Le gas­pillage ali­men­taire n’épargne plus la Chine

Le gas­pillage ali­men­taire, fléau des pays dé­ve­lop­pés, n’épargne plus la Chine

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - LA CHINE S’EST ÉVEILLÉE, PHI­LIPPE BARRET

De­puis le “grand bond en avant”, c’est-à-dire de­puis près de soixante ans, il n’y a plus de fa­mine en Chine – alors que dans un pas­sé plus éloi­gné, c’était un fléau ré­cur­rent. Mais la fa­mine est loin d’être éli­mi­née dans le monde. Chaque an­née, on es­time à 15 ou 20 mil­lions le nombre de per­sonnes qui meurent de la fa­mine: au Ni­ge­ria, en So­ma­lie, au Sou­dan du Sud et au Yé­men prin­ci­pa­le­ment. Et l’Or­ga­ni­sa­tion de Na­tions unies pour l’ali­men­ta­tion et l’agri­cul­ture (FAO) es­time le nombre des per­sonnes sou­sa­li­men­tées à 250 mil­lions.

Pour lut­ter contre la sous-ali­men­ta­tion, les or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales com­pé­tentes – FAO, le Pro­gramme ali­men­taire mon­dial (PAM) et le Fonds in­ter­na­tio­nal de dé­ve­lop­pe­ment agri­cole (Fi­da) – comptent sur­tout sur l’adap­ta­tion aux chan­ge­ments cli­ma­tiques, sur la pro­duc­tion agri­cole du­rable ou la ges­tion des pé­nu­ries d’eau. L’éli­mi­na­tion du gas­pillage ali­men­taire est sou­vent né­gli­gée.

La lutte par l’en­ga­ge­ment in­di­vi­duel

Une étude ré­cente réa­li­sée par le PAM et l’aca­dé­mie des sciences chi­noise a ré­vé­lé qu’en 2015, les consom­ma­teurs chi­nois, dans seu­le­ment quatre grandes villes, avaient gas­pillé de 17 à 18 mil­lions de tonnes d’ali­ments ser­vis dans les res­tau­rants. Ce se­rait suf­fi­sant pour nour­rir 30 à 50 mil­lions de per­sonnes par an, soit un cin­quième des per­sonnes sous-ali­men­tées. Le gas­pillage ali­men­taire est sur­tout le fait des villes. Dans les zones ru­rales, le pro­blème est mieux gé­ré. Dans les villes, les lé­gumes sont le pro­duit ali­men­taire le plus sou­vent je­té ; les tou­ristes et les va­can­ciers sont les prin­ci­paux res­pon­sables du gas­pillage. Le­quel est le plus im­por­tant dans les grands res­tau­rants et à l’oc­ca­sion des ban­quets.

Le gas­pillage ne se li­mite pas à la consom­ma­tion. Il ap­pa­raît dans les phases an­té­rieures du trai­te­ment des pro­duits ali­men­taires, tout au long de la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, au cours de la ré­colte, au sto­ckage, à l’em­bal­lage, jus­qu’à la li­vrai­son et à la pré­pa­ra­tion. Mat­teo Mar­chi­sio, di­rec­teur du Fi­da pour la Chine, es­time que le pays pré­sente des ca­rac­té­ris­tiques très par­ti­cu­lières pour le gas­pillage ali­men­taire : “La Chine par­tage les ca­rac­té­ris­tiques des pays à re­ve­nu éle­vé et in­ter­mé­diaire, où le gas­pillage ali­men­taire concerne prin­ci­pa­le­ment les ali­ments au stade de la consom­ma­tion. En fait, en Chine, vous per­dez énor­mé­ment dans les res­tau­rants, les can­tines et à un ni­veau in­di­vi­duel. Mais le pays a aus­si une ca­rac­té­ris­tique de pays en dé­ve­lop­pe­ment, où la perte de nour­ri­ture sur­vient avant la consom­ma­tion.”

Un des moyens nou­veaux uti­li­sé pour lut­ter contre cette forme de gas­pillage, au ni­veau de la pro­duc­tion, c’est le re­cours, de plus en plus ré­pan­du dans les cam­pagnes, aux pla­te­formes de com­merce élec­tro­nique pour fa­ci­li­ter l’écou­le­ment de la pro­duc­tion agri­cole.

Mais les ex­perts consi­dèrent en gé­né­ral que la lutte contre le gas­pillage ali­men­taire, en Chine comme ailleurs, est avant tout un en­ga­ge­ment in­di­vi­duel et que c’est par là qu’on ob­tien­dra les meilleurs ré­sul­tats.

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