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La vie des douze Cé­sars (9/12) : Vi­tel­lius

Le Nouvel Economiste - - La Une - “Puis­siez-vous les

I. Di­ver­si­té des opi­nions sur l’ori­gine des Vi­tel­lii

Les his­to­riens sont dans un com­plet désac­cord sur l’ori­gine desVi­tel­lius. Se­lon les uns, elle est noble et an­cienne ; se­lon les autres, elle est ré­cente, obs­cure, et même ab­jecte. Peut-être au­rais-je at­tri­bué à l’adu­la­tion ou à l’en­vie cette di­ver­si­té d’opi­nions, si elle n’avait pas exis­té un peu avant l’élé­va­tion deVi­tel­lius au trône. Il existe un ou­vrage de Q. Elo­gius adres­sé à Q.Vi­tel­lius, ques­teur d’Au­guste, où il est dit que les Vi­tel­lius re­montent à Fau­nus, roi des Abo­ri­gènes, et à Vi­tel­lia, ré­vé­rée en beau­coup de lieux comme une di­vi­ni­té ; qu’ils ré­gnaient sur tout le La­tium ; que leurs des­cen­dants pas­sèrent du pays des Sa­bins à Rome, et furent mis au nombre des pa­tri­ciens; que des mo­nu­ments de leur an­cien­ne­té ont sub­sis­té long­temps, tels que la voie Vi­tel­lia qui va du Ja­ni­cule à la mer, et une co­lo­nie du même nom que leur mai­son se char­geag de dé­fendre seule contre les Èques ; qu’en­fin, dans le temps de la guerre des Sam­nites, une gar­ni­son ayant été en­voyée en Apu­lie, quelques-uns desVi­tel­lius s’éta­blirent à Nu­ce­ria, et que leur pos­té­ri­té, re­ve­nue à Rome long­temps après, avait re­pris sa place au sé­nat.

II. Les an­cêtres de l’em­pe­reur. Son père se fait re­mar­quer, par ses lâches flat­te­ries, à la cour de Claude

D’un autre cô­té, plu­sieurs his­to­riens pré­tendent que les Vi­tel­lii des­cendent d’un af­fran­chi. Cas­sius Se­ve­rus, et d’autres en­core ajoutent que cet af­fran­chi était un sa­ve­tier, dont le fils, après s’être en­ri­chi aux en­chères et par ses dé­la­tions, épou­sa une femme de mau­vaise vie, fille d’un cer­tain An­tio­chus, loueur de fours, et que de ce couple na­quit un che­va­lier ro­main. Nous aban­don­nons aux lec­teurs ces as­ser­tions si di­verses. Ce qu’il y a de cer­tain, c’est que Vi­tel­lius de Nu­ce­ria, soit qu’il des­cen­dît de cette race an­tique, soit qu’il eût à rou­gir de ses pa­rents et de ses aïeux, fut che­va­lier ro­main et ad­mi­nis­tra­teur des biens d’Au­guste. Il lais­sa quatre fils du même nom, et dis­tin­gués seule­ment par leur pré­nom, Aulus, Quin­tus, Pu­blius et Lu­cius, qui tous s’éle­vèrent à de grandes di­gni­tés.Aulus mou­rut étant consul avec Do­mi­tius, père de l’em­pe­reur Né­ron. Ma­gni­fique en tout, il était dé­crié pour la somp­tuo­si­té de ses re­pas. Quin­tus per­dit son rang, lorsque, sur la proposition de Ti­bère, on écar­ta les sé­na­teurs d’une ca­pa­ci­té dou­teuse. Pu­blius com­pa­gnon, d’armes de Ger­ma­ni­cus, ac­cu­sa et fit condam­ner Cn. Pi­son, en­ne­mi et meur­trier de ce jeune prince. Après sa pré­ture, il fut ar­rê­té, comme com­plice de Sé­jan, et son frère fut char­gé de sa garde. Mais il s’ou­vrit les veines avec un cou­teau de li­braire. Tou­te­fois, cé­dant aux ins­tances de sa fa­mille plu­tôt qu’à la crainte de la mort, il lais­sa fer­mer et gué­rir ses plaies, et mou­rut de ma­la­die dans sa pri­son. Lu­cius, après son consu­lat, nom­mé gou­ver­neur de la Sy­rie, en­ga­gea à force d’adresse Ar­ta­ban, roi des Parthes, à ve­nir confé­rer avec lui, et à rendre hom­mage aux aigles ro­maines. Il fut en­suite deux fois consul or­di­naire et cen­seur avec Claude; il sou­tint même le far­deau de l’em­pire en son ab­sence pen­dant l’ex­pé­di­tion de Bre­tagne. C’était un homme ac­tif, et au­quel on ne pou­vait re­pro­cher au­cun crime ; mais il se désho­no­ra par sa pas­sion pour une af­fran­chie dont il ava­lait tous les jours en pu­blic la sa­live mê­lée avec du miel, comme un re­mède pour la gorge et les bronches. Il avait d’ailleurs un ta­lent mer­veilleux pour la flat­te­rie. C’est lui qui le pre­mier ima­gi­na d’ado­rer Ca­li­gu­la comme un dieu. À son re­tour en Sy­rie, il n’osa l’abor­der que la tête voi­lée, en se tour­nant, se re­tour­nant et se pros­ter­nant. Pour n’omettre au­cun moyen de faire sa cour à Claude, qui était en­tiè­re­ment li­vré à ses femmes et à ses af­fran­chis, il de­man­da à Mes­sa­line, comme une grâce in­signe, la per­mis­sion de la dé­chaus­ser. Après lui avoir ôté le bro­de­quin droit, il le por­ta constam­ment entre sa toge et sa tu­nique, et le bai­sait de temps en temps. Il vé­né­rait aus­si par­mi les dieux Lares les sta­tues d’or de Nar­cisse et de Pal­las. On cite de lui un mot flat­teur adres­sé à l’em­pe­reur Claude, pen­dant qu’il don­nait les jeux sé­cu­laires: cé­lé­brer sou­vent !”.

