Un été in­dien pour la Si­li­con Val­ley ?

La tech fait des étin­celles en bourse, mais l’ère Trump ré­serve au­tant d’op­por­tu­ni­tés que de risques

Le Nouvel Economiste - - La Une - RI­CHARD WATERS, FT

La Si­li­con Val­ley est à la fête : on se croi­rait re­ve­nu en 1999. Cette se­maine a ce­pen­dant fait sur­gir des in­quié­tudes qui font tache d’huile, et sont sus­cep­tibles de re­mettre en cause la pros­pé­ri­té de la Val­lée.

Ces der­niers jours ont confir­mé les ten­dances qui pro­pulsent les très grands groupes amé­ri­cains de la tech. Les ré­sul­tats d’Apple et Fa­ce­book ont fait ex­plo­ser les pré­vi­sions, puisque la pu­bli­ci­té en ligne main­tient sa ro­buste crois­sance, et que l’éco­sys­tème Apple s’im­pose tou­jours plus sur ses mo­biles. Du cô­té de Google, Ama­zon et Mi­cro­soft, le cours des ac­tions a at­teint un pic his­to­rique ou peu s’en faut.

Néan­moins, ces der­niers jours ont aus­si fait sur­gir des risques pour le fu­tur de la Val­lée. L’ar­rê­té an­ti-im­mi­gra­tion tem­po­raire de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump, qui in­ter­dit aux ré­fu­giés et à l’en­semble des ci­toyen­sy de cin­qq na­tions de ren­trer aux États-Unis, est une pre­mière étape vers une po­li­tique mi­gra­toire qui pour­rait por­ter un grave pré­ju­dice au sec­teur, le­quel dé­pend d’un flux d’in­gé­nieurs et d’en­tre­pre­neurs du monde en­tier.

Le vi­sa H-1B, l’ins­tru­ment qui per­met de faire ve­nir et tra­vailler les ta­lents étran­gers dans les grands groupes tech amé­ri­cains, de­vrait être la pro­chaine cible. Des pro­jets de textes en pré­pa­ra­tion à la Mai­son-Blanche cir­culent : ils ten­draient à im­po­ser un re­cru­te­ment de per­son­nel lo­cal.

Tout d’abord, les bonnes nou­velles. Les ventes d’iP­hones ont re­noué avec la crois­sance et les ré­sul­tats d’Apple laissent pen­ser que le groupe a en­fin sur­mon­té le creux qui sur­vient tou­jours entre la sor­tie de deux mo­dèles suc­ces­sifs de smart­phones. Les in­ves­tis­seurs com­mencent à nou­veau à re­gar­der vers l’iP­hone 8, qui de­vait sor­tir à la fin de l’an­née. La ques­tion est main­te­nant de sa­voir quel im­pact au­ra le pro­chain cycle d’up­grade, le pas­sage à un nou­veau mo­dèle.

Apple a per­sua­dé un Wall Street pru­dent que les re­ve­nus ti­rés de la vente d’ap­pli­ca­tions et autres ser­vices en ligne de­vaient être pris au sé­rieux. Voi­ci un an, quand il a pour la pre­mière fois plai­dé pour ces ser­vices, ses pré­vi­sions avaient été vues comme une ten­ta­tive de di­ver­sion des­ti­née à dé­tour­ner l’at­ten­tion des ventes en berne de l’iP­hone. Les ré­sul­tats sont en hausse et du coup, le re­frain a chan­gé. Avec ses 600 à 800 mil­lions d’uti­li­sa­teurs ac­tifs de ses ap­pa­reils, Apple a ga­gné 35 dol­lars par uti­li­sa­teur en ser­vice l’an der­nier. Se­lon le groupe, en 2020, ce chiffre au­ra dou­blé et se­ra de 70 dol­lars pour chaque uti­li­sa­teur d’iP­hone, d’iPad ou de Mac. Ce qui, com­pa­ré à la vente d’ap­pa­reils, est tout bo­nus. Les in­ves­tis­seurs com­mencent à com­prendre que les ser­vices re­pré­sen­te­ront dans quatre ans un tiers des bé­né­fices avant im­pôts et consti­tue­ront une source fiable de re­ve­nus pour lis­ser les hauts et les bas en­re­gis­trés entre deux lan­ce­ments de pro­duits phares par Apple.

