L’en­jeu ca­ché de la fu­sion de l’im­pôt sur le re­ve­nu et de la CSG

Der­rière l’ob­jec­tif de sim­pli­fi­ca­tion, il y a des choix de so­cié­té sur le rôle de la fa­mille

Le Nouvel Economiste - - La Une - FRAN­ÇOIS ECALLE

La fu­sion pro­fi­te­ra aux cé­li­ba­taires sans en­fant et pé­na­li­se­ra les couples où l’un des conjoints consacre son temps à l’édu­ca­tion des en­fants

La fu­sion de l’im­pôt sur le re­ve­nu (IR) et de la CSG re­vient dans le dé­bat pu­blic à l’oc­ca­sion des pri­maires du Par­ti so­cia­liste. Les pro­mo­teurs de cette ré­forme disent gé­né­ra­le­ment qu’ils sou­haitent ren­for­cer la pro­gres­si­vi­té des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires, cla­ri­fier le fi­nan­ce­ment de la pro­tec­tion so­ciale et sim­pli­fier le sys­tè­mey fis­cal. À sup­po­ser que la pro­gres­si­vi­té des­pré­lèp ve­ments doive être ren­for­cée, ce qui n’est pas évident, il n’est pas né­ces­saire de fu­sion­ner l’IR et la CSG pour ob­te­nir ce ré­sul­tat. En mo­di­fiant le taux de la CSG, le ba­rème et l’as­siette de l’IR, il est pos­sible de ren­for­cer la pro­gres­si­vi­té du sys­tème fis­cal aus­si bien qu’en fu­sion­nant ces deux im­pôts. Les branches de la Sé­cu­ri­té so­ciale qui re­posent sur une lo­gique de so­li­da­ri­té plus que sur une lo­gique d’as­su­rance, comme la branche ma­la­die, de­vraient être fi­nan­cées par l’im­pôt dans le cadre des lois de fi­nances. Dans cet es­prit, il fau­drait rem­pla­cer les co­ti­sa­tions pa­tro­nales à la branche ma­la­die par un im­pôt tel que la TVA, et rem­pla­cer les co­ti­sa­tions sa­la­riales par une ma­jo­ra­tion de la CSG, ppuis af­fec­ter le ppro­duit to­tal de la CSG à l’État. Mais cette cla­ri­fi­ca­tion du fi­nan­ce­ment de la pro­tec­tion so­ciale n’im­pose pas de fu­sion­ner l’IR et la CSG qui pour­raientp conti­nuer à co­exis­ter. L’exis­tence de deux im­pôts d’État sur le re­ve­nu, l’IR et la CSG, pour­rait pa­raître cu­rieuse, mais ils sont en réa­li­té très dif­fé­rents. L’IR est ain­si beau­coup plus com­pli­qué que la CSG, mais leur fu­sion condui­rait à un im­pôt tout aus­si com­pli­qué, contrai­re­ment à l’ob­jec­tif de sim­pli­fi­ca­tion af­fi­ché par ses dé­fen­seurs. S’il n’est pas pos­sible de sup­pri­mer au­jourd’hui les niches fis­cales qui mitent l’IR, elles mi­te­ront tout au­tant l’im­pôt qui ré­sul­te­ra de sa fu­sion avec la CSG.

Les cé­li­ba­taires sans en­fants ga­gnants

La CSG est ap­pli­quée à un taux unique sur chaque re­ve­nu de chaque per­sonne, alors que l’IR ré­sulte de l’ap­pli­ca­tion d’un ba­rème pro­gres­sif à l’en­semble des re­ve­nus de tous les membres d’un foyer fis­cal en te­nant compte de la taille du mé­nage à tra­vers le quo­tient fa­mi­lial. Le nou­vel im­pôt fu­sion­né de­vra donc être soit in­di­vi­duel, comme la CSG, soit fa­mi­lial, comme l’IR. Les par­ti­sans de la fu­sion pré­fèrent sou­vent une im­po­si­tion in­di­vi­duelle, in­dé­pen­dante de la taille de la fa­mille et des re­ve­nus de ses autres membres. La fu­sion en­traî­ne­ra des trans­ferts im­por­tants entre les mé­nages, au dé­tri­ment des fa­milles avec en­fants, qui per­dront le bé­né­fice du quo­tient fa­mi­lial, et des couples dans les­quels une seule per­sonne exerce une ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle, qui per­dront le bé­né­fice de l’im­po­si­tion com­mune avec ap­pli­ca­tion du quo­tient. La fu­sion pro­fi­te­ra aux cé­li­ba­taires sans en­fant et pé­na­li­se­ra les couples où l’un des conjoints consacre son temps à l’édu­ca­tion des en­fants. Der­rière ce su­jet tech­nique, il y a des choix de so­cié­té sur le rôle de la fa­mille.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.