Et si la hausse du mois de jan­vier avait dé­jà eu lieu ?

Le chan­ge­ment net et ra­pide de l’am­biance sur les mar­chés n’est pas jus­ti­fié par les fon­da­men­taux éco­no­miques

Le Nouvel Economiste - - La Une - BER­TRAND JACQUILLAT

L’an­née 2016 a été mar­quée par des évé­ne­ments dé­rou­tants : vote en fa­veur du Brexit, élec­tion de Do­nald Trump, ré­fé­ren­dum ita­lien, at­ten­tats en France, crise des mi­grants, si­tua­tion en Sy­rie et en Irak. Ces évé­ne­ments, pour la plu­part to­ta­le­ment im­pré­vus, étaient cen­sés, s’ils se pro­dui­saient, dé­sta­bi­li­ser les mar­chés fi­nan­ciers. C’est l’in­verse qui s’est pas­sé. Les mar­chés ac­tions, après avoir for­te­ment re­cu­lé en dé­but d’an­née, ont re­noué avec l’op­ti­misme : les in­dices ac­tions sont en forte pro­gres­sion au se­cond se­mestre 2016 (CAC 40 à 4 764,07 au 9 dé­cembre contre 3 984,72 au 27 juin 2016 juste après l’an­nonce du Brexit, Eu­ro Stoxx à 341,75 au 9 dé­cembre contre 288,98 au 27 juin). Aus­si, après ce re­bond et sauf évé­ne­ment ma­jeur dans les der­niers jours de dé­cembre, les in­dices ac­tions de la zone eu­ro de­vraient ter­mi­ner l’an­née 2016 stables, voire en lé­gère crois­sance par rap­port à fin 2015.

Douce eu­pho­rie am­biante

D’un point de vue sec­to­riel, la hausse du se­cond se­mestre a été por­tée par le re­bond des sec­teurs banques et as­su­rances, tan­dis que les sec­teurs les plus sen­sibles aux va­ria­tions des taux d’in­té­rêt – immobilier, uti­li­ties et té­lé­coms – ont été ré­cem­ment pé­na­li­sés en bourse. Un des phé­no­mènes mar­quants des der­niers mois est en ef­fet la re­mon­tée des taux d’in­té­rêt. An­ti­ci­pant une re­prise de la crois­sance, les mar­chés s’at­tendent à la pour­suite très pro­gres­sive de ce mou­ve­ment, comme s’y est en­ga­gée Ja­net Yel­len, la pré­si­dente de la Ré­serve fé­dé­rale amé­ri­caine, ce qui ne de­vrait pas im­pac­ter la va­lo­ri­sa­tion des ac­tions. Dans le mo­dèle Tri­val d’As­so­ciés en Fi­nance, la prime de mar­ché (écart de ren­ta­bi­li­té at­ten­due entre ac­tions et obli­ga­tions) est au ni­veau de sa moyenne his­to­rique longue, et in­fé­rieure à sa moyenne de­puis 2012. Mais les flux pré­vi­sion­nels de­meurent en­core pru­dents et pour­raient être pro­chai­ne­ment ré­vi­sés à la hausse, dans ce contexte d’an­ti­ci­pa­tions éco­no­miques qui se re­dressent. Ce­ci au­rait alors un ef­fet po­si­tif sur la va­lo­ri­sa­tion des ac­tions. On peut tou­te­fois se de­man­der si le chan­ge­ment net et ra­pide de l’am­biance sur les mar­chés est bien jus­ti­fié par les fon­da­men­taux éco­no­miques. Cer­tains fac­teurs de crois­sance se sont ré­duits. Ain­si le prix du pé­trole, dont la baisse avait res­ti­tué du pou­voir d’achat aux pays consom­ma­teurs – ce dont les pays dé­ve­lop­pés ont bé­né­fi­cié avec un net re­bond de leur consom­ma­tion au cours des deux der­nières an­nées – aug­mente de nou­veau. Par ailleurs, la re­prise de la crois­sance n’est pas suf­fi­sante pour faire re­par­tir la consom­ma­tion et l’in­ves­tis­se­ment dans les éco­no­mies avan­cées. Elle est molle, à une vi­tesse moi­tié moindre de celle des pré­cé­dentes re­prises. En­fin, la douce eu­pho­rie am­biante ne doit pas oc­cul­ter le fait que les in­cer­ti­tudes po­li­tiques et géo­po­li­tiques n’ont pas dis­pa­ru, loin de là, et que la psychologie de Do­nald Trump, per­sua­dé d’être le meilleur, et sa per­son­na­li­té “Me, my­self and I”, pour­raient avoir des consé­quences dan­ge­reuses pour l’éco­no­mie mon­diale. Et si la hausse tra­di­tion­nelle du mois de jan­vier avait dé­jà eu lieu ?

Cer­tains fac­teurs de crois­sance se sont ré­duits. Ain­si le prix du pé­trole aug­mente de nou­veau. Par ailleurs, la re­prise de la crois­sance n’est pas suf­fi­sante pour faire re­par­tir la consom­ma­tion et l’in­ves­tis­se­ment dans les éco­no­mies avan­cées

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