III. Nais­sance de Vi­tel­lius. Sa jeu­nesse. Ses sales com­plai­sances pour Ti­bère

Il mou­rut de pa­ra­ly­sie le len­de­main

du jour où il en fut at­ta­qué. Il lais­sa deux fils qu’il avait eus de Sex­ti­lia, femme d’un grand mé­rite et d’une nais­sance dis­tin­guée. Il les vit tous deux consuls dans la même an­née, le ca­det ayant, pour six mois, suc­cé­dé à l’aî­né. Le sé­nat ho­no­ra de fu­né­railles pu­bliques Lu­cius Vi­tel­lius, et lui éri­gea une sta­tue de­vant la tri­bune aux ha­rangues, avec cette ins­crip­tion: “Mo­dèle d’une

pié­té in­va­riable en­vers Cé­sar.” Aulus Vi­tel­lius, fils de Lu­cius, et qui fut em­pe­reur, na­quit le hui­tième jour avant les ca­lendes d’oc­tobre, ou, se­lon d’autres, le sep­tième jour avant les ides de sep­tembre, sous le consu­lat de Dru­sus Cé­sar et de Nor­ba­nus Flac­cus. Ses pa­rents furent si ef­frayés de son ho­ro­scope, que son père fit tous ses ef­forts pour que, de son vi­vant, il n’eût au­cun gou­ver­ne­ment, et que sa mère, lors­qu’il fut en­voyé vers les lé­gions et ap­pe­lé em­pe­reur, le pleu­ra comme si elle l’eût per­du.Vi­tel­lius pas­sa son en­fance et sa pre­mière jeu­nesse à Ca­prée, au mi­lieu des pros­ti­tuées de Ti­bère, et su­bit tou­jours l’in­fa­mie du sur­nom de “Spin­tria”. On crut même qu’il fal­lait cher­cher dans ses lâches com­plai­sances la cause de la for­tune de son père.

