Rob Rhi­ne­hart

CEO de Soylent

Le Nouvel Economiste - - La Une - TOM BRAITHWAITE, FT

“Nos ha­bi­tudes ali­men­taires en sont res­tées à la ré­vo­lu­tion

in­dus­trielle”

“Nos ha­bi­tudes ali­men­taires en sont res­tées à la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle”

Sa “nour­ri­ture du fu­tur” était la pas­sion d’une vie de geek. C’est dé­sor­mais une start-up à 100 mil­lions de dol­lars. De­vant un double des­sert à Los An­geles, il dit que nos ha­bi­tudes ali­men­taires sont celles d’une époque ré­vo­lue

L’homme qui veut rem­pla­cer la nour­ri­ture se ré­vèle avoir as­sez bon ap­pé­tit. Rob Rhi­ne­hart, dont la bois­son nu­tri­tive-sub­sti­tut de re­pas est une réus­site au­près des ‘te­chies’ de la Si­li­con Val­ley qui pré­fèrent ne pas perdre de temps à man­ger, me ren­contre au Clif­ton’s Ca­fe­te­ria et prend un pla­teau. Face au choix étour­dis­sant de types de plats, Rob Rhi­ne­hart (27 ans, grand, por­tant un T-shirt et une veste en cuir) choi­sit la rô­tis­se­rie. “Je veux de la dinde” an­nonce-il. “On peut fê­ter Thanks­gi­ving

tous les jours !” Il prend aus­si une pu­rée de pommes de terre avec de la sauce et, comme ac­com­pa­gne­ment, des ma­ca­ro­nis au fro­mage. Lorsque j’ai in­vi­té Rob Rhi­ne­hart à dé­jeu­ner, je crai­gnais le pire : une conver­sa­tion brève pen­dant que nous bu­vions des bou­teilles de Soylent, sa “nour­ri­ture du fu­tur”, qu’il consomme de­puis trois ans. Ce fut donc une agréable sur­prise d’ap­prendre qu’il avait choi­si un res­tau­rant dans le centre de Los An­geles, à proxi­mi­té des bu­reaux de l’en­tre­prise. En­core plus sur­pre­nant est la des­crip­tion de son com­mu­ni­cant, qui

le dit “gourmand”. La mé­thode de Bob Rhi­ne­hart pour faire face au choix de Clif­ton’s est simple : com­man­der beau­coup. “Puis-je avoir un autre ac­com­pa­gne­ment en payant plus ?” de­mande-il au ser­veur. Il peut. Un gros mor­ceau de farce. Au comp­toir à des­serts, il prend un chee­se­cake au cho­co­lat

et aus­si un grand bis­cuit. “Deux des­serts.

Pour­quoi pas ?” Je prends comme lui de la dinde et des pommes de terre, mais juste un des­sert – une tarte aux noix de pé­can – et nous ex­plo­rons la ca­verne du res­tau­rant à la re­cherche d’une table. L’idée de Rob Rhi­ne­hart pour Soylent (nom for­mé à par­tir de “so­ja” et “len­tilles”) re­monte au mo­ment où il était en­fer­mé à San Fran­cis­co, ba­taillant pour construire une start-up de ré­seau sans fil. Dé­ses­pé­ré de voir ses fonds di­mi­nuer, il iden­ti­fia la nour­ri­ture comme l’une de ses plus grosses dé­penses et trou­va une nou­velle fa­çon de faire des éco­no­mies. Après avoir fait une re­cherche sur les élé­ments nu­tri­tifs es­sen­tiels, il com­man­da les in­gré­dients les plus bruts sur le web et les mé­lan­gea en une mix­ture chi­mique qui fe­rait dis­pa­raître le temps pas­sé à cui­si­ner. Dans un billet de blog in­ti­tu­lé ‘Comment j’ai

ces­sé de man­ger des ali­ments’, il dé­crit comment l’ex­pé­rience a non seule­ment ré­duit ses dé­penses de nour­ri­ture (de 470 $ à 50 $ par mois), mais l’a trans­for­mé phy­si­que­ment (“Ma peau est plus claire, mes dents plus blanches, mes

