De pe­tites amé­lio­ra­tions pou­vant rap­por­ter gros

Trois ppro­po­si­tionsp : en­tre­tien des in­fra­struc­tures, , ges­tion des ac­tifs de l’État, comp­ta­bi­li­té du sec­teur pu­blic

Le Nouvel Économiste - - LA UNE -

Les lec­teurs de ‘The Economist’ s’en­flamment fa­ci­le­ment pour des dé­bats sur les po­li­tiques mo­né­taires non conven­tion­nelles, les mé­rites de la re­lance mo­né­taire et les ré­formes struc­tu­relles in­no­vantes (ne le niez pas). D’autres su­jets de po­li­tique éco­no­mique ne sont peut-être pas si ex­ci­tants, mais fade ne si­gni­fie pas inu­tile. Il y a beau­coup à ga­gner en ap­por­tant quelques amé­lio­ra­tions à la pla­ti­tude. Pre­nez trois exemples : l’en­tre­tien des in­fra­struc­tures,, la ges­tion des ac­tifs d’État et la comp­ta­bi­li­té du sec­teur pu­blic. Fi­nan­cer les ré­pa­ra­tions d’in­fra­struc­tures est plus dif­fi­cile que de trou­ver de l’ar­gent pour de nou­veaux pro­jets sexy...

Les lec­teurs de ‘ The Economist’ s’en­flamment fa­ci­le­ment pour des dé­bats sur les po­li­tiques mo­né­taires non conven­tion­nelles, les mé­rites de la re­lance mo­né­taire et les ré­formes struc­tu­relles in­no­vantes (ne le niez pas). D’autres su­jets de po­li­tique éco­no­mique ne sont peut-être pas si ex­ci­tants, mais fade ne si­gni­fie pas inu­tile. Il y a beau­coup à ga­gner en ap­por­tant quelques amé­lio­ra­tions à la pla­ti­tude. Pre­nez trois exemples : l’en­tre­tien des in­fra­struc­tures,, la ges­tion des ac­tifs d’État et la comp­ta­bi­li­té du sec­teur pu­blic. Fi­nan­cer les ré­pa­ra­tions d’in­fra­struc­tures est plus dif­fi­cile que de trou­ver de l’ar­gent pour de nou­veaux pro­jets sexy qui met­tront en va­leur votre bi­lan po­li­tique. Ces der­nières dé­cen­nies, l’Amé­rique a construit beau­coup de routes in­utiles alors que le pour­cen­tage de re­vê­te­ments rou­tiers exis­tants et dé­gra­dés est pas­sé de 10 % en 1997 à 21 % au­jourd’hui. Les nid­sde-poule fi­nissent par abî­mer les vé­hi­cules qui roulent des­sus. Les écluses dé­fec­tueuses du ca­nal de Kiel, qui re­lie la mer Bal­tique à la mer du Nord, pro­voquent des files d’at­tente des ba­teaux qui at­tendent de pou­voir tra­ver­ser. Par­fois, ils sont obli­gés de faire le tour du Da­ne­mark pour pas­ser. Le manque d’en­tre­tien peut aus­si pro­vo­quer des ca­tas­trophes meur­trières, comme l’ef­fon­dre­ment ré­cem­ment du pont au­to­rou­tier de Gênes en Ita­lie. Si les coûts de la né­gli­gence en ma­tière d’en­tre­tien de­viennent par­fois tra­gi­que­ment évi­dents, il est dif­fi­cile de les re­pé­rer dans l’éco­no­mie prise glo­ba­le­ment. Es­ti­mer à quelle vi­tesse les in­fra­struc­tures se dé­té­riorent est com­pli­qué. Comme il est com­pli­qué de faire un sui­vi des dé­penses en ré­pa­ra­tions, sou­vent trai­tées en in­terne par les en­tre­prises. Le Ca­na­da a les meilleurs chiff­res. Il es­time que les en­tre­prises dé­pensent 3,3 % du PIB en en­tre­tien, plus de deux fois ce que le pays dé­bourse en re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment. L’en­tre­tien est donc un fac­teur im­por­tant de l’éco­no­mie, à court comme à long terme. Les gou­ver­ne­ments avares laissent néan­moins sou­vent les in­fra­struc­tures se dé­gra­der. Même les pro­grammes de re­lance éco­no­mique donnent gé­né­ra­le­ment la prio­ri­té à des pro­jets de pres­tige. Après la crise fi­nan­cière, l’Amé­rique a dé­pen­sé le double par per­sonne en pro­jets de nou­veaux trans­ports dans des zones peu peu­plées par rap­port aux villes, où les be­soins sont plus im­por­tants. Dé­ri­ver des bud­gets vers l’en­tre­tien se­rait un but fa­cile à at­teindre pour la so­cié­té.

