Ed Thorp

L'homme qu a gagne contre les ca­si­nos et la bourse

Le Nouvel Economiste - - La Une - JOHN AUTHERS, FT

“La main in­vi­sible du mar­ché est de­ve­nue le doigt d’hon­neur in­vi­sible du mar­ché”

“La main in­vi­sible du mar­ché est de­ve­nue le doigt d’hon­neur in­vi­sible”

Avec ce “par­rain” de l ’ i nve st i s s e m e n t , in­ven­teur de mo­dèles ma­thé­ma­tiques sur­puis­sants tes­tés dans les ca­si­nos, nous par­lons de ses in­ven­tions, de Claude Shan­non et de War­ren Buf­fet

Ed Thorp consi­dère que Wall Street n’est qu’un ca­si­no : pas parce qu’on y pa­rie, mais parce que les choses y sont ar­ran­gées. “La main in­vi­sible du mar­ché est de­ve­nue le doigt d’hon­neur in­vi­sible. C’est un mar­ché contrô­lé et ma­ni­pu­lé. Comme di­rait Do­nald Trump : ‘C’est tru­qué’.” Ed Thorp, 84 ans, est par­ti­cu­liè­re­ment bien pla­cé pour en ju­ger. Gé­nie des ma­thé­ma­tiques, il a trou­vé com­ment

“battre un crou­pier” au bla­ck­jack lors­qu’il était en post-doc­to­rat au MIT. En 1962,après la sor­tie de son livre ré­vé­lant ses se­crets aux cartes, il était tel­le­ment cé­lèbre que les ca­si­nos l’ ont in­ter­dit de jeu – il dit que l’un d’eux l’a même dro­gué à son in­su. Beau­coup ont de­puis chan­gé leurs règles pour contre­car­rer son sys­tème de comp­tage. Il a en­suite ten­té de battre la rou­lette, en uti­li­sant un en­gin at­ta­ché à son pied, dé­sor­mais dé­crit comme la pre­mière tech­no­lo­gie por­table au monde ; puis ef­fec­tué une in­cur­sion àWall Street qui lui a rap­por­té des cen­taines de mil­lions de dol­lars. Prin­ce­ton New­port Part­ners, qu’il a créé en 1969, est re­con­nu comme le pre­mier fonds de cou­ver­ture quan­tique (uti­li­sant des al­go­rithmes). En 18 ans, il a trans­for­mé 1,4 mil­lion de dol­lars en 273 mil­lions,culmi­nant à plus

un tri­mestre de perte. L’uti­li­sa­tion alors ré­vo­lu­tion­naire qu’Ed Thorp fai­sait des ma­thé­ma­tiques, de l’éta­blis­se­ment du prix des op­tions et des or­di­na­teurs, lui a don­né un énorme avan­tage. Ses frasques et son ta­lent pour ga­gner de l’ar­gent ont fait d’EdT­horp le “par­rain” de bon nombre des plus grands in­ves­tis­seurs d’au­jourd’hui. Il y a War­ren Buf­fett, un par­te­naire de bridge, qui avait conseillé aux in­ves­tis­seurs de son pre­mier fonds de cou­ver­ture d’al­ler chez EdT­horp; Bill Gross, qui créa Pim­co et en fit le plus grand ges­tion­naire de fonds obli­ga­taires du monde, et qui avait pas­sé du temps aux tables de Bla­ck­jack avant de se trans­for­mer en in­ves­tis­seur grâce au livre d’Ed Thorp (‘Beat the Mar­ket’, pa­ru en 1967) ; Ken Grif­fin, le ges­tion­naire de fonds spé­cu­la­tifs le mieux payé au monde, a créé son fonds Ci­ta­del en 1990 en uti­li­sant les do­cu­ments de Prin­ce­ton New­port qu’Ed Thorp lui avait four­nis. Son CV est im­pres­sion­nant et je suis quelque peu fé­brile avant de ren­con­trer EdT­horp à son bu­reau, dans un pâ­té de bâ­ti­ments mo­dernes de New­port Beach, une ville du com­té d’Orange au sud de Los An­geles. Mais Ed Thorp n’est pas phy­si­que­ment in­ti­mi­dant. Il porte un sur­vê­te­ment et fait tou­jours du sport. C’est un homme grand, avec une im­pec­cable barbe de 3 jours. Il pa­raît 30 ans de moins que son âge et il ar­bore en per­ma­nence un sou­rire ma­li­cieux. Après avoir ad­mi­ré une fa­bu­leuse vue sur le Pa­ci­fique, nous des­cen­dons au rez-de-chaus­sée, et il m’in­vite à prendre le siège pas­sa­ger de sa Tes­la rouge (“j’avais une Porsche, mais celle-là est tel­le­ment mieux”). Le tra­jet sur l’au­to­route vers le res­tau­rant à Co­ro­na del Mar est très agréable et tran­quille ; au Roth­schild’s, un res­tau­rant ita­lien fa­mi­lial, ils sont ra­vis de le voir. “Le res­tau­rant n’est pas trop