IV. Il de­vient le fa­vo­ri de Ca­li­gu­la et de Né­ron

Les an­nées sui­vantes, il se souilla aus­si de toutes sortes d’op­probres. Mais il sut te­nir le pre­mier rang à la cour de Ca­li­gu­la, en s’ap­pli­quant à conduire les chars, et à celle de Claude,en s’adon­nant au jeu de dés. Néan­moins il fut un peu plus agréable en­core à Né­ron par les mêmes moyens, et par un ser­vice par­ti­cu­lier qu’il lui ren­dit. Un jour qu’il pré­si­dait aux jeux né­ro­niens, voyant que l’em­pe­reur, ja­loux d’en­trer en lice avec les joueurs de luth, sans oser pour­tant cé­der aux ins­tances du peuple, al­lait sor­tir du théâtre, il l’ar­rê­ta comme char­gé de lui por­ter le voeu pu­blic, et par­vint à le re­te­nir.

V. Ses di­gni­tés. Sa conduite

La fa­veur de ces trois princes l’éle­va non seule­ment aux hon­neurs, mais en­core aux pre­mières di­gni­tés du sa­cer­doce. Dans son pro­con­su­lat d’Afrique et son in­ten­dance des tra­vaux pu­blics, sa ré­pu­ta­tion fut aus­si di­verse que sa conduite dans ces deux charges. Il fit preuve d’un dés­in­té­res­se­ment par­fait dans son gou­ver­ne­ment qui du­ra deux an­nées, en res­tant lé­gat de son frère quand ce­lui-ci vint le rem­pla­cer. Mais, dans son ad­mi­nis­tra­tion ur­baine, il pas­sa pour avoir dé­ro­bé les of­frandes et les or­ne­ments des temples, et sub­sti­tué le cuivre et l’étain à l’or et à l’ar­gent.

VI. Ses femmes et ses en­fants

Il épou­sa Pe­tro­nia, la fille d’un consu­laire, et en eut un fils nom­mé Pe­tro­nia­nus, qui était borgne. Sa mère l’ayant ins­ti­tué hé­ri­tier à condi­tion qu’il ces­se­rait d’être sous la puis­sance pa­ter­nelle, Vi­tel­lius l’éman­ci­pa. Mais on croit qu’il le fit pé­rir peu de temps après, en l’ac­cu­sant de par­ri­cide, et qu’il pré­ten­dit que, pres­sé par le re­mords, son fils avait ava­lé le poi­son qu’il des­ti­nait à son père. Il épou­sa en­suite Ga­le­ria Fun­da­na, fille d’un pré­teur. Il en eut aus­si des en­fants de l’un et de l’autre sexe. Mais le gar­çon bé­gayait à un tel point qu’il en était presque muet.

VII. Il re­çoit de Gal­ba le com­man­de­ment d’une ar­mée. Ses créan­ciers veulent le re­te­nir à Rome. Il est ac­cueilli avec joie par les sol­dats

Gal­ba l’en­voya com­man­der dans la Basse-Ger­ma­nie, au grand éton­ne­ment de tout le monde. Il fut, dit-on, re­de­vable de cet hon­neur au suf­frage deT.Vi­nius, alors tout-puis­sant et au­quel il plai­sait de­puis long­temps à cause de leur pré­di­lec­tion com­mune pour la fac­tion des bleus. Mais si l’on consi­dère que Gal­ba di­sait ou­ver­te­ment que per­sonne n’était moins à craindre que ceux qui ne son­geaient qu’à man­ger, et que les ap­pé­tits ef­fré­nés deVi­tel­lius pou­vaient en­glou­tir les ri­chesses de la pro­vince, on ver­ra clai­re­ment dans ce choix plus de mé­pris que de fa­veur. On sait qu’il n’avait pas l’ar­gent né­ces­saire à ce voyage. Ses af­faires étaient tel­le­ment dé­la­brées que sa femme et ses en­fants qu’il lais­sait à Rome, se ca­chèrent dans un ga­le­tas afin qu’il pût louer sa mai­son pour le reste de l’an­née. Il dé­ta­cha même de l’oreille de sa mère une grosse perle, et la mit en gage pour sub­ve­nir aux frais de route. La foule de ses créan­ciers l’at­ten­dait et vou­lait l’ar­rê­ter, entre autres les ha­bi­tants de Si­nuesse et de For­mies, dont il avait dé­tour­né les tri­buts. Il ne par­vint à leur échap­per qu’en les me­na­çant d’ac­cu­sa­tions ca­lom­nieuses dont il avait dé­jà don­né l’exemple. Un af­fran­chi lui ayant éner­gi­que­ment de­man­dé ce qu’il lui de­vait,Vi­tel­lius lui in­ten­ta un pro­cès d’in­jures, sous pré­texte qu’il en avait re­çu un coup de pied, et ne s’en dé­par­tit qu’après lui avoir ex­tor­qué cin­quan­teq mille ses­terces. À son ar­ri­vée, les lé­gions mal­dis­poq sées en­vers le prince et prêtes à une ré­vo­lu­tion, re­çurent avec joie et les mains le­vées vers le ciel, comme un pré­sent des dieux, le fils d’un homme qui avait été trois fois consul, en­core dans la force de l’âge et d’un ca­rac­tère fa­cile et dis­si­pa­teur. Il ve­nait de jus­ti­fier par des preuves ré­centes cette an­cienne opi­nion qu’on avait de lui, en em­bras­sant sur toute la route les simples sol­dats qu’il ren­con­trait, en pro­di­guant ses ca­resses dans les écu­ries et dans les au­berges aux mu­le­tiers et aux voya­geurs, en de­man­dant à cha­cun s’il avait dé­jeu­né, et en ro­tant de­vant eux pour leur prou­ver qu’il avait dé­jà pris ce soin.

