Les so­cié­tés high-tech ont ac­cé­dé au sta­tut de su­per­stars

Mais at­ten­tion la roche tar­péienne est proche du Ca­pi­tole

Le Nouvel Economiste - - Analyses - PAR BER­TRAND JACQUILLAT

Dans son ar­ticle mar­quant mais mé­con­nu pa­ru en 1981, ‘The Eco­no­mics of Su­per­stars’, Sher­win Ro­sen, pro­fes­seur à l’Uni­ver­si­té de Chi­ca­go théo­ri­sait la fa­meuse re­marque “The win­ner takes all”. Celle-ci tra­duit le fait que les trans­for­ma­tions dis­rup­tives liées à la tech­no­lo­gie donnent un pou­voir fi­nan­cier im­mense et dis­pro­por­tion­né à quelques ac­teurs seule­ment de l’ac­ti­vi­té dans la­quelle ceux-ci évo­luent. On cite sou­vent la té­lé­vi­sion en exemple de cette trans­for­ma­tion dis­rup­tive qui a per­mis à quelques ve­dettes spor­tives et du mu­si­chall de per­ce­voir des re­ve­nus fa­ra­mi­neux, très lar­ge­ment su­pé­rieurs à ceux de leurs confrères un peu moins ta­len­tueux. Il en ti­rait même la conclu­sion que ce phé­no­mène se­rait pré­ju­di­ciable à tous les autres ac­teurs. C’est une conclu­sion qui re­joint celles des re­cherches les plus ré­centes sur les po­pu­lismes dans le monde, pour les­quelles ce ne sont pas tant la mon­dia­li­sa­tion du com­merce ou l’in­fluence des fi­nan­ciers qui en se­raient à l’ori­gine, mais la tech­no­lo­gie. C’est ce que tra­duit la der­nière pu­bli­ca­tion du FMI sur les pers­pec­tives éco­no­miques mon­diales. La part des re­ve­nus du tra­vail dans le PNB mon­dial n’a ja­mais aus­si basse de­puis 50 ans, tan­dis que les groupes tech­no­lo­giques de la Si­li­con Val­ley bé­né­fi­cient du sta­tut de su­per­stars.

Qua­si-mo­no­pole

Et la bourse ne s’y trompe pas. Seule­ment dix so­cié­tés re­pré­sentent près de 53 % de la hausse de 7,0 % du Stan­dard & Poor’s consta­té de­puis le dé­but de l’an­née, alors que la moyenne his­to­rique d’une telle sta­tis­tique n’est que de 45 %, et que 6 des 10 so­cié­tés en ques­tion sont des “tech”, avec le tri­plet des ca­pi­ta­li­sa­tions bour­sières, de leur poids re­la­tif dans l’in­dice Stan­dard & Poor’s et de leur hausse de­puis le 1er jan­vier 2017 in­di­qué entre pa­ren­thèses : Apple (750 B$ ; 3.7 % ; 24 %) Al­pha­bet (582.3 B$ ; 2.9 % ; 7.9 %) Mi­cro­soft (510 B$ ; 2.5 % ; 5.4 %) Ama­zon (450 B$ ; 2.2 % ; 23.8 %) Fa­ce­book (410 B$ ; 2.0 % ; 22.9 %) Oracle (182 B$ ; 0.9 % ; 15.2 %). Et ces so­cié­tés n’ont pas une in­ten­si­té ca­pi­ta­lis­tique éle­vée, comme c’était le cas au­tre­fois des grandes so­cié­tés in­dus­trielles. Alors même que la Si­li­con Val­ley baigne dans la pros­pé­ri­té, le reste de l’éco­no­mie in­dus­trielle a du mal à suivre. Certes, au tra­vers de leurs pla­te­formes, les techs ont dé­li­vré de nou­veaux biens et ser­vices, très ap­pré­ciés des consom­ma­teurs, à des prix très com­pé­ti­tifs. Cette éco­no­mie du low cost, fa­vo­ri­sée par ces bou­le­ver­se­ments tech­no­lo­giques, n’a pas com­pen­sé le dé­clin re­la­tif de la part de l’en­semble des sa­la­riés dans la pros­pé­ri­té gé­né­rale. Même si ces so­cié­tés ne sont pas ju­ri­di­que­ment en si­tua­tion de mo­no­pole, cer­tains de leurs com­por­te­ments y res­semblent. Il n’en de­meure pas moins qu’elles sont pas­sées au tra­vers des gouttes des po­pu­lismes qui s’élèvent contre la mon­dia­li­sa­tion, les fi­nan­ciers et la maind’oeuvre chi­noise. Même si les ef­fets dis­rup­tifs de la tech­no­lo­gie ont pour l’ins­tant échappé à la vi­gi­lance des po­pu­listes, les so­cié­tés qui en sont les fers de lance risquent de rem­pla­cer les sus­pects usuels dans leur vin­dicte.

Même si les ef­fets dis­rup­tifs de la tech­no­lo­gie

ont pour l’ins­tant échappé à la vi­gi­lance des po­pu­listes, les so­cié­tés qui en sont les fers de lance risquent de rem­pla­cer les sus­pects usuels dans leur

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