che­veux plus épais”). L’idée de nour­ri­ture est dé­pas­sée, se dit-il alors. Consom­mer 1 500 ca­lo­ries par jour d’une poudre mé­lan­gée avec de l’eau est une ma­nière in­fi­ni­ment plus ef­fi­cace de consom­mer les prin­ci­paux groupes d’ali­ments – li­pides, glu­cides, pro­téines – ain­si que des vi­ta­mines et des mi­né­raux. Le billet de blog a fait le buzz et, lorsque son idée de start-up WiFi a mor­du la pous­sière, le pro­jet se­con­daire a pris le des­sus. Avec quelques amis, ils ont fait une le­vée de fonds com­mu­nau­taire pour pro­duire Soylent à plus grande échelle. L’an­née der­nière, la so­cié­té de ca­pi­tal-risque An­drees­sen Ho­ro­witz, a in­ves­ti dans l’en­tre­prise qui au­rait été éva­luée à 100 mil­lions de dol­lars (“Ce chiffre est in­exact” me dit Rob Rhi­ne­hart. C’était beau­coup plus). La ver­sion prêt-à-boire – Soylent 2.0 – est condi­tion­née dans des bou­teilles blanches épu­rées et en­voyées à tra­vers les États- Unis et au Ca­na­da. Plus de 25 mil­lions de por­tions ont été ex­pé­diées de­puis mai 2014 (l’ap­pro­vi­sion­ne­ment d’une se­maine coûte quelque 65 dol­lars, soit en­vi­ron 2,75 dol­lars par por­tion), et d’autres mar­chés – le Royaume-Uni est en tête de la liste – sont à l’étude. Vu la taille de son re­pas, on pour­rait être ten­té de se de­man­der si son ré­gime ali­men­taire sur­tout à base de Soylent sa­tis­fait Rob Rhi­ne­hart. Je me sens tou­jours ras­sa­sié après ma pre­mière bou­teille de cette bois­son beige, prise la veille. Le goût est in­ha­bi­tuel, mais in­of­fen­sif – il a été com­pa­ré à de la pâte à crêpes – bien que je n’aie pu boire que les 4/5e de la bou­teille. Rob Rhi­ne­hart est convain­cu que nous al­lons com­men­cer à aban­don­ner les trois re­pas quo­ti­diens pour si­ro­ter des ali­ments fonc­tion­nels chaque fois que nous en au­rons be­soin. “Prendre un pe­tit-dé­jeu­ner, un dé­jeu­ner et un dî­ner est l’hé­ri­tage d’une so­cié­té agri­cole et de la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle. Nous ne tra­vaillons plus à la ferme, nous ne tra­vaillons plus sur des chaînes de mon­tage, et je ne pense pas que nous de­vrions man­ger comme nous le fai­sons. Je pense que les gens man­ge­ront quand ils au­ront faim plu­tôt que se­lon un ho­raire.” Il sou­ligne que ce­la ne si­gni­fie pas la fin du plai­sir de man­ger. “Vous ren­trez du tra­vail, vous n’êtes pas d’hu­meur à cui­si­ner ou vous êtes pres­sé le ma­tin, vous n’avez pas le temps, mais le ven­dre­di ou le sa­me­di soir ar­rivent et vous vou­lez sor­tir avec vos amis. Voi­là ce vers quoi nous al­lons se­lon moi.” Au dé­but, dans les an­nées 1930, Clif­ton’s n’était qu’une pe­tite chaîne et le dé­cor de notre res­tau­rant est d’une autre époque, si­non d’une autre pla­nète. Sur un mur il y a un sé­quoia géant, avec une che­mi­née al­lant jus­qu’au pla­fond. Au­tour de nous, des ani­maux em­paillés : un lion, un ra­ton la­veur, un écu­reuil et un bi­son ou un buffle. Rob Rhi­ne­hart m’in­forme gen­ti­ment que c’est la même chose. Ce res­tau­rant – le der­nier en exer­cice – était connu pour at­ti­rer cer­tains clients cé­lèbres car il ac­cep­tait ceux qui ne pou­vaient pas payer, dont les écri­vains fau­chés Charles Bu­kows­ki et Jack Ke­rouac. Ray Brad­bu­ry man­geait aus­si ici, dit Rob Rhi­ne­hart. C’est un grand ama­teur de science-fic­tion et il note que rem­pla­cer la nour­ri­ture est une pré­oc­cu­pa­tion com­mune dans ce genre de lit­té­ra­ture.“Il y a les steaks de syn­thèse dans ‘En terre étran­gère’ [de Ro­bert A. Hein­lein] et les ali­ments sous forme de com­pri­més dans ‘The Jet­sons’. Dans ‘Les Dé­pos­sé­dés’ [par Ur­su­la K. Le Guin] les gens uti­lisent les algues. Je pense que c’était un peu pro­phé­tique.” Soylent contient de l’huile d’algues. Rob Rhi­ne­hart pense que les algues sont

