Mar­ga­ri­ta g Si­mo­nyan

La star des mé­dias du Krem­lin “Ce cli­ché que Rus­sia To­day se­rait une chaîne anti-Oc­ci­dent me fait sou­rire”

Le Nouvel Economiste - - La Une - MAX SEDDON, FT

Mar­ga­ri­ta Si­mo­nyan, ré­dac­trice en chef de la chaîne d’in­for­ma­tion russe RT, fi­nan­cée par le Krem­lin, et pre­mière ma­jo­rette de la pro­pa­gande russe en Oc­ci­dent, s’est bien pré­pa­rée pour notre déjeuner. Quand je pé­nètre dans le res­tau­rant Zhar­ko ! que sa fa­mille tient dans la ban­lieue de So­chi, elle m’at­tend avec une bière, un ma­gné­to­phone et sa fa­mille pour la sou­te­nir. “Der­rière ce mur, il y a la mai­son où ma mère est née” m’an­nonce Mar­ga­ri­ta Si­mo­nyan. “Elle est as­sise là-bas.” Sa mère et sa tante me sa­luent ti­mi­de­ment d’un signe de tête de­puis la table voi­sine. À trois heures de l’après­mi­di, un ven­dre­di, le res­tau­rant est vide à part nous. Nous en­clen­chons nos ma­gné­to­phones au même mo­ment. “Tout ce que vous di­rez pour­ra être re­te­nu contre vous” dit-elle en plai­san­tant à moi­tié, en russe. Elle veut que le déjeuner se dé­roule en russe, même si son an­glais est ex­cellent. Mar­ga­ri­ta Si­mo­nyan, 36 ans, a un re­gard ma­li­cieux, un nez très re­trous­sé et est ha­billée sport, avec un t-shirt de club de rug­by. “Confiance” et “vé­ri­té” sont les mots qui re­viennent dans n’im­porte quelle conver­sa­tion sur RT. La mis­sion de ce mé­dia russe se­rait de tendre un mi­roir in­ver­sé à ce qu’il dé­fi­nit avec mé­pris comme les “mé­dias grand pu­blic”. Du­rant la crise en Ukraine en 2014, RT (les ini­tiales de Rus­sia To­day) s’agi­tait à dif­fu­ser des re­por­tages ve­nus d’un uni­vers pa­ral­lèle où les preuves de l’im­pli­ca­tion de la Rus­sie étaient une conspi­ra­tion anti-russe. John Ker­ry, le se­cré­taire d’État amé­ri­cain, a ap­pe­lé RT un “porte-voix de la pro­pa­gande dé­ployée pour nour­rir les fan­tasmes du pré­sident Pou­tine sur ce qui se passe sur le ter­rain”. Les chaînes de té­lé­vi­sion russes dé­forment sans ver­gogne les in­for­ma­tions. RT, de son cô­té, s’ins­pire d’une vieille tac­tique so­vié­tique ap­pe­lée en an­glais le “wha­ta­bou­tism”. La Rus­sie n’est pas si mau­vaise que ça, vous voyez, parce que les pays oc­ci­den­taux ont aus­si fait des mau­vais coups ; alors

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