Epargne

Stra­té­gie d’épargne re­traite de long terme

Le Nouvel Economiste - - La Une - LAURÈNE RIMONDI

“Nous sommes au­jourd­hui en pré­sence d’une ‘ré­pres­sion fi­nan­cière’, qui consiste à ne pas of­frir un ni­veau sa­tis­fai­sant de ré­mu­né­ra­tion aux épar­gnants” Les com­pa­gnies d’as­su­rances qui n’avaient pas hé­si­té à se po­si­tion­ner à contre­cou­rant de la ten­dance et à va­lo­ri­ser les uni­tés de compte, sont au­jourd’hui celles qui tirent leur épingle du jeu

Face aux in­cer­ti­tudes que gé­nère le ré­gime obli­ga­toire, de plus en plus d’ac­tifs se tournent vers la sous­crip­tion d’une re­traite sup­plé­men­taire. En 2015, les co­ti­sa­tions des contrats de par­ti­cu­liers ont pro­gres­sé de 7 %, se­lon la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de l’as­su­rance. Néan­moins, une vi­sion trop court-ter­miste han­di­cape l’op­ti­mi­sa­tion de cette rente in­di­vi­duelle. Dans un contexte de baisse his­to­rique des taux, les épar­gnants n’ont d’autre choix que de mo­di­fier leurs com­por­te­ments pour an­ti­ci­per au plus tôt leurs in­ves­tis­se­ments et s’orien­ter vers da­van­tage de prise de risque, sur le mar­ché des ac­tions.

Les épar­gnants sont confron­tés à une baisse his­to­rique des taux d’in­té­rêt obli­ga­taires. Une consé­quence de la po­li­tique mo­né­taire me­née par la Banque cen­trale eu­ro­péenne qui a choi­si d’ou­vrir les vannes : en ra­che­tant aux banques plu­sieurs mil­liards d’obli­ga­tions, la BCE a inon­dé les mar­chés en li­qui­di­tés. Une ac­tion qui, mé­ca­ni­que­ment, fait bais­ser les taux, par­fois de­ve­nus né­ga­tifs. L’ob­jec­tif : fa­vo­ri­ser le cré­dit aux en­tre­prises, et donc la re­prise de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique, en re­di­ri­geant les flux mo­né­taires. “Nous sommes en pré­sence d’une ‘ré­pres­sion fi­nan­cière’, qui consiste à ne pas of­frir un ni­veau sa­tis­fai­sant de ré­mu­né­ra­tion aux épar­gnants”, ex­plique Jean Ber­thon, pré­sident de l’as­so­cia­tion Gai­pare. Une lé­gère re­mon­tée des taux se fait bien sen­tir de­puis quelques mois, alors que la Ré­serve fé­dé­rale amé­ri­caine a dé­ci­dé de res­ser­rer sa po­li­tique mo­né­taire en 2017. Une consé­quence de l’élec­tion de Do­nald Trump, qui pré­voit une baisse des im­pôts ain­si qu’une hausse des dé­penses pu­bliques. En dé­pit de cette em­bel­lie, les re­tom­bées s’an­noncent peu si­gni­fi­ca­tives pour les épar­gnants, qui doivent mo­di­fier leurs com­por­te­ments, pré­vient William

De Vi­jl­der, chef éco­no­miste du

Groupe BNP Pa­ri­bas : “les in­ves­tis­seurs doivent faire le bi­lan de leurs ac­tifs, en pre­nant en compte l’ho­ri­zon avant le dé­part en re­traite et sans se lais­ser em­por­ter par un biais psy­cho­lo­gique court-ter­miste, pour al­ler vers des ac­tifs qui pré­sentent da­van­tage de risques. L’ef­fet cu­mu­lé des di­vi­dendes, qui sont su­pé­rieurs aux cou­pons obli­ga­taires, se réa­lise sur 5 voire 10 ans”. Im­mo­bi­lier et as­su­rance-vie, les clas­siques La pierre reste un ob­jec­tif pour la grande ma­jo­ri­té des Fran­çais et s’im­pose comme une va­leur re­fuge pour as­su­rer ses vieux jours, puisque 75 % des re­trai­tés sont pro­prié­taires d’au moins un lo­ge­ment, se­lon l’In­see. Le moyen d’évi­ter de s’ac­quit­ter d’un loyer le mo­ment ve­nu ou de se ga­ran­tir un re­ve­nu lo­ca­tif. At­ten­tion, tou­te­fois, à ne pas en at­tendre une ren­ta­bi­li­té trop im­por­tante. Si l’in­ves­tis­se­ment im­mo­bi­lier a af­fi­ché d’im­por­tantes plus-va­lues ces der­nières an­nées, il est peu pro­bable que ces per­for­mances se main­tiennent. D’au­tant que la pierre n’est pas un pla­ce­ment sans risque et de­mande un in­ves­tis­se­ment en ma­tière de ges­tion. Un pla­ce­ment né­ces­saire, mais donc in­suf­fi­sant. “Le contexte de taux d’in­té­rêt faibles in­cite à ha­bi­ter sa ré­si­dence ou à en faire un