ex­tra­or­di­naires. “Il faut des an­nées pour qu’une vache gran­disse, des mois et des mois pour qu’une graine de so­ja pousse, alors que les algues peuvent non seule­ment se dé­ve­lop­per mais dou­bler de taille

en quelques heures !” Il pense qu’un jour, nous au­rons des algues dans nos jar­dins. Le lien le plus proche de Soylent avec la science-fic­tion est lé­gè­re­ment re­gret­table. En 1973, dans le film ‘So­leil vert’ avec Charl­ton Hes­ton, “soylent” est le nom d’une source d’ali­ments du fu­tur qui se ré­vèlent être fa­bri­qués à par­tir d’êtres hu­mains. Mal­gré des in­gré­dients plus clas­siques – prin­ci­pa­le­ment des ex­traits de so­ja et de bet­te­rave –, le pro­duit de Rob Rhi­ne­hart s’est at­ti­ré beau­coup de cri­tiques des nu­tri­tion­nistes, qui disent que des nu­tri­ments se perdent lorsque l’on re­nonce à la nour­ri­ture na­tu­relle. Son créa­teur n’en croit rien. “La ther­mo­dy­na­mique in­dique que toutes les éner­gies sont du même genre, elles existent sous dif­fé­rentes formes. Qui peut dire que quelque chose est na­tu­rel ou pas na­tu­rel, ou na­tu­rel ou syn­thé­tique, ou des ali­ments com­plets ou pas ?” Ce­la res­semble plus à de la phy­sique qu’à de la nu­tri­tion, mais Rob Rhi­ne­hart est in­gé­nieur élec­tri­cien de for­ma­tion. Il a étu­dié à la Geor­gia Tech d’At­lan­ta, où il a gran­di. Il est au­to­di­dacte en nu­tri­tion. Je de­mande si l’éti­quette “gé­né­ti­que­ment mo­di­fié” de Soylent est im­po­sée par la

