A Gen­ne­vil­liers, le théâtre au coeur de la ci­té

Le nou­veau di­rec­teur du T2G, Da­niel Jean­ne­teau, en­tend re­tis­ser des liens avec la po­pu­la­tion lo­cale

Le Monde - - CULTURE - fa­bienne darge

Da­niel Jean­ne­teau, 54ans, al­lure d’éter­nel étu­diant, cir­cule dans les vastes es­paces du Théâtre de Gen­ne­vil­liers (T2G) avec un bon­heur évident. Homme d’es­pace – il a com­men­cé comme scé­no­graphe –, son pre­mier geste a été d’ou­vrir en­core plus l’éta­blis­se­ment sur la rue, en amé­na­geant une ter­rasse vé­gé­ta­li­sée conti­guë au res­tau­rant du théâtre.

Ou­vrir: tel est le cre­do du met­teur en scène, qui en­tame sa pre­mière sai­son à la tête du T2G, le centre dra­ma­tique na­tio­nal de Gen­ne­vil­liers (Hauts-de-Seine), à la tête du­quel il a été nom­mé en juin 2016. «L’his­toire des centres dra­ma­tiques na­tio­naux de ban­lieue pa­ri­sienne, qui ont été fon­da­men­taux dans l’aven­ture de la dé­cen­tra­li­sa­tion théâ­trale, ar­rive à un point un peu cri­tique au­jourd’hui, constate-t-il. Il faut avoir le cou­rage de po­ser les vraies ques­tions, no­tam­ment celle de la dis­tance qui s’est creu­sée entre ces lieux et la po­pu­la­tion lo­cale. »

Un la­bo­ra­toire vi­vant

Quand il a été nom­mé par Au­drey Azou­lay, alors mi­nistre de la culture, en plein ac­cord avec le maire (PCF) de Gen­ne­vil­liers, Pa­trice Le­clerc, Da­niel Jean­ne­teau sa­vait qu’il avait no­tam­ment pour mis­sion de re­nouer les re­la­tions entre le théâtre et la ville, qui s’étaient pour le moins dis­ten­dues. En2007, après le dé­part de Ber­nard So­bel, le di­rec­teur his­to­rique, qui s’était ins­tal­lé dans l’an­cienne salle des fêtes des Gré­sillons en 1963, c’est l’au­teur et met­teur en scène Pas­cal Ram­bert qui avait re­pris le flam­beau. Brillam­ment, mais de ma­nière par­ti­cu­lière: en fai­sant du T2G une en­clave pa­ri­sienne et bran­chée en ban­lieue.

Da­niel Jean­ne­teau est un fils de la Mo­selle, de­ve­nu un homme de la ban­lieue. Il ha­bite à Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis), où il a beau­coup tra­vaillé, no­tam­ment quand il fut scé­no­graphe de Claude Ré­gy. Puis il est de­ve­nu met­teur en scène, et, en 2008, a pris la tête du Stu­dio-Théâtre de Vi­try (Val-deMarne), où il est res­té huit ans.

Au­jourd’hui, il vient à vé­lo de Saint-De­nis à «son» théâtre de Gen­ne­vil­liers, dont il a ré­amé­na­gé les es­paces in­té­rieurs, de ma­nière simple et convi­viale. Pas ques­tion de cé­der sur la créa­tion, qui est elle aus­si ins­crite au coeur du ca­hier des charges des centres dra­ma­tiques na­tio­naux. « Par rap­port à cette lame de fond du po­pu­lisme qui tra­verse toute l’Eu­rope, à tous ces dis­cours an­ti-ar­tistes, an­ti in­tel­lec­tuels qui montent dans la so­cié­té, on doit, nous, ar­tistes, se po­ser quelques ques­tions sur la place de la créa­tion. Ce n’est pas la culture qui est me­na­cée, de nos jours. Mais la créa­tion, elle, est de plus en plus fra­gi­li­sée. »

Pour le maire de Gen­ne­vil­liers, il n’était pas ques­tion de pro­mou­voir au T2G un pro­jet pu­re­ment lo­cal. «Pa­trice Le­clerc m’a dit: “Ne faites sur­tout pas du théâtre une Mai­son des jeunes et de la culture (MJC)” », s’amuse Da­niel Jean­ne­teau. Pour le nou­veau di­rec­teur comme pour ses tu­telles, Gen­ne­vil­liers doit bien être un la­bo­ra­toire vi­vant pour «re­for­mu­ler ce qu’est un centre dra­ma­tique na­tio­nal en ban­lieue ».