Fa­ce­book pour­suit sa crois­sance de géant de la pu­bli­ci­té en ligne. Les der­niers chiffres ont été com­mu­ni­qués lors du cin­quième an­ni­ver­saire de l’an­nonce de son in­tro­duc­tion en bourse. Cette an­née-là, Fa­ce­book avait gé­né­ré en­vi­ron 5 dol­lars par tête pour cha­cun de son mil­liard d’uti­li­sa­teurs. L’an der­nier, c’était 16 dol­lars par uti­li­sa­teur, contre 12 dol­lars l’an­née pré­cé­dente. Les sta­tis­tiques uti­li­sa­teurs ont au­jourd’hui dou­blé par rap­port à l’an­née de l’in­tro­duc­tion en bourse. Une crois­sance en­core plusp forte aux États-Unis prouve à quel point cette au­dience amé­ri­caine est pro­fi­table, avec un re­ve­nu par tête à 62 dol­lars, en pro­gres­sion de 11 dol­lars sur cinq ans.

Après les pré­vi­sions de très bons ré­sul­tats pu­bliés la se­maine der­nière par la hol­ding de Google, Al­pha­bet, et par Mi­cro­soft, ces in­for­ma­tions ont confir­mé que le sec­teur surfe sur une crois­sance vi­gou­reuse. Elles sou­lignent aus­si la conso­li­da­tion en cours au som­met de la chaîne de la tech. Les Big Five re­pré­sentent au­jourd’hui 70 % de la va­lo­ri­sa­tion bour­sière des 20 pre­mières so­cié­tés tech amé­ri­caines, contre 50 % il y a cinq ans.

Dans ce contexte, les in­ves­tis­seurs se sont vus sou­dai­ne­ment con­fron­tés à une ques­tion, celle d’en­vi­sa­ger l’im­pact en­core flou mais dé­ci­sif de la Mai­son-Blanche de Do­nald Trump sur le sec­teur tech. Les ré­formes fis­cales leur per­mettent de res­ter op­ti­mistes à court terme, puis­qu’elles pour­raient li­bé­rer le mille mil­liards de dol­lars que les groupes tech amé­ri­cains pos­sèdent dans des places off­shore.

Néan­moins les tur­bu­lences pro­vo­quées par l’ar­rê­té mi­gra­toire de la se­maine pas­sée ont rap­pe­lé les en­jeux. Les em­ployés de Google ont or­ga­ni­sé une ma­ni­fes­ta­tion im­promp­tue, et les di­ri­geants du sec­teur se sont ali­gnés pour condam­ner la dé­ci­sion. Si le pré­sident Trump concré­tise d’autres pro­messes de cam­pagne, ce­la pour­raient af­fec­ter le coeur même des prin­cipes et de ce qui fait la va­leur de la Si­li­con Val­ley.

Le fu­tur res­pon­sable de la Fe­de­ral Com­mu­ni­ca­tions Com­mis­sion, par exemple, est un op­po­sant no­toire aux règles de la “neu­tra­li­té du net” qui, se­lon les pro­fes­sion­nels de la tech, sont né­ces­saires pour pré­ser­ver un In­ter­net ou­vert. Le pré­sident est lui­même un op­po­sant avoué aux règles de cryp­tage in­té­gral des don­nées, alors que les so­cié­tés tech as­surent qu’elles sont ab­so­lu­ment né­ces­saires pour pro­té­ger le consom­ma­teur. On ac­cuse en outre le cryp­tage de faire en­trave aux mis­sions de la po­lice.

Elles sont d’autre part très ex­po­sées aux consé­quences d’une guerre com­mer­ciale in­ter­na­tio­nale, aus­si bien par l’im­por­tance de leurs ac­ti­vi­tés in­ter­na­tio­nales que par la com­plexi­té de leurs chaines d’ap­pro­vi­sion­ne­ment dans le monde.

Pour la tech, les pers­pec­tives ont ra­re­ment été meilleures, et les risques po­li­tiques ra­re­ment plus éle­vés.

Si le pré­sident Trump concré­tise d’autres pro­messes de cam­pagne, ce­la pour­raient af­fec­ter le coeur même des prin­cipes et de ce qui fait la va­leur de la

Si­li­con Val­ley.

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