Après les équi­pe­ments pu­blics mal en­tre­te­nus, vous avez éga­le­ment le cas des biens mal gé­rés. Les gou­ver­ne­ments pos­sèdent d’énormes por­te­feuilles de biens, dont du fon­cier, des en­tre­prises comme les ré­gies ou autres en­tre­prises de ser­vices pu­blics, la poste, des ac­tifs fi­nan­ciers, comme les in­ves­tis­se­ments dé­te­nus par les fonds de re­traite du sec­teur pu­blic. Le FMI a étu­dié ré­cem­ment 31 grands pays, re­pré­sen­tant les trois cin­quièmes de l’éco­no­mie mon­diale en­vi­ron, et est ar­ri­vé à la conclu­sion que leurs ac­tifs ad­di­tion­nés va­laient 101 000 mil­liards de dol­lars, soit 219 % de leurs PIB cu­mu­lés. Les ren­de­ments gé­né­rés par ces ac­tifs va­rient énor­mé­ment. La SNCF, le sys­tème fer­ro­viaire na­tio­na­li­sé fran­çais, a eu un re­tour sur ca­pi­tal de 7,9 % en 2017 ; Am­trak, le plus proche équi­valent de la SNCF en Amé­rique, dé­tient des ac­tifs va­lant 15 mil­liards de dol­lars mais ac­cuse des pertes. Le FMI es­time qu’un pays qui pas­se­rait du 25e au 75e cen­tile de ren­de­ment ajus­té en fonc­tion du risque, de cer­tains types d’ac­tifs seu­le­ment, ga­gne­rait l’équi­valent de 3 % du PIB en re­cettes sup­plé­men­taires. C’est glo­ba­le­ment ce que les pays riches col­lectent en taxes sur les en­tre­prises.

Comment en­cou­ra­ger les États à mieux en­tre­te­nir et à gé­rer de fa­çon à aug­men­ter le ren­de­ment des ac­tifs ? Notre troi­sième sug­ges­tion en­nuyeuse fait par­tie de la ré­ponse: amé­lio­rer la comp­ta­bi­li­té du sec­teur pu­blic. Ac­tuel­le­ment, les gou­ver­ne­ments sont trop ob­sé­dés par les li­qui­di­tés et l’em­prunt an­nuel. Les chiff­res ne font pas men­tion des in­fra­struc­tures dé­la­brées et des ren­de­ments pper­dus. De ce fait,, qquand l’État se serre la cein­ture, il pré­serve sou­vent la dé­pense cou­rante en sa­brant dans l’en­tre­tien et les in­ves­tis­se­ments, même si ce­la nuit à la va­leur nette du sec­teur pu­blic une fois toutes les co­lonnes cor­rec­te­ment ad­di­tion­nées.

Une fo­ca­li­sa­tion sur le bi­lan, à la ma­nière d’une en­tre­prise, amé­lio­re­rait les in­ci­ta­tions. Les mi­nistres des Fi­nances pour­raient in­ves­tir da­van­tage, si l’ac­crois­se­ment de la ri­chesse ppu­bli­queq qqui en ré­sul­tait était bien vi­sible. Et si tous les or­ganes de l’État de­vaient rendre compte du ca­pi­tal im­mo­bi­li­sé dans leurs opé­ra­tions, ils pour­raient se sen­tir obli­gés de mieux l’uti­li­ser, ou de vendre. Un seul pays, la Nou­velle Zé­lande, est à la hau­teur en ma­tière de comp­ta­bi­li­té pu­blique. Elle met à jour son bi­lan du sec­teur pu­blic tous les mois, ce qui lui per­met d’éva­luer la va­leur nette du sec­teur pu­blic en temps op­por­tun. La Grande-Bre­tagne pro­duit aus­si de bons chiff­res, mais après un dé­lai de plus d’un an. C’est trop long pour que ces chiff­res aient un im­pact sur les dé­ci­deurs po­li­tiques.

Tout ce­la vous semble peut-être un re­mède à l’in­som­nie plu­tôt qu’aux pro­blèmes éco­no­miques. Pour­tant, la ré­so­lu­tion de pro­blèmes de base per­met­trait d’ob­te­nir de meilleurs ré­sul­tats que nombre de brillantes idées an­non­cées avec force trom­pettes par les ppo­li­ti­quesq ppour gg­ga­gner des votes. Être en­nuyeux n’at­tire peut-être pas l’at­ten­tion. Mais ce­la peut en fait être très bé­né­fique.

Comment en­cou­ra­gerg les États à mieux en­tre­te­nir et à gé­rer de fa­çon à aug­men­ter le ren­de­ment des ac­tifs ? Notre troi­sième sug­ges­tion en­nuyeuse fait par­tie de la ré­ponse : amé­lio­rer la comp­ta­bi­li­té du sec­teur pu­blic

Ac­tuel­le­ment, les gou­ver­ne­ments sont trop ob­sé­dés par les li­qui­di­tés et l’em­prunt an­nuel. Les chiff­res ne font pas men­tion des in­fra­struc­tures dé­la­brées et des ren­de­ments per­dus. (...)

Si tous les or­ganes de l’État de­vaient rendre compte du ca­pi­tal im­mo­bi­li­sé dans leurs opé­ra­tions, ils pour­raient se sen­tir obli­gés de mieux l’uti­li­ser, ou de vendre.

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