Da­niel Jean­ne­teau a conçu son pro­jet comme une ar­bo­res­cence, al­lant du plus lo­cal au plus in­ter­na­tio­nal, et fai­sant par­tir en rhi­zome de mul­tiples liens. C’est ain­si que, jus­qu’au 16 oc­tobre, se jouent, au théâtre et dans di­vers lieux de la ville, deux spec­tacles du Théâtre Dé­plié, Les Bat­teurs et Le Pas de Bême, une forme lé­gère mais qui in­ter­roge le re­fus d’un ado­les­cent de se confor­mer aux codes sco­laires.

A la ren­trée 2018, Da­niel Jean­ne­teau, qui connaît bien le Ja­pon, fe­ra ve­nir, en col­la­bo­ra­tion avec le Fes­ti­val d’au­tomne, quatre ar­tistes du pays du So­leil-Le­vant. Entre ces deux pôles, on pour­ra voir à Gen­ne­vil­liers Price, la der­nière créa­tion de Ro­dolphe Da­na d’après Steve Te­sich ; bla­bla­bla, une dé­cli­nai­son jeune pu­blic de l’En­cy­clo­pé­die de la pa­role de Jo­ris La­coste ; 1993, d’Au­ré­lien Bel­lan­ger, mis en scène par Ju­lien Gos­se­lin avec les élèves sor­tant de l’école du Théâtre na­tio­nal de Stras­bourg… Et aus­si un mu­sic-hall avec des chan­sons et des nu­mé­ros ve­nus de l’Al­gé­rie des an­nées 1950.

Mais ces choix de pro­gram­ma­tion ne sont qu’un des vo­lets par­mi les mul­tiples ac­ti­vi­tés du théâtre, ces « in­ter­faces » vou­lues par Da­niel Jean­ne­teau. Deux fois par mois, le jeu­di soir, ont lieu des ate­liers libres, ou­verts à tous. Un co­mi­té de lec­teurs non pro­fes­sion­nels a été mis en place, sous la hou­lette de la co­mé­dienne Sté­pha­nie Bé­ghain, pour dé­cou­vrir des textes dé­jà édi­tés ou non. La re­vue In­cise, qui avait été créée au Stu­dio-Théâtre de Vi­try, conti­nue avec le T2G. La we­bra­dio DUUU, qui réunit des ac­teurs de la scène ar­tis­tique et ex­plore tous les ter­ri­toires gen­ne­vil­lois, a pris ses quar­tiers au théâtre. Des par­te­na­riats ont été tis­sés avec l’Ir­cam, et avec le conservatoire de mu­sique et de danse de la ville…

Da­niel Jean­ne­teau a donc tout lieu de se ré­jouir, lui qui fait dé­cou­vrir la su­perbe ter­rasse ar­bo­rée que re­cèle le théâtre, et qui jusque-là était res­tée ca­chée au re­gard du pu­blic. Dans un des car­rés de terre, des di­zaines de ci­trouilles bien rondes et co­lo­rées ont pous­sé toutes seules, à la grande joie de l’équipe. Il y a bien à Gen­ne­vil­liers un par­fum d’al­ter­na­tive al­lègre.

Da­niel Jean­ne­teau a conçu son pro­jet comme une ar­bo­res­cence, fai­sant par­tir en rhi­zome de mul­tiples liens

OIL­VIER ROL­LER

Da­niel Jean­ne­teau, en fé­vrier.

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