VIII. Son in­dul­gence ex­ces­sive pour eux. Ils le pro­clament em­pe­reur

Une fois en­tré dans le camp, il ne re­fu­sa rien à per­sonne.De lui-même il fit grâce de la flé­tris­sure aux gens no­tés d’in­fa­mie, de l’ap­pa­reil du deuil aux ac­cu­sés, et du sup­plice aux condam­nés. Aus­si un mois s’était à peine écou­lé que, sans avoir égard ni au jour ni à l’heure, ses sol­dats l’en­le­vèrent su­bi­te­ment un soir de sa chambre à cou­cher,dans le cos­tume fa­mi­lier où il se trou­vait, et le sa­luèrent em­pe­reur. On le pro­me­na à tra­vers les quar­tiers les plus po­pu­leux, te­nant à la main l’épée de Jules Cé­sar, qu’on avait ti­rée du temple de Mars, et qu’un sol­dat lui avait pré­sen­tée pen­dant les pre­mières fé­li­ci­ta­tions. Quand il re­vint au prae­to­rium, il y avait dans sa salle à man­ger un feu de che­mi­née.Tous ses sol­dats étaient conster­nés et re­gar­daient l’ac­ci­dent comme un mau­vais pré­sage : “Ras­su­rez-vous, leur dit-il, c’est un feu de joie pour nous.” Ce fut toute sa ha­rangue. L’ar­mée de la Haute-Ger­ma­nie, qui avait aban­don­né Gal­ba pour le sé­nat, s’étant prê­tée à ce mou­ve­ment,Vi­tel­lius re­çut avec em­pres­se­ment le sur­nom de Ger­ma­ni­cus que lui dé­fé­rait le suf­frage uni­ver­sel. Il n’ac­cep­ta pas sur-le-champ le titre d’Au­guste, et re­fu­sa tou­jours ce­lui de Cé­sar.

IX. Il marche contre Othon

Dès qu’on lui eut an­non­cé la mort de Gal­ba, il mit ordre aux af­faires de Ger­ma­nie, et par­ta­gea ses troupes en deux corps pour en­voyer l’un contre Othon, et mar­cher lui-même à la tête de l’autre. La pre­mière di­vi­sion re­çut un heu­reux pré­sage. Un aigle pa­rut tout à coup sur la droite, par­cou­rut les en­seignes, et pré­cé­da in­sen­si­ble­ment les lé­gions. Au contraire lors­queVi­tel­lius par­tit, les sta­tues équestres qu’on lui avait éri­gées en di­vers lieux s’abat­tirent toutes en même temps et se bri­sèrent les jambes. Le lau­rier dont il avait cou­ron­né sa tête avec un soin re­li­gieux tom­ba dans un ruis­seau. En­fin, àVienne, tan­dis qu’il ren­dait la jus­tice du haut de son tri­bu­nal, un coq se per­cha sur son épaule et en­suite sur sa tête. L’évé­ne­ment confir­ma ces pré­sages. Ses lieu­te­nants lui don­nèrent l’em­pire, et il man­qua de force pour le gar­der.