lo­ge­ment lo­ca­tif. À terme, le ca­pi­tal n’est pas com­plè­te­ment ga­ran­ti et peut su­bir une fforte chute de sa va­leur. À no­ter éga­le­ment qu’à la dif­fé­rence d’un pla­ce­ment fi­nan­cier, l’im­mo­bi­lier n’est pas d’un

pla­ce­ment très li­quide”, tem­père Phi­lippe Cre­vel, di­rec­teur du Cercle des épar­gnants. La di­ver­si­fi­ca­tion des ac­tifs passe par les contrats d’as­su­rance-vie. La ten­dance est plu­tôt aux fonds en eu­ros qui pro­tègent de l’in­fla­tion et offrent une ga­ran­tie en ca­pi­tal. Le ren­de­ment s’avère tou­te­fois peu éle­vé, d’au­tant plus dans un contexte de faibles taux. Plus ex­po­sés aux risques et aux va­ria­tions de mar­chés, les pro­duits en uni­tés de compte offrent des gains su­pé­rieurs. Tra­di­tion­nel­le­ment dé­lais­sés au pro­fit des fonds en eu­ros, les contrats mul­ti­sup­ports bé­né­fi­cient même d’un retour en grâce au vu du contexte fai­ble­ment ré­mu­né­ra­teur. Ré­sul­tat, les com­pa­gnies d’as­su­rances qui n’avaient pas hé­si­té à se po­si­tion­ner à contre-cou­rant de la ten­dance et à va­lo­ri­ser les uni­tés de compte, sont au­jourd’hui celles qui tirent leur épingle du jeu. Un point de vue lié à l’ho­ri­zon de pla­ce­ment, se­lon Em­ma­nuel Bou­riez, di­rec­teur gé­né­ral ad­joint d’Ar­ca Pa­tri­moine : “En dé­pit du contexte, nous n’avons pas les mêmes pro­blé­ma­tiques que les autres sup­ports, puisque les contrats en uni­tés de compte servent des ren­de­ments à

Avec les pro­duits dits “tun­nels”, la com­pa­gnie d’as­su­rances peut se per­mettre une ges­tion plus ris­quée et consa­crer une part plus im­por­tante de l’in­ves­tis­se­ment en ac­tions, plus ré­mu­né­ra­trices”

4,1 % en moyenne, lorsque les fonds en eu­ros sont à 2,27 %. Il ne faut pas pen­ser un pla­ce­ment sur vingt ans avec une stra­té­gie de ren­de­ment court-ter­miste. Les Si­cav et fonds com­muns de pla­ce­ment, en par­ti­cu­lier, sont beau­coup moins sen­sibles aux à-coups de mar­ché sur le long terme”. Cu­mu­lée aux faibles ren­de­ments des obli­ga­tions, une hausse de l’in­fla­tion pour­rait même rendre les fonds en eu­ros plus ris­qués et di­mi­nuer le pou­voir d’achat sur le long terme. Un équi­libre est donc à trou­ver entre ces deux sup­ports, en fonc­tion de l’ap­pé­tence au risque de cha­cun. “Sur une, deux ou trois dé­cen­nies, un épar­gnant qui af­fiche une cer­taine aver­sion au risque peut se per­mettre d’al­ler jus­qu’à 30 à 40 % de son in­ves­tis­se­ment en uni­tés de compte”, es­time de son cô­té Phi­lippe Cre­vel.

