En­tre­prises dans la course

Bonnes rai­sons et moyens ne manquent pas pour les en­tre­prises de ré­duire le taux d’ac­ci­dent de leurs sa­la­riés. Mais la route est en­core longue.

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - DI­DIER WILLOT

Dans le cadre de sa lutte contre l’in­sé­cu­ri­té rou­tière, l’ad­mi­nis­tra­tion fran­çaise in­cite les chefs d’en­tre­prise à s’in­té­res­ser de près à la ges­tion de leur flotte au­to­mo­bile. Une ini­tia­tive qui semble lar­ge­ment sui­vie d’ef­fets. Avec l’ap­pui de la plu­part de dif­fé­rents pres­ta­taires – so­cié­tés spé­cia­li­sées, com­pa­gnies d’as­su­rances, as­so­cia­tions –, ils sont en ef­fet de plus en plus nom­breux à prendre des me­sures des­ti­nées à convaincre les uti­li­sa­teurs de leurs vé­hi­cules – chauf­feurs-li­vreurs, com­mer­ciaux, etc. – de res­pec­ter les règles du Code de la route et d’adop­ter des com­por­te­ments de pru­dence au vo­lant.

Mal­gré de réels pro­grès au cours des der­nières dé­cen­nies, on a en­re­gis­tré pour la troi­sième an­née consé­cu­tive une hausse nombre de morts – près de 3 500 – sur le ter­ri­toire na­tio­nal en 2017. Et l’in­sé­cu­ri­té rou­tière touche éga­le­ment le monde de l’en­tre­prise. Sait-on, par exemple, qu’un ac­ci­dent au­to­mo­bile sur sept a lieu sur un tra­jet pro­fes­sion­nel et que la route re­pré­sente ap­proxi­ma­ti­ve­ment le quart des ac­ci­dents de tra­vail, et même la moi­tié si l’on prend en compte les ac­ci­dents sur­ve­nus lors des tra­jets do­mi­cile-en­tre­prise ? Autre chiffre si­gni­fi­ca­tif : avec près de 460 per­sonnes dé­cé­dées l’an der­nier en se ren­dant à leur tra­vail, en en ren­trant ou lors d’un dé­pla­ce­ment pour le compte de leur en­tre­prise, les ac­ci­dents de la route re­pré­sentent la pre­mière cause de mor­ta­li­té au tra­vail. Telle est cer­tai­ne­ment la rai­son pour la­quelle, alors que le gou­ver­ne­ment a dé­ci­dé d’abais­ser de­puis le 1er juillet 2018 la li­mi­ta­tion de vi­tesse sur les routes se­con­daires à 80 km/h, les chefs d’en­tre­prise sont au­jourd’hui de plus en plus nom­breux à ini­tier des opé­ra­tions de sen­si­bi­li­sa­tion à la pré­ven­tion rou­tière au­près de l’en­semble de leur per­son­nel.

Des ris­quesq ac­crus dans les vé­hi­cules d’en­tre­prise

La dé­marche est d’au­tant plus utile qu’une en­quête réa­li­sée fin 2017 à la de­mande de l’as­so­cia­tion Axa Pré­ven­tion a mon­tré que les sa­la­riés condui­sant un vé­hi­cule d’en­tre­prise ont ten­dance à prendre da­van­tage de risques au vo­lant. En cause : la fa­tigue, le stress, la pres­sion des ob­jec­tifs à at­teindre… Ain­si, ils sont plus nom­breux à conduire en état de fa­tigue (59 % contre 45 %) ou après un dé­jeu­ner ar­ro­sé (30 % contre 22 %) que l’en­semble des Fran­çais. De la même fa­çon, ils com­mettent da­van­tage d’in­frac­tions que les conduc­teurs en dé­pla­ce­ment pri­vé. Exemples: 60 % d’entre eux avouent dé­pas­ser cou­ram­ment les li­mites de vi­tesse au­to­ri­sées tan­dis que 69 % confirment qu’il leur ar­rive sou­vent d’uti­li­ser leur té­lé­phone en condui­sant. On a même cal­cu­lé que, lorsque le Fran­çais moyen cu­mule 9 in­frac­tions graves sur un tra­jet don­né, l’au­to­mo­bi­liste en mis­sion pour son en­tre­prise en com­met­tra, lui, deux de plus sur le même tra­jet. Bref, le fait que le vé­hi­cule ne lui ap­par­tienne pas semble in­duire une forme de dé­res­pon­sa­bi­li­sa­tion du conduc­teur !

En réa­li­té, il y a main­te­nant deux ans que les pou­voirs pu­blics s’in­té­ressent au pro­blème de la sé­cu­ri­té rou­tière dans le monde de l’en­tre­prise. C’est en ef­fet le 11 oc­tobre 2016 que My­riam El Khom­ri et Ber­nard Ca­ze­neuve,

On es­time qu’au plan na­tio­nal, les ac­ci­dents de la route lors de dé­pla­ce­ments pro­fes­sion­nels sont, chaque an­née, à l’ori­gine de la perte de 6 mil­lions d’heures de tra­vail

“Nous of­frons aux en­tre­prises la pos­si­bi­li­té d’ac­cueillir des stages sur me­sure adap­tés à leurs exi­gences en ma­tière de sé­cu­ri­té rou­tière.” Ge­ne­viève Va­lette, Codes Rous­seau.

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