le ciel, la tate et la mer

St Ives, sta­tion bal­néaire de Cor­nouailles aux eaux tur­quoise, est aus­si un écrin pour l’art contem­po­rain st ives (royaume-uni)

Le Monde - - STYLES - thomas dous­ta­ly

Sur la vitre du Bumbles Tea Room, trois flèches sur­mon­tées des in­di­ca­tions « Town », « Tea », « Tate » suf­fisent à com­prendre St Ives, une des plus char­mantes sta­tions bal­néaires de Cor­nouailles. Un vil­lage, des pubs et des sa­lons de thé comme s’il en pleu­vait et un phare cultu­rel, la Tate St Ives.

Le plan est simple: à l’est, une pointe ro­cheuse do­mi­née par une pe­tite cha­pelle dé­diée à St Ni­cho­las sur­plombe la baie où s’est blot­ti le port, et à l’ouest la plage de Porth­meor, où s’est ins­tal­lée la Tate. Au centre de ce tri­angle, les mai­sons de gra­nit d’un vieux vil­lage de pê­cheurs de­ve­nu, par la grâce de sa lu­mière, un havre pour ar­tistes dès le mi­lieu du XIXe siècle, puis, parce que ses plages sau­vages sont bai­gnées par une mer aux cou­leurs ca­ri­béennes, un des coins les plus tou­ris­tiques d’An­gle­terre.

Il fait si doux en ce dé­but d’oc­tobre. Des éclair­cies spec­ta­cu­laires al­ternent avec un cra­chin qua­si bre­ton qui donne briè­ve­ment la sen­sa­tion va­po­reuse d’être dans un nuage. Au pied de la Tate, qui cé­lèbre sa réou­ver­ture après plu­sieurs an­nées de tra­vaux et la construc­tion d’une ex­ten­sion pro­vi­den­tielle, les sur­feurs ont en­va­hi la plage.

La Tate St Ives est une ra­re­té ty­pi­que­ment bri­tan­nique. Bien long­temps avant le Louvre-Lens ou Pom­pi­dou-Metz, le grand mu­sée lon­do­nien s’était aug­men­té d’une an­tenne à Li­ver­pool, en 1988, puis à St Ives, en 1993, et en­fin à Londres, avec la Tate Mo­dern, en 2000.

Chaus­sons sa­lés et « fish & chips »

Mais pour­quoi avoir choi­si St Ives et ses 11 000 ha­bi­tants seule­ment ? L’ins­ti­tu­tion a d’abord vou­lu s’ins­crire dans le pas­sé ar­tis­tique glo­rieux des Cor­nouailles, et faire dia­lo­guer les oeuvres des ar­tistes an­glais qui tra­vaillèrent à St Ives – Bar­ba­ra Hep­worth, Ben Ni­chol­son, Naum Ga­bo ou Ch­ris­to­pher Wood, pour ne ci­ter que les plus cé­lèbres de ces ar­tistes mé­con­nus en France – avec des chefs-d’oeuvre du XXe siècle, un ta­bleau de Pi­cas­so ici, une tête de Bran­cu­si là, un Mon­drian et quelques autres en­core.

Avec son ex­ten­sion aux al­lures de ga­le­rie new-yor­kaise, la Tate St Ives se dote au­jourd’hui d’un écrin à la me­sure de l’art contem­po­rain. Creu­sée dans la fa­laise, la nou­velle salle d’ex­po­si­tion offre – pour son inau­gu­ra­tion – ses quatre murs et son im­mense es­pace éclai­ré par six puits de lu­mière aux oeuvres de la jeune ar­tiste an­glaise Re­bec­ca War­ren. Et l’en­semble fonc­tionne à mer­veille.

Cette Tate vil­la­geoise a le charme des « pe­tits » mu­sées et la pro­fon­deur uni­ver­selle des grands. Si l’es­prit souffle ici, c’est avec l’hu­mi­li­té d’un voyage ar­tis­tique qu’on pour­rait faire sans ba­gage, le coeur lé­ger. La plus jo­lie pièce du mu­sée est sans doute la plus pe­tite : 3 m2, un écran qui dif­fuse Fi­gures in a Land­scape, un court-mé­trage pro­di­gieux de Dud­ley Shaw Ash­ton sur Bar­ba­ra Hep­worth au tra­vail, tour­né en 1953, et en­fin, mi­racle des contrastes, une fe­nêtre qui ouvre sur la mer.

Pour pro­lon­ger la vi­site du mu­sée, tous les mar­dis à 11 heures, la Tate donne ren­dez-vous de­vant le Mu­sée Bar­ba­ra Hep­worth pour le «Tate Around Town Art Tour». Cette ba­lade ar­tis­tique dans St Ives passe par la mai­rie, les clubs et les so­cié­tés d’ar­tistes, les écoles d’art et – cer­taines fois – par les stu­dios d’ar­tistes tou­jours à l’oeuvre comme Clare Ward­man et Iain Ro­bers­ton, à Porth­meor, qui donne di­rec­te­ment sur la plage. Le tour s’achève par la vi­site du Mu­sée Bar­ba­ra Hep­worth. Fi­gure ma­jeure, très cé­lèbre en son temps, Bar­ba­ra Hep­worth s’ins­talle à St Ives, dans une jo­lie pe­tite mai­son qui do­mine le port, en 1949. Elle y tra­vaille jus­qu’à sa mort en 1975. On vi­site avec émo­tion son stu­dio et son jar­din plan­té de pal­miers, d’es­sences exo­tiques et de ses sculp­tures en bronze ou en pierre, par­fois ten­dues de fils.

Le temps d’un long week-end, on peut aus­si ex­plo­rer les rues com­mer­çantes du vil­lage à la re­cherche de Pen­gen­na Pas­ties, la fa­meuse bou­tique de chaus­sons sa­lés (fro­mage-oi­gnon et menthe-agneau sont nos fa­vo­ris), ou du mar­chand d’ours en pe­luche Won­der­ful Bear Em­po­rium, dans le­quel les en­fants peuvent fa­bri­quer eux-mêmes leur Ted­dy Bear.

Sur le port, les pubs al­ternent avec les res­tau­rants. On dîne à l’Al­ba, par exemple, ou au Loft, un peu plus en hau­teur, d’un fish & chips dé­li­cieux.

Mais, fi­na­le­ment, c’est au bord de la mer que les pas du voya­geur le conduisent tou­jours, sur le sen­tier cô­tier pour une vraie ran­don­née ou sur une plage, pour une simple ba­lade. Un peu à l’écart du centre-ville, dans l’eau trans­pa­rente de Car­bis Bay bai­gnée par les der­niers feux d’un so­leil d’au­tomne, un na­geur dé­fie le cycle des sai­sons. Même hors de l’eau, il faut suivre son exemple, et fi­ler à St Ives entre oc­tobre et mai, loin de la foule.

VI­SIT­BRI­TAIN/ADAM BUR­TON

Le port de St Ives vu de Porth­mins­ter Beach.

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