LA CHINE S’EST ÉVEILLÉE

Le retour en grâce de Con­fu­cius

Le Nouvel Economiste - - La Une - PHI­LIPPE BAR­RET

Qu­fu est une ville du Shan­dong, pro­vince du nord-est de la Chine. C’est la ville na­tale de Con­fu­cius, au­jourd’hui pe­tite ville pour la Chine – un peu plus de 600 000 ha­bi­tants. On peut y vi­si­ter un temple de Con­fu­cius, son ci­me­tière et la mai­son de sa fa­mille. Le mu­sée dont la construc­tion a com­men­cé en 2013 et qui de­vrait ou­vrir ses portes dans la deuxième moi­tié de 2017, se­ra consa­cré à la per­sonne et à la pen­sée de Con­fu­cius, ain­si qu’à sa fa­mille. Cette fa­mille est consi­dé­rée comme la plus an­cienne et la plus nom­breuse du monde : au long de 83 gé­né­ra­tions, de­puis le VIe siècle avant l’ère com­mune, elle au­rait re­grou­pé près de deux mil­lions de per­sonnes ! On compte plus de 1 300 temples de Con­fu­cius en Chine et dans quelques pays où s’est ré­pan­du le confu­cia­nisme, comme la Co­rée et le Ja­pon. Mais il n’exis­tait jus­qu’à pré­sent au­cun mu­sée Con­fu­cius. Ce qui mé­rite at­ten­tion et ré­flexion à ce su­jet,j c’est la pplace de ce ppen­seur dans la ci­vi­li­sa­tion chinoise. À l’ex­cep­tion de quelques rares et brèves pé­riodes – sous le règne de Qin Shi Huang­di, à la fin du IIIe siècle avant notre ère, et sous le ré­gime com­mu­niste, du temps de Mao Ze­dong – Con­fu­cius n’a ces­sé d’être une ré­fé­rence idéo­lo­gique ma­jeure pour les Chi­nois. Ses oeuvres, y com­pris celles qu’on lui a prê­tées sans tou­jours être sûr qu’il en fût l’au­teur, ont, pen­dant plus de deux mil­lé­naires, été à la base de la for­ma­tion des let­trés, donc des hauts fonc­tion­naires. Le confu­cia­nisme a, che­min fai­sant, ré­cu­pé­ré quelques élé­ments du boud­dhisme et du taoïsme ; mais il est res­té l’élé­ment cen­tral de la pen­sée chinoise.

Com­po­sante es­sen­tielle de la culture na­tio­nale

Ce qui est re­mar­quable, c’est le retour en grâce de Con­fu­cius après sa mise à l’écart, non seule­ment par le pou­voir com­mu­niste dans les trois pre­mières dé­cen­nies de son exis­tence, mais aus­si par tout ce que la Chine a comp­té d’in­tel­lec­tuels, d’écri­vains et d’hommes po­li­tiques pa­triotes et pro­gres­sistes de­puis la fin du XIXe siècle. Tous étaient en ef­fet per­sua­dés que l’abais­se­ment de la Chine de­vant les puis­sances oc­ci­den­tales, de­puis les guerres de l’opium jus­qu’à 1949, était lar­ge­ment dû à la tra­di­tion confu­céenne, pro­fon­dé­ment conser­va­trice et prô­nant l’obéis­sance, tou­jours et en toutes cir­cons­tances. On a donc vu les temples de Con­fu­cius peu à peu ré­ha­bi­li­tés après la mort de Mao Ze­dong. Puis on a vu ap­pa­raître les ins­ti­tuts Con­fu­cius, au tour­nant des an­nées 2000, au­jourd’hui plus de 500 dans 134 pays. Puis on a ins­tau­ré, pour les en­sei­gnants, la gra­tui­té de la vi­site de tous les sites tou­ris­tiques liés à Con­fu­cius. Et l’ac­tuel pré­sident de la Chine, Xi Jin­ping, n’hé­site pas à pro­non­cer des dis­cours à la gloire de Con­fu­cius, au mo­tif qu’il est une com­po­sante es­sen­tielle de la culture na­tio­nale. C’est ain­si qu’il faut com­prendre la dé­ci­sion d’ou­vrir, à Qu­fu, un mu­sée Con­fu­cius.

À l’ex­cep­tion de quelques rares et brèves pé­riodes – sous le règne de Qin Shi Huang­di, à la fin du IIIe siècle avant notre ère, et sous le ré­gime com­mu­niste, du temps de Mao Ze­dong – Con­fu­cius

n’a ces­sé d’être une ré­fé­rence idéo­lo­gique ma­jeure pour les Chi­nois

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