Les pro­duits tun­nels pour sé­cu­ri­ser une rente

Plus tech­niques, cer­tains sup­ports sont aus­si plus spé­ci­fiques dans l’op­tique de pré­pa­rer sa re­traite. Les Perp et contrats Ma­de­lin s’im­posent comme un com­plé­ment in­dis­pen­sable en of­frant une rente sup­plé­men­tai­repp au ré­gi­meg gé­né­ral. À la dif­fé­rence des fonds en eu­ros, ces pro­duits dits “tun­nels”, bloquent l’épargne jus­qu’à la ces­sa­tion d’ac­ti­vi­té, sauf cas ex­cep­tion­nel (voir en­ca­dré). “La com­pa­gnie d’as­su­rances peut se per­mettre une ges­tion plus ris­quée et consa­crer une part plus im­por­tante de l’in­ves­tis­se­ment en ac­tions,

plus ré­mu­né­ra­trices”, as­sure Jean Ber­thon. Les Perp sont par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sants pour les épar­gnants les plus lour­de­ment im­po­sés, ce qui leur per­met de pro­fi­ter plei­ne­ment de l’avan­tage fis­cal. Les frais de ges­tion peuvent néan­moins s’avé­rer éle­vés et sont à né­go­cier au mo­ment de la sous­crip­tion. De son cô­té, le contrat Ma­de­lin, qui per­met éga­le­ment de dé­duire les sommes ver­sées de ses re­ve­nus pro­fes­sion­nels, est ré­ser­vé aux tra­vailleurs non sa­la­riés. Plus la tranche mar­gi­nale d’im­po­si­tion se­ra forte, plus l’éco­no­mie d’im­pôt se­ra im­por­tante. En com­plé­ment de l’as­su­rance-vie, les pro­duits “tun­nel” per­mettent donc de cu­mu­ler un avan­tage fis­cal à l’en­trée et à la sor­tie, et ne sont donc pas sub­sti­tuables. “Dans un pre­mier temps, il est né­ces­saire de ffaire le plein des avan­ta­gesg fis­caux consen­tis par l’État sur les contrats Ma­de­lin et le Perp. Cu­mu­lés à des uni­tés de compte, ils per­mettent d’ob­te­nir une re­traite com­plé­men­taire très si­gni­fi­ca­tive”, ob­serve Em­ma­nuel Bou­riez. Dans tous les cas, la meilleure stra­té­gie à adop­ter en vue de pré­pa­rer sa troi­sième vie reste de ta­bler sur les in­ves­tis­se­ments pro­gram­més, c’est-à-dire l’in­ves­tis­se­ment de sommes d’ar­gent mois après mois, sur des sup­ports choi­sis en fonc­tion d’ob­jec­tifs pré­dé­fi­nis. Il peut s’agir d’un ca­pi­tal des­ti­né à fi­nan­cer un bien im­mo­bi­lier ou les études de ses en­fants. Le prin­cipe est simple : plus l’épargne com­mence tôt, plus l’ef­fort se­ra ré­duit. Dé­bu­ter vers 35-40 ans per­met de consti­tuer une poche suf­fi­sante pour abor­der la re­traite avec sé­ré­ni­té. “Si l’im­mo­bi­lier as­sure un ca­pi­tal et que l’as­su­rance-vie pro­pose une plus grande sou­plesse dans la dis­po­ni­bi­li­té des sommes en­ga­gées, les Perp et contrats Ma­de­lin sont de purs pro­duits d’épargne re­traite et per­mettent d’évi­ter toute ten­ta­tion. En te­nant compte de l’es­pé­rance de vie, on peut consi­dé­rer qu’il est né­ces­saire de pla­cer au moins 350 000 eu­ros pour tou­cher une rente de 1 000 eu­ros par mois au mo­ment de la ces­sa­tion d’ac­ti­vi­té”, ré­sume Phi­lippe Cre­vel. Dans tous les cas, prise de risque et di­ver­si­fi­ca­tion des sup­ports sont de­ve­nues in­dis­pen­sables à un ren­de­ment sub­stan­tiel.

“Les in­ves­tis­seurs doivent faire le bi­lan de leurs ac­tifs, en pre­nant en compte l’ho­ri­zon avant le dé­part en re­traite et sans se lais­ser em­por­ter par un biais psy­cho­lo­gique court-ter­miste.” William De Vi­jl­der, BNP Pa­ri­bas.

La com­pa­gnie d’as­su­rances peut se per­mettre une ges­tion plus ris­quée et consa­crer une part plus im­por­tante de l’in­ves­tis­se­ment en ac­tions, plus ré­mu­né­ra­trices” Jean Ber­thon, Gai­pare.

“Il ne faut pas pen­ser un pla­ce­ment sur vingt ans avec une stra­té­gie de ren­de­ment court-ter­miste. Les Si­cav et fonds com­muns de pla­ce­ment, en par­ti­cu­lier, sont beau­coup moins sen­sibles aux à-coups de mar­ché sur le long terme.” Em­ma­nuel Bour­riez, Ar­ca Pa­tri­moine.

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