cher”, sou­ligne-t-il, pré­ve­nant. Voi­là une des clés de com­pré­hen­sion d’Ed Thorp, dont la réus­site s’ex­plique lar­ge­ment par les ha­bi­tudes ap­prises en gran­dis­sant dans des condi­tions mo­destes à Chi­ca­go, puis dans le sud de la Ca­li­for­nie du­rant la Grande Dé­pres­sion et la guerre. Ses pa­rents tra­vaillaient et il de­vait s’ins­truire. Il a aus­si ap­pris à ne pas être avide. Il ne joue plus au ca­si­no. “J’ai ap­pré­cié le pro­ces­sus d’ap­pren­tis­sage de choses nou­velles dans un nou­veau mi­lieu. Une fois que c’est de­ve­nu une rou­tine, ça ne m’in­té­res­sait plus” dit-il. “Le bla­ck­jack n’est pas très in­té­res­sant parce que les en­jeux sont faibles. Si vous êtes ha­bi­tué à pa­rier des mil­lions sur le mar­ché, jouer quelques mil­liers de dol­lars aux tables de bla­ck­jack ne si­gni­fie rien.” Au­jourd’hui, l’in­té­rêt des ges­tion­naires de fonds pri­vés et des ana­lystes pour le poker est bien connu. “C’est parce qu’ils peuvent ri­va­li­ser. Ils aiment beau­coup ça”, dit-il, un brin iro­nique. Nous com­man­dons tous deux les plats du jour. Il prend le sau­mon et moi l’es­pa­don, qu’il re­com­mande.Nous dé­cou­vrons éga­le­ment,à notre sou­la­ge­ment, qu’au­cun d’entre nous ne boit au dé­jeu­ner, il se­ra donc ar­ro­sé d’eau ga­zeuse et de thé gla­cé. Je prends le mi­nes­trone, mais il s’abs­tient comme il doit conti­nuer de par­ler. Alors, pour­quoi est-il si né­ga­tif à l’égard de Wall Street ? Sans haus­ser le ton, il dresse un acte d’ac­cu­sa­tion. “Le mar­ché d’Adam Smith est très dif­fé­rent de nos mar­chés.Il avait ima­gi­né un mar­ché avec beau­coup d’ache­teurs et de ven­deurs, que per­sonne ne do­mine, où per­sonne ne peut im­po­ser quoi que ce soit, et avec beau­coup de concur­rence. Le mar­ché ac­tuel