loi. “C’est une fier­té” ré­pond-il, ba­lan­çant un

Co­ca-Co­la. “Ce se­ra peut-être un jour pour des rai­sons ju­ri­diques, mais je pense que c’est sim­ple­ment ri­di­cule…”. “Il est naïf de pen­ser que la nour­ri­ture que nous man­geons est, je cite, ‘na­tu­relle’ ou ‘sa­crée’. Pou­vez-vous ima­gi­ner du maïs sur­vi­vant dans la na­ture, dans la fo­rêt ? Les ali­ments n’ont pas évo­lué pour nous nour­rir. Nous avons di­ri­gé les évo­lu­tions par la re­pro­duc­tion sé­lec­tive au fil des gé­né­ra­tions et des gé­né­ra­tions. Re­gar­dez le gé­nome du maïs main­te­nant – c’est un fouillis to­tal. Il n’a été sé­quen­cé que ré­cem­ment, parce qu’il est tel un Fran­ken­stein is­su de toutes ces dif­fé­rentes plantes.” Il est ani­mé des mêmes sen­ti­ments en­vers la nour­ri­ture bio­lo­gique. “C’est un peu frus­trant de voir ce lob­by bio­lo­gique dire aux gens de ne pas uti­li­ser d’en­grais syn­thé­tiques, d’uti­li­ser du fu­mier en­tiè­re­ment na­tu­rel de vache. Pour­quoi vou­driez-vous re­fu­ser l’une des plus grandes in­ven­tions fu­tures de l’hu­ma­ni­té ? Je ne com­prends pas.” Je sug­gère que puisque nous dé­cou­vrons tou­jours de nou­veaux ef­fets aux ali­ments, sa pré­pa­ra­tion pour­rait man­quer de cer­tains nu­tri­ments bé­né­fiques – cer­tains com­po­sants de plantes ont été liés à la baisse des taux de can­cer de la pros­tate et du dia­bète, par exemple. “Nous avons me­né un es­sai cli­nique, dont les ré­sul­tats se­ront pu­bliés avant la fin de l’an­née” ré­vè­leil. Le seul aper­çu qu’il donne des conclu­sions, qu’il veut pu­blier dans une re­vue scien­ti­fique à co­mi­té de lec­ture, est : “Cer­tai­ne­ment pas

ef­froyable”. La même chose pour­rait être dite de notre re­pas. C’est un bis­trot de fac­ture moyenne, au mieux, mais il est dif­fi­cile de se plaindre vu le dé­cor mer­veilleu­se­ment lou­foque. Je men­tionne les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par

une autre start-up ra­di­cale, The­ra­nos, qui a échoué dans ses pré­ten­tions de four­nir un kit ré­vo­lu­tion­naire de test san­guin – juste une pi­qûre au doigt pour ceux qui dé­testent les ai­guilles – et fait main­te­nant l’ob­jet d’une en­quête aux États-Unis pour voir si elle a in­duit les in­ves­tis­seurs en er­reur. Rob Rhi­ne­hart avait van­té les ver­tus de The­ra­nos et dit en­core main­te­nant : “Il est trop fa­cile de cri­ti­quer ré­tros­pec­ti­ve­ment. C’était une idée très pro­met­teuse”. L’en­quête dont The­ra­nos fait l’ob­jet a été dé­clen­chée par des ar­ticles du ‘Wall Street Jour­nal’, mais Rob Rhi­ne­hart ne lit pas les jour­naux. Je lui de­mande s’il ira au moins vo­ter pour l’élec­tion pré­si­den­tielle de no­vembre. “Pro­ba­ble­ment pas. Je ne sup­porte pas toute la cou­ver­ture mé­dia­tique. Je n’ai pas de télévision. Je pré­fère étu­dier. J’étu­die mes livres plu­tôt que d’être noyé dans tout ce théâtre.” “Les hu­mains ont ce pen­chant pour la nou­veau­té et ils pensent que les nou­velles in­for­ma­tions sont en quelque sorte plus per­ti­nentes, mais la plu­part des in­for­ma­tions gé­né­rées dans une jour­née sont en fait du bruit ; ce qui est vrai­ment im­por­tant, ce sont les mo­dèles qui ont tra­ver­sé les gé­né­ra­tions. J’ai le choix entre lire un livre de phi­lo­so­phie qui a tra­ver­sé les siècles, ou être stres­sé par les in­for­ma­tions du jour.” Un pied dans le pas­sé et un pied dans le fu­tur semble ré­su­mer Rob Rhi­ne­hart. Son der­nier pro­jet est la construc­tion d’une mai­son sur un ter­rain non via­bi­li­sé à Los An­geles. Éton­nam­ment, ce­la est pos­sible dans l’un des en­vi­ron­ne­ments les plus ur­ba­ni­sés du monde. Il a trou­vé un ter­rain aban­don­né dans une par­tie dé­mo­dée de la ville et y a po­sé un conte­neur ma­ri­time dans le­quel il vit. Ce­la pour­rait être ex­cen­trique, mais ce n’est pas un ca­price de mil­lion­naire. Le ter­rain n’était pas cher parce qu’il n’est connec­té ni au ré­seau d’élec­tri­ci­té, ni à l’eau ; le conte­neur ma­ri­time a coû­té 1 500 dol­lars. Rhi­ne­hart est fier de dire qu’il n’est pas riche – quelle que soit sa va­leur sur le pa­pier, son sa­laire est re­la­ti­ve­ment mo­deste.

