une boîte à ou­tils qui per­met­tra à chaque ter­ri­toire d’in­ven­ter plus fa­ci­le­ment sa propre ré­ponse face au manque de mé­de­cins.

Dou­bler le nombre des mai­sons de san­té plu­ri­pro­fes­sion­nelles

Pro­messe de cam­pagne du can­di­dat Ma­cron, cette me­sure fai­sait l’ob­jet d’un qua­si-consen­sus entre tous les can­di­dats à l’élec­tion pré­si­den­tielle. Au­jourd’hui au nombre de 910 (contre 20 en 2008), ces lieux de re­grou­pe­ment des pro­fes­sion­nels de san­té li­bé­raux bé­né­fi­cie­ront – ain­si que les centres de san­té où exercent des mé­de­cins sa­la­riés – de 400 mil­lions d’eu­ros sur cinq ans, dé­jà an­non­cés dans le cadre du grand plan d’in­ves­tis­se­ment.

Ac­cé­lé­rer le re­cours à la té­lé­mé­de­cine

Jusque-là li­mi­té à un cadre ex­pé­ri­men­tal, l’usage de la té­lé­mé­de­cine pour­rait prendre de l’am­pleur à l’is­sue des né­go­cia­tions entre l’As­su­rance-ma­la­die et les syn­di­cats de mé­de­cins au pre­mier tri­mestre 2018 qui fixe­ront les ta­rifs des consul­ta­tions et des ex­per­tises à dis­tance. Afin que des per­sonnes âgées hé­ber­gées en Eh­pad puissent bé­né­fi­cier de consul­ta­tions à dis­tance qui per­met­traient « d’évi­ter des hos­pi­ta­li­sa­tions in­utiles», tous les Eh­pad de­vront dis­po­ser du ma­té­riel né­ces­saire d’ici à 2020.

Dé­ve­lop­per des «consul­ta­tions avan­cées »

Le gou­ver­ne­ment sou­haite fa­ci­li­ter et en­cou­ra­ger fi­nan­ciè­re­ment la pos­si­bi­li­té pour un mé­de­cin – no­tam­ment hos­pi­ta­lier – de pou­voir exer­cer ponc­tuel­le­ment dans un «dé­sert mé­di­cal » s’il le sou­haite. « Une à deux fois par se­maine, cer­tains mé­de­cins pour­raient être “dé­ta­chés” pour al­ler don­ner une consul­ta­tion dans les en­droits en dé­ser­ti­fi­ca­tion, sans avoir l’obli­ga­tion d’y vivre », avait ex­pli­qué Mme Bu­zyn dans un en­tre­tien au Pa­ri­sien en juin. Le terme de « mé­de­cin dé­ta­ché » ne fi­gure ce­pen­dant pas dans le plan.

Fa­vo­ri­ser les stages chez les mé­de­cins li­bé­raux

C’est une vieille re­ven­di­ca­tion des syn­di­cats de mé­de­cins li­bé­raux qui es­timent que les étu­diants en mé­de­cins connaissent mieux l’hô­pi­tal, où ils ef­fec­tuent la ma­jo­ri­té de leur for­ma­tion, que l’exer­cice en ca­bi­net, ce qui ne les in­cite pas en­suite à s’ins­tal­ler. Pour fa­vo­ri­ser ces dé­cou­vertes, le mi­nis­tère de la san­té an­nonce no­tam­ment la re­va­lo­ri­sa­tion fi­nan­cière (de 300eu­ros) de l’in­dem­ni­té des maîtres de stage dans les zones si­tuées dans les dé­serts mé­di­caux.

Fa­ci­li­ter le cu­mul em­ploi-re­traite des mé­de­cins li­bé­raux

Un quart (26 %) des 70257 mé­de­cins re­trai­tés ins­crits au ta­bleau de l’ordre, soit 18 267 mé­de­cins, exercent tou­jours et bé­né­fi­cient du cu­mul em­ploi-re­traite. Un phé­no­mène qui a per­mis d’amor­tir l’ab­sence de nou­velles ins­tal­la­tions dans cer­tains sec­teurs. Alors qu’ils pour­raient être 35000 en 2025, le gou­ver­ne­ment an­nonce un as­sou­plis­se­ment des condi­tions fi­nan­cières per­met­tant ce cu­mul dans les zones « en ten­sion ».

Per­mettre des «exer­cices par­ta­gés »

Afin qu’un jeune mé­de­cin puisse plus fa­ci­le­ment exer­cer à la fois à l’hô­pi­tal et dans un ca­bi­net mé­di­cal dans un «dé­sert mé­di­cal », le gou­ver­ne­ment an­nonce la créa­tion dès 2018 de 300 postes d’«as­sis­tants par­ta­gés», per­met­tant ce double sta­tut, dans les zones sous-denses.

Gé­né­ra­li­ser le contrat de mé­de­cin ad­joint

Ce sta­tut, peu connu du grand pu­blic, per­met au­jourd’hui à des in­ternes de ve­nir prê­ter main-forte à un mé­de­cin dé­jà ins­tal­lé dans des zones tou­ris­tiques en haute sai­son ou en cas d’épi­dé­mie. Le mi­nis­tère de la san­té sou­haite gé­né­ra­li­ser la pos­si­bi­li­té de re­cou­rir à au sta­tut de mé­de­cin ad­joint dans les dé­serts mé­di­caux.

Cette pa­lette de me­sures par­fois très tech­niques est des­ti­née à « li­bé­rer toutes les pos­si­bi­li­tés d’exer­cice »

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