n’a im­por­tants­rien à voir qu’ils avec contrô­lent­ça. Les les joueurs le­viers sontde la tel­le­ment po­li­tique fi­nan­cière.Pon­zi à Wall Et Stree­til y a en­core aus­si”, beau­coup­dit-il, et de pas com­bines seule­men­tà la Ber­nard­fraude épique Ma­doff, plus dont d’uneil pré­tend dé­cen­nie avoir avant re­pé­ré qu’elle la ne En soit 1991, ré­vé­lée.Ed Thorp tra­vaillait pour un ca­bi­net de conseil dans­qui lui les avait fonds de­man­dé spé­cu­la­tifs.de suivre“Les ren­de­mentsses pla­ce­ments de Ber­nard Ma­doff étaient trop bons pour être plau­sibles”, sou­pire-t-il. Il avait alors ten­té de croi­ser les tran­sac­tions que Ber­nard Ma­doff avait dé­cla­rées avec celles du re­gistre of­fi­ciel.La moi­tié n’avaient pu être pas­sées parce que le vo­lume (le nombre d’ac­tions échan­gées) était nul dans les ca­té­go­ries concer­nées le jour où elles étaient cen­sées avoir été ef­fec­tuées. “Une fois que vous sa­vez que la moi­tié d’entre elles sont fausses, il est as­sez dif­fi­cile de croire que l’autre moi­tié est réelle.” Un contrôle plus dé­taillé ré­vé­la que pour la moi­tié des tran­sac­tions res­tantes, “le vo­lume des né­go­cia­tions de mon seul client était plus im­por­tant que l’en­semble des échanges dé­cla­rés. C’était une preuve ab­so­lue.Vous n’aviez be­soin d’au­cune théo­rie fi­nan­cière”.

Pour­tant, au­cune me­sure n’a été prise à l’époque.

