LA MAIN IN­VI­SIBLE DU MAR­CHÉ

In­ves­tir en bourse avec le beurre et l’ar­gent du beurre ?

Le Nouvel Economiste - - La Une - BER­TRAND JACQUILLAT

On connaît la cri­tique faite à la ges­tion court-ter­miste des en­tre­prises vi­sant à sa­tis­faire les ac­tion­naires au dé­tri­ment d’une ges­tion de long terme fa­vo­rable à l’éco­no­mie réelle. La va­leur d’une en­tre­prise est, en bonne théo­rie fi­nan­cière, la somme ac­tua­li­sée des flux fi­nan­ciers re­ve­nant aux ac­tion­naires, ceux des pro­chains exer­cices comme ceux plus loin­tains. Rien ne ser­vi­rait donc de gon­fler les pro­chains bé­né­fices au dé­tri­ment des bé­né­fices fu­turs. Mais il y a tout lieu de pen­ser que c’est sou­vent ef­fec­ti­ve­ment le cas, sous la pres­sion des ac­tion­naires eux-mêmes qui veulent tour­ner à leur avan­tage la sup­po­sée myo­pie des mar­chés fi­nan­ciers. Pro­cé­der de la sorte, c’est se ti­rer une balle dans le pied, comme le sug­gèrent les ré­sul­tats d’une étude toute ré­cente du Mc Kin­sey Ins­ti­tute dans le cadre de son pro­jet Fo­cu­sing Ca­pi­tal on the Long Term. Les en­tre­prises qui ont un ho­ri­zon de long terme de leur ges­tion ont sur­per­for­mé en bourse : 9,8 % l’an contre 6,5 % l’an pour leur in­dice de ré­fé­rence sur 5 ans, et 6,9 % contre 1,8 % l’an sur 10 ans.

Re­pé­rer les long-ter­mistes

Mais se­lon quels cri­tères qua­li­fier une vi­sion de long terme de la ges­tion d’une en­tre­prise ? Mc Kin­sey en pro­pose cinq à cet ef­fet. L’im­por­tance de l’in­ves­tis­se­ment me­su­rée par le ra­tio des mon­tants in­ves­tis aux amor­tis­se­ments ; plus éle­vé est le ra­tio, plus long-ter­miste est l’en­tre­prise. La qua­li­té des bé­né­fices, car il faut se mé­fier des ar­ti­fices comp­tables qui les gonflent ar­ti­fi­ciel­le­ment ; plus grand se­ra le ra­tio des pro­vi­sions aux bé­né­fices, et plus éle­vée se­ra la qua­li­té de ces der­niers. Il faut par ailleurs se mé­fier des en­tre­prises dont les marges s’ac­croissent bru­ta­le­ment, signe que l’en­tre­prise coupe dans les dé­penses de dé­ve­lop­pe­ment pour gon­fler ses bé­né­fices, et donc des en­tre­prises dont la crois­sance des bé­né­fices est lar­ge­ment su­pé­rieure à celle du chiffre d’af­faires. Par ailleurs, évi­ter les en­tre­prises trop fo­ca­li­sées sur leurs ob­jec­tifs fi­nan­ciers tri­mes­triels, et qui an­noncent des bé­né­fices tri­mes­triels su­pé­rieurs de quelques points à ceux qu’at­ten­dait le mar­ché, me­su­rés par le consen­sus de place, et in­ver­se­ment ne pas s’of­fus­quer outre me­sure si une en­tre­prise manque de quelques points ce consen­sus. Der­nier cri­tère, la crois­sance du fa­meux bé­né­fice par ac­tion (BPA) qui se fe­rait au dé­tri­ment de la vé­ri­table crois­sance des bé­né­fices. Les en­tre­prises dont les bé­né­fices opé­ra­tion­nels (EBIT) ont peu va­rié mais dont la crois­sance des BPA a été gon­flée par les ra­chats d’ac­tions ap­par­tien­draient aux en­tre­prises court-ter­mistes. Il n’y a pas que les ac­tion­naires qui au­raient pro­fi­té d’in­ves­tir dans les so­cié­tés sé­lec­tion­nées se­lon ces cri­tères. De­puis quinze ans, la crois­sance des bé­né­fices des so­cié­tés long-ter­mistes a été su­pé­rieure à celle de l’en­semble des en­tre­prises de 36 %, et de 49 % se­lon le cri­tère du chiffre d’af­faires. Si les autres so­cié­tés avaient au­tant em­bau­ché que ces so­cié­tés tour­nées vers le long terme, c’est 8 mil­lions d’em­plois sup­plé­men­taires que les so­cié­tés amé­ri­caines au­raient créés de­puis 2001. Pour une fois qu’on a le beurre et l’ar­gent du beurre !

Si les autres so­cié­tés avaient au­tant em­bau­ché que ces so­cié­tés tour­nées vers le long terme, c’est 8 mil­lions d’em­plois sup­plé­men­taires que les so­cié­tés amé­ri­caines au­raient créés de­puis 2001

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