Loi­sirs

Des ren­contres en ligne dans le réel

Le Nouvel Economiste - - La Une - BEN­JA­MIN PRUNIAUX

Si les moyens de com­mu­ni­ca­tion

rap­prochent po­ten­tiel­le­ment les gens, la so­li­tude dans les grands bas­sins de po­pu­la­tion de­vient l’un des maux de ce dé­but de

XXIe siècle

Les sites de ren­contres sur In­ter­net sont lé­gion. Il en existe en France pra­ti­que­ment un mil­lier. Pour sor­tir du lot, chaque pla­te­forme pos­sède sa spé­ci­fi­ci­té, sa niche, son mode de fonc­tion­ne­ment et de sé­lec­tion. Pour quelques-uns, le vir­tuel a pris une très grande im­por­tance et ras­sure au­tant qu’il in­hibe, à tel point que les uti­li­sa­teurs hé­sitent lon­gue­ment avant le pas­sage à l’acte que consti­tue le vé­ri­table ren­dez-vous. Par­tant du pos­tu­lat que cer­tains de leurs abon­nés sont ti­mides, mal­adroits ou hé­si­tants, cer­tains sites pro­posent le retour à l’hu­main sous plu­sieurs formes grâce au conseil, au gui­dage, et même à l’or­ga­ni­sa­tion de ren­contres réelles pour bri­ser la glace.

“L’op­po­si­tion entre les ser­vices on­line et of­fline vieille de 15 ans

n’existe plus”

En 2017, les soi­rées de ren­contres entre cé­li­ba­taires ne re­pré­sentent plus un concept nou­veau. Le fran­çais Mee­tic fut l’un des pion­niers, avec la vo­lon­té d’ap­por­ter un peu de concret au tout-vir­tuel. Si les moyens de com­mu­ni­ca­tion rap­prochent po­ten­tiel­le­ment les gens, la so­li­tude dans les grands bas­sins de po­pu­la­tion de­vient l’un des maux de ce dé­but de XXIe siècle. En 2014, Mee­tic pro­pose pour la pre­mière fois à ses cé­li­ba­taires de se ren­con­trer lors de hap­py hours, comme ils le fe­raient der­rière leur or­di­na­teur. “L’op­po­si­tion entre les ser­vices on­line et of­fline vieille de 15 ans n’existe plus, af­firme Hé­loïse Des Mons­tiers, di­rec­trice mar­ke­ting Eu­rope du sud de Mee­tic. Nous avons ap­por­té une pa­lette d’ou­tils à nos ins­crits, comme une ap­pli ou des soi­rées, sans pré­ci­ser les­quels sont les plus ef­fi­caces. Nous avons ces­sé d’être un site de ren­contres pour de­ve­nir un ser­vice de ren­contres.” Le site At­trac­tive World fait éga­le­ment par­tie de ceux qui or­ga­nisent des soi­rées pour leurs membres. “Le prin­ci­pal in­té­rêt est de per­mettre de se ren­con­trer hors-ligne dans un cadre sym­pa­thique et convi­vial près de chez soi”, ex­plique Bart Vis­ser, son di­rec­teur mar­ke­ting. “Les per­sonnes peuvent par­ta­ger leurs ex­pé­riences et en faire de nou­velles.” Plus d’une cen­taine d’évé­ne­ments sont ain­si pro­po­sés chaque mois par le site des “cé­li­ba­taires exi­geants”, pour des dî­ners, des af­ter­works ou des ex­po­si­tions. L’une des spé­ci­fi­ci­tés consiste à don­ner beau­coup de res­pon­sa­bi­li­tés à ses membres, à la fois dans l’ac­cep­ta­tion des nou­veaux ins­crits, mais aus­si concer­nant les évé­ne­ments. “Ce sont les membres d’At­trac­tive World qui les or­ga­nisent eux-mêmes”

pré­cise Bart Vis­ser. “Ils sont libres de pro­po­ser une soi­rée ou une ac­ti­vi­té de leur choix, et d’in­vi­ter les cé­li­ba­taires ayant les mêmes centres d’in­té­rêt.” Ces ac­ti­vi­tés doivent en­suite être ap­prou­vées par une équipe dé­si­gnée avant leur pu­bli­ca­tion pour s’as­su­rer de la per­ti­nence des sor­ties pour la com­mu­nau­té.