“J’ai at­ten­du an­née après an­née que tout ex­plose.” Une des rai­sons pour les­quelles ce­la ne s’est pas pro­duit, c’est qu’il était un pi­lier du sys­tème. En ce qui concerne les fonds spé­cu­la­tifs, il pense qu’ils sont main­te­nant “une classe d’ac­tifs mûrs et que leurs ren­de­ments sont in­fé­rieurs aux autres ca­té­go­ries d’ac­tifs. Les mo­dèles ma­thé­ma­tiques sont dé­sor­mais tel­le­ment uti­li­sés qu’ils ne sont plus aus­si ren­tables”. J’ai eu de nom­breuses conver­sa­tions comme cel­le­ci ces dix der­nières an­nées, après la crise fi­nan­cière de 2008. Alors, comme nous en­ta­mons le pois­son dé­li­ca­te­ment en­ve­lop­pé dans une pâte mai­son, je lui de­mande quelles sont ses sug­ges­tions pour y re­mé­dier. “Les banques qui sont trop grandes pour faire faillite au­raient dû être au­to­ri­sées à le faire. Leurs ac­tion­naires au­raient dû payer le prix. Les grandes en­tre­prises passent par des faillites or­ga­ni­sées.Pour­quoi ne pour­rions-nous pas nous per­mettre que les banques fassent faillite? C’est parce qu’elles ont trop d’in­fluence. Elles peuvent per­sua­der les gou­ver­ne­ments de ne pas les lais­ser faire faillite.” Il sou­tient éga­le­ment que les armes spé­cu­la­tives des banques de­vraient être bri­sées, es­sen­tiel­le­ment par un retour à la loi Glass-Stea­gall. Née de la Grande Dé­pres­sion, elle a été abro­gée de ma­nière contro­ver­sée par le pré­sident Clin­ton en 1999. Le nou­veau pré­sident Trump (nous dé­jeu­nons le pre­mier lun­di après son in­ves­ti­ture) a été élu sur un pro­gramme pro­po­sant le retour de cette loi Glass-Stea­gall, mais il semble dé­sor­mais pen­cher pour une dé­ré­gle­men­ta­tion. EdT­horp se crispe à la men­tion du nom de Trump, tra­his­sant qu’il lui est aus­si hos­tile qu’il est pos­sible de l’être. J’ai be­soin de par­ler à EdT­horp du mo­ment le plus dé­li­cat de sa car­rière. En 1987, les lo­caux de son fonds spé­cu­la­tif dans le New Jer­sey ont été per­qui­si­tion­nés sur ordre de Ru­dy Giu­lia­ni, alors pro­cu­reur du dis­trict de NewYork.Il avait eu des contacts pro­fes­sion­nels avec Mi­chael Mil­ken, le roi des obli­ga­tions pour­ries, que Ru­dy Giu­lia­ni cher­chait à faire tom­ber par tous les moyens. Ed Thorp, ré­sident de Ca­li­for­nie du Sud, n’a ja­mais été ac­cu­sé ou im­pli­qué,contrai­re­ment à plu­sieurs de ses col­lègues du New Jer­sey qui ont su­bi des an­nées de pro­cé­dures ju­di­ciaires avant d’être dé­cla­rés in­no­cents. Plu­tôt que de se battre, Ed Thorp avait pré­fé­ré fer­mer son fonds. Il éprouve de la sym­pa­thie pour Mi­chael Mil­ken qui a ini­tié de nom­breuses pe­tites en­tre­prises aux fi­nan­ce­ments obli­ga­taires. “Le crime de Mi­chael Mil­ken était beau­coup plus grave que n’im­porte le­quel à Wall Street parce qu’il avait com­men­cé à désar­çon­ner l’an­cien sys­tème de l’es­ta­blish­ment et à faire dé­pe­cer les en­tre­prises qu’ils di­ri­geaient. Il fal­lait l’ar­rê­ter. Mal­heu­reu­se­ment, il leur avait four­ni des mu­ni­tions.” Quant à Ru­dy Giu­lia­ni, Ed Thorp ré­siste à mes ten­ta­tives de lui en faire dire du mal. “Je ne sais pas com­ment ins­tal­ler un sys­tème idéal. Tout d’abord, existe-il un sys­tème idéal? Deuxiè­me­ment, est-ce po­li­ti­que­ment pos­sible? Je ne suis pas sûr du pre­mier point et quant au se­cond, je di­rais que c’est ab­so­lu­ment im­pos­sible parce que les gens au pou­voir n’en veulent pas.” À pré­sent, nous avons tous les deux ter­mi­né notre pois­son (vrai­ment ex­cellent), et en sommes à notre dose de ca­féine de fin de re­pas. Je lui de­mande de me par­ler de l’idée des ma­chines à re­lais qu’il in­ven­ta en 1960 avec Claude Shan­non, le père de la théo­rie de l’in­for­ma­tion. Ed Thorp était al­lé lui de­man­der conseil pour son ar­ticle aca­dé­mique sur le bla­ck­jack. Claude Shan­non lui de­man­da s’il avait d’autres idées, et bon­dit d’ex­ci­ta­tion en en­ten­dant­ses­théo­ries­sur­la­rou­lette.S’en­sui­virent des ex­pé­riences dans la cave de Claude Shan­non, rem­plie d’en­gins ex­pé­ri­men­taux, avec des lu­mières stro­bo­sco­piques et des tables de rou­lettes in­cli­nées. EdT­horp ra­conte que l’idée était d’ap­puyer sur un bou­ton du gad­get (avec son or­teil) alors que la bille tour­billon­nait au­tour de l’an­neau su­pé­rieur de la rou­lette (ou “ro­tor”). En ap­puyant une autre fois, on me­su­rait sa vi­tesse et son taux de dé­cé­lé­ra­tion. Ce­la pou­vait per­mettre de pré­voir où elle tom­be­rait. Mais qu’en est-il du pro­blème de sa­voir où la se­rait la roue à ce mo­ment-là ? Elle tourne dans la di­rec­tion op­po­sée. Sa­voir où la bille tom­be­ra ne sert à rien, à moins de connaître le nu­mé­ro qui se­ra en dessous quand elle tom­be­ra ef­fec­ti­ve­ment. Ed Thorp ex­plique en fai­sant tour­ner son doigt au­tour d’une sou­coupe à ca­fé. Une rou­lette pos­sède une ou (aux États-Unis) deux cases vertes, ex­plique-t-il. Elles donnent l’avan­tage au ca­si­no car tout le monde perd quand la bille y at­ter­rit, mais elles lui per­met­taient éga­le­ment, à Claude Shan­non et à lui, de cas­ser le jeu. En cli­quant sur l’en­gin quand le vert pas­sait un cer­tain point, il était pos­sible (en pro­gram­mant la ma­chine sur la base de mo­dèles ma­thé­ma­tiques) de dé­ter­mi­ner où la bille tom­be­rait et ap­proxi­ma­ti­ve­ment sur quel chiffre. La pré­ci­sion to­tale était im­pos­sible, mais ils pou­vaient ré­duire la pro­ba­bi­li­té à six chiffres – as­sez pour leur don­ner un avan­tage écra­sant. Le sys­tème fonc­tion­nait, mais le ma­té­riel avait un dé­faut fa­tal. La ma­chine né­ces­si­tait un écou­teur. Ils ache­tèrent le fil le plus mince sur le mar­ché, et se don­nèrent beau­coup de mal pour le dis­si­mu­ler sous leurs che­veux, qu’ils avaient fait pous­ser, mais le fil cas­sait sou­vent et ils ne pou­vaient pas s’y fier. Au­jourd’hui, ils pour­raient pro­ba­ble­ment uti­li­ser un écou­teur Blue­tooth. L’en­fance d’Ed Thorp, dé­crite avec amour dans sa nou­velle au­to­bio­gra­phie ‘A Man for All Mar­kets’, re­gorge de ce genre d’ex­pé­riences mai­son. Il ai­mait les choses qui font boum et il a construit