“Vous vou­lez voir une pho­to ?” de­mande-il, en

me pas­sant son té­lé­phone. “Le seul in­con­vé­nient est que l’en­droit est en­core un peu dif­fi­cile, il a été re­cou­vert de graf­fi­tis.” Le conte­neur est pour­vu en éner­gie so­laire. Bien sûr, il n’a pas be­soin de cui­sine. Rob Rhi­ne­hart compte ac­tuel­le­ment sur des “toi­lettes por­tables”, mais es­père voir les avan­cées dans les nou­velles toi­lettes qui va­po­risent les dé­chets. Il a es­sayé une fois d’éco­no­mi­ser l’eau en pre­nant un an­ti­bio­tique pour ré­duire au mi­ni­mum les dé­pla­ce­ments aux toi­lettes. “Je

me suis mas­sa­cré les bac­té­ries de l’in­tes­tin” a-il écrit dans son blog. Je lui de­mande si nous avons tous be­soin de prendre des me­sures ra­di­cales aus­si en ma­tière de conser­va­tion de l’eau. “Je ne pense pas que ce soit né­ces­saire. Mais j’ai fait le co­baye, juste pour voir ce qui est pos­sible. Pen­sez à toutes les in­fra­struc­tures que né­ces­sitent les eaux usées. Je pense que ce­la a de fortes re­tom­bées sur les dé­penses de la ville en gé­né­ral.” Éton­nam­ment, pour un gou­rou de la conser­va­tion dans une Ca­li­for­nie frap­pée par la sé­che­resse, Rob Rhi­ne­hart n’est pas sé­vère sur la

consommation d’eau in­di­vi­duelle.“C’est l’agri­cul­ture qui uti­lise toute l’eau. Je ne vois pas pour­quoi dire aux gens de prendre des douches plus courtes.” Nous en sommes à nos mul­tiples des­serts main­te­nant, mais je me rends compte que j’ai ou­blié de prendre une cuillère pour ma tarte. Ras­su­ré de voir Rob Rhi­ne­hart ha­cher cou­ra­geu­se­ment son chee­se­cake avec sa four­chette bar­bouillée de pu­rée de pommes de terre, j’uti­lise mes mains. Rob Rhi­ne­hart, qui prend gé­né­ra­le­ment du Soylent pour le dé­jeu­ner, re­con­naît qu’il a eu “un as­sez gros re­pas. Je vais me sen­tir as­sez fa­ti­gué. Mais ça va. Nous tra­vaillons de la mai­son le ven­dre­di. J’aime vrai­ment la se­maine de tra­vail de quatre jours, aus­si. Je pense que ça pren­dra avec le temps”. Ce­la pour­rait être la vraie idée ré­vo­lu­tion­naire, lui dis-je. Voi­ci un pays où les gens tra­vaillent

sept jours par se­maine.“Mais est-ce né­ces­saire ? Il est évident que vous avez be­soin de com­mu­ni­quer, vous de­vez vous ren­con­trer, vous de­vez col­la­bo­rer ; mais le tra­vail vrai­ment créa­tif vient des mo­ments de flux et de concentration, et il est vrai­ment dif­fi­cile d’y par­ve­nir et vrai­ment fa­cile de se lais­ser dis­traire. Je pense que cette jour­née souple per­met aux gens d’aug­men­ter les chances d’en­trer dans ce flux créa­tif, et c’est bon pour eux et bon pour l’en­tre­prise.” Son style de vie est fas­ci­nant. Par­tage-il son conte­neur ma­ri­time avec quel­qu’un ? “Je tiens

à le par­ta­ger” dit-il, si naï­ve­ment que je ne peux pas dire si ce­la est une bra­vade sexuelle ou non. A-il un ou une par­te­naire ? J’in­siste.