Le lais­ser-faire

“La ren­contre dans un lieu ex­té­rieur se­ra tou­jours plus cha­leu­reuse qu’un ren­dez-vous sur un tchat pri­vé. In­ter­net reste un in­ter­mé­diaire et une aide pré­cieuse pour pas­ser du vir­tuel au réel”,

es­time Bart Vis­ser. “Si nous avons pen­sé à or­ga­ni­ser des soi­rées, ré­vèle So­lène Paillet, porte-pa­role du site Glee­den, la sé­cu­ri­té des membres nous contraint à re­cu­ler.” L’ano­ny­mat consti­tue l’un des cri­tères sa­crés de Glee­den, site fran­çais de ren­contres adul­té­rines. Néan­moins, pour rap­pro­cher sa com­mu­nau­té, le site pro­pose di­verses ac­ti­vi­tés on line. “Nous met­tons en place des jeux concours qui per­mettent aux membres de se ras­sem­bler. Nous hé­ber­geons éga­le­ment un cercle d’ex­perts, qui in­ter­viennent une fois par mois pour dis­pen­ser des conseils sur un ‘live tchat’, ou­vert à

tous”, dé­taille-t-elle. Conseils, coa­ching en sé­duc­tion ou idées re­loo­king sont aus­si par­ta­gés sur le site. Pour d’autres pla­te­formes, la quête de l’évé­ne­men­tiel ne fait pas du tout par­tie du coeur de cible, pré­fé­rant lais­ser à leurs adhé­rents le

soin de pas­ser au réel ou non. C’est le cas d’Adop­teUnMec, site dont la com­mu­ni­ca­tion se tourne en­tiè­re­ment vers les femmes pour leur per­mettre de faire le pre­mier pas en condui­sant la ma­noeuvre. “Nous pra­ti­quons le po­si­tion­ne­ment in­verse” in­siste An­toine Pre­tet, chef de pro­jet mar­ke­ting chez Adop­teUnMec, qui compte 12,5 mil­lions d’ins­crits.

“Nous ne fonc­tion­nons pas sur la pro­messe de trou­ver l’âme soeur ou l’amour, mais cher­chons à dé­cul­pa­bi­li­ser, re­don­ner en­vie aux gens d’al­ler sur les sites de ren­contres qui res­taient an­xio­gènes ou pous­sié­reux. Nous met­tons en re­la­tion puis lais­sons faire les cé­li­ba­taires entre eux.”

Pas­sage sur mo­bile

La pro­li­fé­ra­tion des smart­phones re­dis­tri­bue les cartes des sites de ren­contres en in­cluant mo­bi­li­té et fa­ci­li­té, sec­teur dans le­quel des ap­pli comme Tin­der ou Happn s’en­gouffrent avec suc­cès, rin­gar­di­sant quelque peu les pion­niers. “L’hu­ma­ni­sa­tion ne passe pas for­cé­ment par l’or­ches­tra­tion de la ren­contre, té­moigne Claire Cer­tain, di­rec­trice mar­ke­ting et ten­dances du fran­çais Happn. Nous ca­pi­ta­li­sons

sur les in­di­vi­dus.” Happn per­met de mettre en re­la­tion les cé­li­ba­taires des en­vi­rons qui se croisent dans la jour­née grâce à l’hy­per­lo­ca­li­sa­tion. Si les deux per­sonnes ont mon­tré un in­té­rêt ré­ci­proque, elles sont alors connec­tées, comme pour Tin­der. Le reste de l’aven­ture leur ap­par­tient. “Mee­tic de­mande énor­mé­ment de dé­tails, consti­tuant un ‘scree­ning’ de la per­sonne. Vous ap­pa­rais­sez fi­na­le­ment tel que vous vous voyez, et ce n’est pas

for­cé­ment ce que vous êtes”, ana­ly­set­chez Happn. “Mettre en re­la­tion des gens qui ont les mêmes goûts reste li­mi­ta­tif, ça ne veut pas dire que vous vous cor­res­pon­dez.” Happn en France re­pré­sente plus de 2 mil­lions d’ins­crits, dont la grande ma­jo­ri­té en Ile-de-France. Tin­der en compte plus du double. Face à cette mul­ti­tude de pro­fils qui se suc­cèdent, les choix ou swipes sont ra­pides, fa­ciles, fré­né­tiques et peuvent mettre dans l’em­bar­ras. Au point de rendre ad­dic­tif ou de faire des uti­li­sa­teurs d’éter­nels in­sa­tis­faits ? Pour di­ver­si­fier son offre, Tin­der pro­pose de­puis l’été 2016 la ver­sion “Tin­der So­cial”, per­met­tant à des groupes d’amis de se ren­con­trer, d’or­ga­ni­ser des ac­ti­vi­tés sans faire de l’en­jeu amou­reux le point cen­tral, comme une pe­tite touche adou­cis­sant le cô­té ca­ta­logue hu­main. “La ren­contre amou­reuse est d’ordre so­cial, se dé­fend Claire

Cer­tain. Plus on croise d’in­di­vi­dus, plus on mul­ti­plie les chances de trou­ver quel­qu’un. Et plus les gens sortent, plus ils en ren­con­tre­ront d’autres.” Dans le même ordre d’idées que son concur­rent, Happn a lan­cé “See you there”, une op­tion qui fa­vo­rise la dis­po­ni­bi­li­té im­mé­diate pour se ren­con­trer spon­ta­né­ment au­tour d’une ac­ti­vi­té géo­lo­ca­li­sée par n’im­porte quel cé­li­ba­taire. L’en­jeu se dé­dra­ma­tise.

