Des “en­ve­loppes rouges” élec­tro­niques

La tra­di­tion chi­noise des “en­ve­loppes rouges” conte­nant un ca­deau en ar­gent li­quide se porte sur WeC­hat

Le Nouvel Economiste - - La Une - PHI­LIPPE BAR­RET

En Chine, il s’agit d’une très an­cienne tra­di­tion : pour la fête du nou­vel an, dite aus­si “fête du prin­temps”, fixée d’après le ca­len­drier lu­naire, on offre à ses amis, aux membres de sa fa­mille, et sur­tout aux en­fants, une “en­ve­loppe rouge”, dans la­quelle on glisse quelques billets de banque. Cette tra­di­tion re­pose sur la my­tho­lo­gie, se­lon la­quelle le soir de cette fête, à l’oc­ca­sion du ré­veillon, un mau­vais es­prit s’en pren­drait aux en­fants pour les frap­per de ma­la­dies mor­telles. Pour éloi­gner le mau­vais es­prit, il faut que les en­fants aient dans leurs mains de l’ar­gent, car dans l’ar­gent se cachent des fées, ca­pables de re­pous­ser le mau­vais es­prit. En cette oc­ca­sion, les Chi­nois uti­lisent une ex­pres­sion pour dire “écra­ser le diable”, ex­pres­sion qui si­gni­fie aus­si “don­ner de l’ar­gent”. Au reste, le ca­deau sous forme d’ar­gent li­quide est une cou­tume très ré­pan­due en Chine. Pour la nais­sance d’un en­fant, pour un ma­riage ou pour le dé­cès d’un proche, comme aus­si pour la fête des amou­reux – les Chi­nois fêtent au­jourd’hui la SaintVa­len­tin – ou pour la fête des mères ou des pères, le ca­deau est aus­si sou­vent une “en­ve­loppe rouge”. Dans les pays oc­ci­den­taux, de tels ca­deaux sont as­sez rares ; on offre plu­tôt des jouets pour les en­fants, ou bien des vê­te­ments ou tous autres ob­jets cen­sés faire plai­sir au des­ti­na­taire. En Chine, l’ar­gent li­quide est très sou­vent uti­li­sé pour ser­vir de ca­deau. Il en ré­sulte d’ailleurs que la cor­rup­tion est ain­si fa­ci­li­tée. Rien n’est plus com­mode, et sur­tout plus dis­cret, qu’une en­ve­loppe rem­plie d’ar­gent : seul ce­lui qui la re­çoit en connaît la va­leur.

La mo­der­ni­té au ser­vice de la tra­di­tion

Cette tra­di­tion em­prunte au­jourd’hui un vé­hi­cule mo­derne : l’en­ve­loppe rouge élec­tro­nique, par le biais de l’ap­pli­ca­tion WeC­hat, mes­sa­ge­rie ins­tan­ta­née gé­rée par Tentcent, très uti­li­sée en Chine. Pour la seule jour­née du ven­dre­di 27 jan­vier, veille du nou­vel an lu­naire en 2017, on a en­re­gis­tré un re­cord pour le nombre de ces en­ve­loppes rouges élec­tro­niques : 14,2 mil­liards. Les per­sonnes qui ont eu le plus re­cours à l’en­voi de ces en­ve­loppes élec­tro­niques sont nées dans les an­nées 1980. Ce sont le plus sou­vent des hommes. Les ré­gions où ce re­cours est le plus fré­quent sont le Guang­dong (Can­ton) et le Zhe­jiang (dans les en­vi­rons de Shan­ghai). Ce qui est re­mar­quable, c’est le mé­lange, très ca­rac­té­ris­tique de la Chine, entre la tra­di­tion et la mo­der­ni­té : la mo­der­ni­té au ser­vice de la tra­di­tion. Et rien ne plaît plus aux Chi­nois que cette com­bi­nai­son de l’his­toire et de la pros­pec­tive. C’est aus­si, pour eux, une fa­çon de réunir les gé­né­ra­tions : celle des en­ve­loppes rouges et celle de l’or­di­na­teur.

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