« Chasse aux DRH » : trois voi­tures brû­lées et des gardes à vue

Un con­grès de di­rec­teurs de res­sources hu­maines a sus­ci­té une vi­ru­lente op­po­si­tion dans le contexte de la ré­forme du code du tra­vail

Le Monde - - FRANCE - Abel mestre et j. pa.

La «chasse aux DRH», qui s’est dé­rou­lée jeu­di 12oc­tobre au bois de Bou­logne à Pa­ris, à l’ap­pel, no­tam­ment, de l’Union syn­di­cale So­li­daires, a don­né lieu à des dé­bor­de­ments en marge du ras­sem­ble­ment. Cinq hommes âgés de 18 à 30 ans étaient en garde à vue, ven­dre­di ma­tin, pour « at­trou­pe­ment ar­mé », «vio­lence sur per­sonnes dé­po­si­taires de l’au­to­ri­té pu­blique » et «dé­gra­da­tion par sub­stances in­cen­diaires ». En dé­but d’après-mi­di, les forces de l’ordre avaient pro­cé­dé à l’in­ter­pel­la­tion de 41 per­sonnes.

Dans la ma­ti­née, plu­sieurs di­zaines d’op­po­sants à la ré­forme du code du tra­vail ont dé­gra­dé, se­lon la pré­fec­ture de po­lice, sept vé­hi­cules – dont trois ont été in­cen­diés – aux abords du Pré Ca­te­lan, res­tau­rant chic de l’Ouest pa­ri­sien. C’est à cet en­droit que se réunis­sait un con­grès de di­rec­teurs de res­sources hu­maines, où Mu­riel Pé­ni­caud, mi­nistre du tra­vail, de­vait ve­nir. Cette der­nière a fi­na­le­ment an­nu­lé sa vi­site en rai­son « d’un chan­ge­ment d’agen­da », sans lien avec la ma­ni­fes­ta­tion, se­lon son ca­bi­net.

De­puis plu­sieurs jours un groupe Fa­ce­book in­ti­tu­lé « Chasse aux DRH », créé par So­li­daires, ap­pe­lait à ve­nir dès 8heures per­tur­ber la réunion. «Comme c’est le bois de Bou­logne, nous, on a dé­ci­dé de dé­cla­rer ou­verte ce ma­tin-là (…) la chasse au DRH. L’idée est de les em­pê­cher d’ar­ri­ver au Pré Ca­te­lan, puis de les em­pê­cher d’en re­par­tir cha­cun à sa ma­nière, et si pos­sible de goû­ter aux pe­tits fours… Non mais ! »

Du­rant les ma­ni­fes­ta­tions du 10oc­tobre pour la dé­fense de la fonc­tion pu­blique, plu­sieurs tags écrits par des mi­li­tants dé­fi­lant avec le «cor­tège de tête» – com­po­sé de mi­li­tants ra­di­caux se ré­cla­mant de l’an­ti­fas­cisme, de l’anar­chisme ou de l’au­to­no­mie – ap­pe­laient à par­ti­ci­per à cette « chasse aux DRH ». Des flyers ont éga­le­ment été dis­tri­bués.

Tro­phées de chasse

La mo­bi­li­sa­tion s’est aus­si faite grâce au site Chasse aux DRH, ou­vert pour l’oc­ca­sion. Avec un ton dé­ca­lé, les grandes com­pa­gnies in­vi­tées au con­grès (Car­re­four, Air France, Re­nault, La Poste, McDo­nald’s et Free) y sont re­pré­sen­tées comme des tro­phées de chasse sous la forme d’ani­maux as­sez laids. Pour ap­puyer sa dé­marche, ce site ren­voie no­tam­ment à un ap­pel si­gné par plu­sieurs in­tel­lec­tuels de la gauche de la gauche. In­ti­tu­lé « Pé­ni­caud au Pré Ca­te­lan, le bois de Bou­logne aux fai­néants ! », il a été pu­blié le 21 sep­tembre, sur le blog des in­vi­tés de Me­dia­part et dé­nonce la po­li­tique éco­no­mique et so­ciale du gou­ver­ne­ment.

Sur un re­gistre cette fois as­sez vi­ru­lent, il af­firme que « tout le monde, au fond, dé­teste l’en­tre­prise ». «Il y a chez tout DRH quelque chose de spé­cia­le­ment dé­tes­table, et ce­la com­mence par le fait de feindre de se sou­cier des hu­mains quand son seul sou­ci porte en réa­li­té sur leur sou­mis­sion et leur ren­de­ment », peut-on en­core y lire. Il se conclut ain­si: « Or­ga­ni­sons­nous pour ne pas su­bir le fu­tur qu’ils nous pré­parent. Or­ga­ni­sons­nous pour faire leur fête, le 12oc­tobre, aux DRH et à Pé­ni­caud. »

« Troi­sième de­gré »

Eric Bey­nel, porte-pa­role de So­li­daires et si­gna­taire du texte, plaide l’hu­mour pour ex­pli­quer cette ini­tia­tive. « Le nom “Chasse aux DRH”, c’est du deuxième, voire du troi­sième de­gré… L’idée était d’avoir un nom un peu fla­shy. On vou­lait rendre vi­sible une réunion qui se vou­lait in­vi­sible », ar­gu­mente-t-il.

Pour lui, la mo­bi­li­sa­tion a été une réus­site puisque Mme Pé­ni­caud a an­nu­lé sa ve­nue. Il tient à pré­ci­ser qu’il n’a rien vu des dé­bor­de­ments, qui se se­raient pas­sés à dis­tance du ras­sem­ble­ment de So­li­daires. « J’ai ap­pris les in­cen­dies de voi­tures avec les coups de fil de jour­na­listes », as­sure-t-il.

Cette dé­marche est-elle une ra­di­ca­li­sa­tion de l’op­po­si­tion aux ré­formes du droit du tra­vail ? «L’éty­mo­lo­gie de ra­di­cal, c’est ra­cine, ré­pond M. Bey­nel. Et re­ve­nir aux ra­cines du mou­ve­ment ou­vrier, de la lutte des classes, re­dire ce qu’est le ca­pi­ta­lisme, la ré­par­ti­tion des ri­chesses, c’est im­por­tant dans cette pé­riode. »

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