X. Mort de Othon. Vi­tel­lius tra­verse les pro­vinces en triom­pha­teur. Ses sol­dats se livrent im­pu­né­ment à toutes les vio­lences. Un de ses mots les plus atroces

Il était en­core dans la Gaule lors­qu’il ap­prit la vic­toire de Bé­driac et la mort d’Othon. Aus­si­tôt il li­cen­cia par un seul édit toutes les co­hortes pré­to­riennes, comme ayant don­né un dé­tes­table exemple, et leur or­don­na de rendre leurs armes aux tri­buns. Il fit re­cher­cher et pu­nir de mort cent vingt sol­dats dont il avait trou­vé les pé­ti­tions où ils ré­cla­maient d’Othon la ré­com­pense du ser­vice qu’ils avaient ren­du en fai­sant pé­rir Gal­ba. Cet acte de jus­tice, vrai­ment grand et ma­gna­nime, au­rait an­non­cé un prince ac­com­pli, si le reste de sa conduite, dé­men­tant son ca­rac­tère et sa vie pas­sée, eût ré­pon­du à la ma­jes­té de l’em­pire. Dès le com­men­ce­ment de sa marche, il tra­ver­sa les villes à la ma­nière des triom­pha­teurs, et il pas­sa les fleuves sur les barques les plus élé­gantes, or­nées de di­verses cou­ronnes, au mi­lieu des ap­prêts des plus somp­tueux fes­tins. Nul ordre ni dans sa mai­son ni dans son es­corte. Il plai­san­tait des ra­pines et des ex­cès de tout genre. Non contents d’un re­pas pu­blic qui les at­ten­dait par­tout, les gens de sa suite met­taient en li­ber­té qui ils vou­laient, frap­pant, bles­sant et quel­que­fois tuant qui­conque s’op­po­sait à leurs ca­prices. En ar­ri­vant sur le champ de ba­taille, il dit ces mots exé­crables à quelques per­sonnes qui té­moi­gnaient leur ré­pu­gnance pour l’odeur des ca­davres : “Un en­ne­mi mort sent tou­jours bon, sur­tout un conci­toyen.” Ce­pen­dant, pour di­mi­nuer l’ef­fet de cette ex­ha­lai­son, il ava­la beau­coup de vin et en fit dis­tri­buer à sa suite. Ce fut avec le même or­gueil et la même in­so­lence qu’à l’as­pect de la pierre quiq por­tait pour épi­taphe : “À la mé­moire d’Othon”, il dit que ce mau­so­lée était digne de ce prince. Il en­voya à Co­logne le poi­gnard avec le­quel ce prince s’était tué, et or­don­na qu’il fût consa­cré à Mars. Il cé­lé­bra aus­si un sa­cri­fice noc­turne sur le som­met de l’Apen­nin.

XI. Son en­trée dans Rome. Odieux com­men­ce­ments de son règne. Il prend Né­ron pour mo­dèle

En­finVi­tel­lius en­tra dans Rome au son des trom­pettes, en ha­bit guer­rier, ceint de son épée, au mi­lieu des aigles et des en­seignes.Sa suite était vê­tue de ca­saques mi­li­taires, et ses sol­dats avaient les armes à la main. En­suite, fou­lant de plus en plus aux pieds les lois di­vines et hu­maines, il prit pos­ses­sion du sou­ve­rain pon­ti­fi­cat le jour an­ni­ver­saire de la ba­taille d’Al­lia, fit des élec­tions pour dix ans, se dé­cla­ra consul per­pé­tuel, et, afin qu’on ne dou­tât pas du mo­dèle de gou­ver­ne­ment qu’il se pro­po­sait de suivre, il convo­qua tous les prêtres au mi­lieu du champ de Mars, et of­frit un sa­cri­fice aux mânes de Né­ron. Il in­vi­ta pu­bli­que­ment un joueur de luth qui le char­mait dans un splen­dide fes­tin, à lui don­ner quelque chose des poèmes du Do­mi­ni­cum. Dès que le mu­si­cien eut en­ton­né un des chants de Né­ron, Vi­tel­lius fut le pre­mier à ma­ni­fes­ter sa joie par des ap­plau­dis­se­ments.

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