L’ÉTER­NEL RE­TOUR DE LA PO­LI­TIQUE DE LA VILLE

Le Monde - - LA UNE -

Vingt-quatre heures dans un agenda pré­si­den­tiel, ce n’est pas rien. Em­ma­nuel Ma­cron les a consa­crées, lun­di 13 et mar­di 14 no­vembre, à Cli­chy-sous-Bois (Seine-Saint-De­nis), Tour­coing et Rou­baix, dans le Nord, aux ban­lieues déshé­ri­tées. Il a dia­lo­gué lon- gue­ment avec élus, ha­bi­tants, res­pon­sa- bles d’as­so­cia­tions, de ser­vices pu­blics ou d’en­tre­prises et a dé­cré­té la « mo­bi­li­sa­tion

gé­né­rale » en fa­veur de ces ter­ri­toires ou­bliés de la Ré­pu­blique.

L’in­ten­tion po­li­tique du chef de l’Etat était ex­pli­cite : « tordre le cou » à cette idée, qui « en ce mo­ment fait fu­reur », que la po- li­tique éco­no­mique en­ga­gée par le gou- ver­ne­ment se­rait d’abord des­ti­née aux plus ai­sés et dé­lais­se­rait les moins fa­vo­ri-

sés. Bref, ef­fa­cer cette image de « pré­sident des riches» qui lui colle dé­sor­mais à la peau. « OEu­vrer pour une économie plus forte, c’est oeu­vrer d’abord et avant tout pour ceux qui sont le plus en dif­fi­cul­té. Il n’y

a pas de po­li­tique so­ciale qui tienne » sans réus­site éco­no­mique, a-t-il mar­te­lé. De même, en dé­pit de la co­lère qu’elle a pu sus­ci­ter, il a jus­ti­fié la ré­duc­tion à 200 000 du nombre d’em­plois ai­dés, « ces contrats

à la pe­tite se­maine» et « sans ave­nir », au pro­fit d’une po­li­tique vo­lon­ta­riste en fa­veur de l’ap­pren­tis­sage.

Deux jours du­rant, le chef de l’Etat n’a donc pas mé­na­gé ses ef­forts pour dé­mon- trer que son am­bi­tion ré­for­ma­trice porte- rait sur tous les ter­ri­toires de la Ré­pu­blique, no­tam­ment sur les quar­tiers les plus dé­fa- vo­ri­sés. C’est un «plan de ba­taille clair» qu’il a dès à pré­sent es­quis­sé et que, d’ici à fé­vrier 2018, il en­tend dé­fi­nir dans le dé­tail avec tous les ac­teurs concer­nés. Avec, en préa­lable, l’en­ga­ge­ment de « sanc­tua­ri

ser pour tout le quin­quen­nat » les cré­dits de la po­li­tique de la ville.

Sé­cu­ri­té, em­ploi, édu­ca­tion, ser­vices pu- blics, cul­ture : la mo­bi­li­sa­tion an­non­cée est tous azi­muts. Avec une pre­mière bat­te­rie de me­sures ou d’en­ga­ge­ments à la clef: mo­bi­li­sa­tion sur les quar­tiers dif­fi­ciles de la fu­ture po­lice de sé­cu­ri­té du quo­ti­dien, ex­pé­ri­men­ta­tion avant gé­né­ra­li­sa­tion d’une quin­zaine de plans de lutte contre la ra­di­ca­li­sa­tion, re­lance des « em­plois francs» sim­pli­fiés et ai­dés par l’Etat pour do­per l’embauche par les en­tre­prises, mul­ti­pli­ca­tion des dis­po­si­tifs de CV ano­nymes, dé­ve­lop­pe­ment des crèches, des mai­sons de santé, du fi­nan­ce­ment du per­mis de con­duire ou du « pass cul­ture » pour les jeunes… sans par­ler du dé­dou­ble­ment des classes de cours pré­pa­ra­toire dans les écoles de ces quar­tiers, mis en oeuvre de­puis la der­nière ren­trée.

Le chef de l’Etat au­ra pour­tant fort à faire pour convaincre, et il le sait. Car il n’est pas le pre­mier à dres­ser ce diag­nos­tic, à pro­mettre l’en­ga­ge­ment de l’Etat et à ap­pe­ler à la mo­bi­li­sa­tion de tous. De­puis le «plan ban­lieues » de Jacques Bar­rot en 1977, la po­li­tique de la ville – por­tée par une quin­zaine de mi­nistres et des dis­po­si­tifs sans cesse re­nou­ve­lés, sou­te­nue par des cré­dits pu­blics non né­gli­geables, éva­luée par mille rap­ports – n’a pas chan­gé l’es­sen­tiel: ce cock­tail redoutable de chô­mage, de pau­vre­té, d’échec sco­laire, d’im­mi­gra­tion, dé­sor­mais de ra­di­ca­li­sa­tion re­li­gieuse, qui a fait de ces di­zaines de quar­tiers des ter­ri­toires per­dus de la Ré­pu­blique.

Com­battre cet « apar­theid social », dé­non­cé par Jean-Pierre Che­vè­ne­ment en 1998 ou Ma­nuel Valls en 2015, et le fa­ta­lisme qu’il a en­ra­ci­né est ef­fec­ti­ve­ment un dé­fi que seuls de so­lides chan­ge­ments concrets per­met­traient de re­le­ver.

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