“C’est trop per­son­nel” dit-il. Je lui rap­pelle que c’est un en­tre­tien per­son­nel. “Je veux dire ces der­nières an­nées, j’étais la plu­part du temps en­tiè­re­ment axé sur le tra­vail. Mais main­te­nant, l’en­tre­prise est as­sez stable donc je vois quel­qu’un. Elle est gé­niale.”

Ap­pré­cie-elle votre style de vie ? “Elle ... Je ne di­rais pas qu’elle y adhère mais elle le sou­tient cer­tai­ne­ment.” Est-elle une bu­veuse de Soylent ?“Je ne pense pas.” Ce­ci n’est pas seule­ment in­dis­cret de ma part. La veille, alors que ma fa­mille man­geait un re­pas cui­si­né et que je m’ou­vrais une bou­teille de Soylent, je me suis de­man­dé si sa cible n’était pas li­mi­tée aux jeunes cé­li­ba­taires, peut-être ses sem­blables. L’idée de fa­milles as­sises pour boire leurs bou­teilles in­di­vi­duelles de Soylent sem­blait quelque peu fu­tu­riste.

“Ce­la n’est pas exac­te­ment l’ave­nir que je dé­sire” ré­pond Rob Rhi­ne­hart, mais il dit que les pa­rents oc­cu­pés sont de gros clients. “Les en­fants adorent ap­pa­rem­ment. J’en­tends que beau­coup les aro­ma­tisent, nous pour­rions donc en com­mer­cia­li­ser des ver­sions aro­ma­ti­sées.” Il semble hé­si­ter sur la mo­di­fi­ca­tion de la for­mule qui a fait croître l’en­tre­prise jus­qu’ici. “J’aime la sim­pli­ci­té du pro­duit unique. Nous nous dé­ve­lop­pe­rons pro­ba­ble­ment dans le fu­tur. Peut-être que les gens cui­si­ne­raient da­van­tage s’ils pou­vaient faire les choses un peu dif­fé­rem­ment. Peut-être, un nou­vel in­gré­dient per­met­trait ce­la. Les gens uti­lisent en­core des oeufs, du lait et du pain. Quand ont-ils été in­ven­tés ? Les gens amé­liorent leurs iP­hones tous les deux ans, mais nous man­geons en­core les mêmes ali­ments que nos an­cêtres.” Au­ra-il la chance de dé­ve­lop­per d’autres ali­ments du fu­tur ? L’hu­meur a chan­gé ces 12 der­niers mois dans les autres start-up. Les pes­si­mistes pensent que l’élan des va­lo­ri­sa­tions pri­vées est en sur­chauffe, rap­pe­lant la bulle In­ter­net des an­nées 2000, et qu’il pour­rait de­ve­nir beau­coup plus dif­fi­cile de le­ver des fonds. “Voi­là pour­quoi je ne peux pas lire les in­for­ma­tions” dit Rob

Rhi­ne­hart. “Je veux juste me concen­trer sur la construc­tion d’une grande en­tre­prise. Je ne veux pas me sou­cier des gens qui se plaignent des prix. Je ne veux pas être pris dans tout ce­la. Est-ce que quel­qu’un va mou­rir si les banques ont moins d’argent ? Je ne com­prends pas tout ce drame.” Je lui dis que les ré­per­cus­sions d’une autre bulle tou­che­raient toutes les start-up. Il ne pour­rait pas en d’igno­rer les consé­quences.

“Bien sûr que je pour­rais” dit-il. “En fai­sant un stock de Soylent dans mon conte­neur ma­ri­time. Ça ira.”

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