“Les gens ne sont pas de bons pro­ces­seurs d’in­for­ma­tions. Pas col­lec­ti­ve­ment. Pour preuve, la ré­cente cam­pagne élec­to­rale amé­ri­caine. Ils peuvent être fa­ci­le­ment leur­rés par de fausses in­for­ma­tions”

plu­sieurs dis­po­si­tifs ex­plo­sifs. À l’école et à l’uni­ver­si­té, il se spé­cia­li­sa en phy­sique et en chi­mie. En ren­con­trant Claude Shan­non, il avait trou­vé un autre éco­lier gran­di trop vite qui était aus­si un gé­nie des ma­thé­ma­tiques. Pour­quoi Ed Thorp est-il de­ve­nu fi­nan­cier? N’au­rait-il pas dû être in­gé­nieur sur la côte Ouest dans la Si­li­conVal­ley ? Il sou­rit. “Dans chaque sec­teur, il y a un mo­ment pro­pice. Si vous êtes pré­sent à ce mo­ment, les chances sont beau­coup plus grandes que vous soyez im­pli­qué.” Son gad­get pour rou­lette est ar­ri­vé plus d’une dé­cen­nie avant le pre­mier or­di­na­teur d’Apple, et qua­rante ans avant l’iPod – les wea­rables n’étaient pas près d’ar­ri­ver. Il a pré­fé­ré ap­pli­quer ses idées sur le bla­ck­jack aux in­ves­tis­se­ments, en uti­li­sant des ma­thé­ma­tiques avan­cées pour dé­ve­lop­per des stra­té­gies ba­sées sur l’achat de grandes quan­ti­tés d’ac­tions, où les chances étaient en sa fa­veur, comme aux cartes. Après avoir trans­for­mé l’in­ves­tis­se­ment en pro­blème ma­thé­ma­tique, il l’a ré­so­lu et pro­gram­mé des or­di­na­teurs pour l’ai­der. Com­ment a-t-il pu ga­gner au­tant d’ar­gent ain­si quand ce­la a été im­pos­sible à d’autres ? “Les gens ne sont pas de bons pro­ces­seurs d’in­for­ma­tions. Pas col­lec­ti­ve­ment. Pour preuve, la ré­cente cam­pagne élec­to­rale amé­ri­caine. Ils peuvent être fa­ci­le­ment leur­rés par de fausses in­for­ma­tions.” Et il ajoute. “Une des choses qui m’a ser­vi dans la vie est d’avoir un ex­tra­or­di­naire dé­tec­teur de conne­ries.” Ed Thorp dit que chaque fois qu’il en­tend une sta­tis­tique sur­pre­nante, il es­saie de la vé­ri­fier. Au mo­ment du ca­fé, je gri­bouille en sté­no­gra­phie sur mon calepin.Il est in­tri­gué.Il me de­mande à quelle vi­tesse je peux écrire ain­si. Je lui dis que j’en suis à 120 mots par mi­nute. “Les gens parlent à en­vi­ron 80 mots par mi­nute, non ?” Je lui ré­ponds que non,