Choix ré­duit mais pré­cis

Compte te­nu de ce nou­veau mode de ren­contres, des ap­pli­ca­tions confi­den­tielles et au fonc­tion­ne­ment plus hu­main ap­pa­raissent pour com­bler un vide. Par­mi d’autres, l’ap­pli fran­çaise Once, lan­cée en 2015, s’étend au­jourd’hui à toute l’Eu­rope. Elle pro­pose le “slow da­ting”, ou en d’autres termes de prendre son temps. Le prin­cipe est simple : l’uti­li­sa­teur ne peut dis­cu­ter qu’avec une seule per­sonne par jour, là où pour d’autres, l’illi­mi­té est de mise.

“L’hu­main res­sort en prio­ri­té, ex­pose Jean Meyer, créa­teur et di­ri­geant de Once. Nous avons une ar­mée de match­ma­kers, 250 au­jourd’hui dans toute l’Eu­rope, et chaque jour nous pro­po­sons une seule ren­contre à nos

adhé­rents.” Le match­ma­ker as­sure le job te­nu jus­qu’ici par les fa­meux al­go­rithmes. Le concept consiste à hu­ma­ni­ser le pro­ces­sus de ren­contre avec de vraies per­sonnes qui vont mettre en re­la­tion des cé­li­ba­taires en fonc­tion de leurs pro­fils, es­ti­mant que ce tra­vail se­ra mieux réa­li­sé que par les ma­thé­ma­tiques. “On ne se com­porte pas de la même ma­nière avec son ‘match’ de la jour­née que si on en a eu une ving­taine” ex­plique

Jean Meyer. “On l’aborde avec un vrai état d’es­prit d’amou­reux. Nous avons eu beau­coup de gens qui vou­laient re­mer­cier les match­ma­kers après avoir

trou­vé l’amour chez nous.” Pour al­ler plus loin dans l’idée du slow da­ting, Once pro­pose de­puis la mi-jan­vier l’op­tion payante du match­ma­ker per­son­nel. Un vé­ri­table dia­logue par tchat entre le client et le match­ma­ker s’en­gage alors pour connaître en­core mieux ses exi­gences et ses cri­tères, et que lui soit pro­po­sée la crème de la crème. “On ap­pelle ça du slow da­ting mais c’est un gain de temps très im­por­tant par rap­port aux sites clas­siques” pré­cise Jean Meyer. “Sta­tis­ti­que­ment, on ba­laye 10 000 pro­fils pour avoir un ren­dez-vous réel, c’est beau­coup de temps et d’ef­forts. Sur Once, on tchate di­rec­te­ment avec une seule per­sonne.” Plus d’hu­ma­ni­té passe donc as­su­ré­ment par da­van­tage d’écoute. D’ailleurs, de­puis l’an­née pas­sée, Mee­tic s’est lan­cé dans l’or­ga­ni­sa­tion de va­cances entre cé­li­ba­taires eu­ro­péens, ré­pon­dant fa­vo­ra­ble­ment à la de­mande de ses adhé­rents.

“Nous ne fonc­tion­nons pas sur la pro­messe de trou­ver l’âme soeur ou l’amour. (…) Nous met­tons en re­la­tion puis lais­sons faire les cé­li­ba­taires entre eux”

“Nous ap­por­tons une pa­lette d’ou­tils à nos ins­crits. (…) Nous avons ces­sé d’être un site de ren­contres pour de­ve­nir un ser­vice de ren­contres.” Hé­loïse Des Mons­tiers, Mee­tic.

“Nos membres sont libres de pro­po­ser une soi­rée ou une ac­ti­vi­té de leur choix, et d’in­vi­ter les cé­li­ba­taires ayant les mêmes centres d’in­té­rêt.” Bart Vis­ser, At­trac­tive World.

“L’hu­ma­ni­sa­tion ne passe pas for­cé­ment par l’or­ches­tra­tion de la ren­contre. Nous ca­pi­ta­li­sons sur les in­di­vi­dus.” Claire Cer­tain, Happn.

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