ils parlent gé­né­ra­le­ment beau­coup plus vite, au­tour de 150 mots,mais peut-être le fait d’être pris en consi­dé­ra­tion quand on parle à un jour­na­liste mo­di­fie-t-il le dé­bit de la pa­role. Les yeux d’Ed Thorp se plissent alors qu’il écoute les conver­sa­tions des autres tables. “En fait, je peux vé­ri­fier ce­la. J’ai en­re­gis­tré un livre au­dio. Alors je peux l’écou­ter et le chro­no­mé­trer…” Alors qu’il cal­cule de tête à quelle vi­tesse les gens parlent, je lui dis que les lec­teurs du FT ap­pré­cie­raient cer­tai­ne­ment quelques conseils d’in­ves­tis­se­ments. Pour­quoi ne pas faire comme son ami War­ren Buf­fett et s’es­sayer au pla­ce­ment axé sur la va­leur, comme pré­co­ni­sé par le théo­ri­cien de l’in­ves­tis­se­ment Ben­ja­min Gra­ham – l’ana­lyse des bi­lans pour trou­ver les en­tre­prises sous-éva­luées ?

Ce­la ne l’a ja­mais in­té­res­sé, ré­pond-il. “J’ai consi­dé­ré que l’ap­proche de Ben­ja­min Gra­ham au­rait né­ces­si­té toute une de vie de dur la­beur. War­ren l’a dé­mon­tré. Il est le meilleur de tous. Mais si je pou­vais re­ve­nir en ar­rière et chan­ger de place avec War­ren, le fe­rais-je ? Non. Je ne pense pas que j’au­rais vou­lu al­ler vi­si­ter des en­tre­prises. Je n’ai ja­mais pen­sé à la fi­nance avant d’avoir 32 ans. War­ren Buf­fett né­go­ciait des obli­ga­tions à 11 ans.” Ce­la ex­plique éga­le­ment pour­quoi il n’a pas fait plus d’ef­forts pour gar­der son fonds spé­cu­la­tif. “Je me suis ren­du compte qu’il au­rait pris le contrôle de ma vie. J’au­rais pas­sé ma vie à ac­cu­mu­ler de l’ar­gent.” Son se­cret fut de se rendre compte à temps qu’il en avait as­sez. AvecVi­vian, sa femme pen­dant plus de 50 ans, il a voya­gé dans le monde en­tier et pro­fi­té de leurs pe­tits-en­fants. Trois d’entre eux (des tri­plés) sont main­te­nant au MIT. Son livre (dont l’écri­ture avait été tris­te­ment in­ter­rom­pue par la ba­taille d’un an que Vi­vian me­nait contre un can­cer du cer­veau au­quel elle a suc­com­bé) dé­crit la vie comme une aven­ture et se ter­mine par des conseils sur l’équi­libre entre le tra­vail et la vie pri­vée. Cette aven­ture conti­nue. Alors que je règle la fac­ture (très rai­son­nable, de 80 dol­lars) et que nous re­pre­nons la route le long de la côte, il me parle de son der­nier passe-temps. Il fait de la plon­gée sous­ma­rine avec sa nou­velle pe­tite amie,une bio­lo­giste mo­lé­cu­laire. Les Mal­dives sont su­perbes. Quant à ce qui ad­vien­dra de son corps à sa mort lors­qu’il se­ra cryo­gé­ni­sé, “je pense que j’ai plus de choses à faire que ne le per­met une du­rée de vie or­di­naire”. Et il conclut qu’il es­time ses chances de ré­sur­rec­tion à en­vi­ron 2 %. Roth­schild’s 2407 East Coast High­way, Co­ro­na del Mar, Ca­li­for­nia Mi­nes­trone $ 6.90 Pâtes au sau­mon $ 24.90 Pâtes à l’es­pa­don $ 26.90 Mousse de cho­co­lat $ 9.95 Thé gla­cé x2 $ 6.00 Ca­fé $3.50 Cap­puc­ci­no $ 3.50 To­tal (taxes et ser­vice com­pris) $ 100

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