Le pa­ri ris­qué de Ma­cron sur l’eu­ro

Les mo­di­fi­ca­tions eu­ro­péennes pro­po­sées par Em­ma­nuel Ma­cron peuvent por­ter at­teinte à sa plus im­por­tante ré­forme, celle du mar­ché du tra­vail fran­çais

Le Nouvel Economiste - - La Une - MAR­TIN SANDBU, FT

L’ob­jec­tif pre­mier d’Em­ma­nuel Ma­cron pour son man­dat est as­sez simple: rendre à la France sa gran­deur. Ce qui est évi­dem­ment peu ori­gi­nal, dans la me­sure où tous les pré­si­dents se fixent ce but. Avec M. Ma­cron, la dif­fé­rence concerne son pro­gramme éco­no­mique...

L’ob­jec­tif pre­mier d’Em­ma­nuel Ma­cron pour son man­dat est as­sez simple : rendre à la France sa gran­deur. Ce qui est évi­dem­ment peu ori­gi­nal, dans la me­sure où tous les pré­si­dents se fixent ce but. Avec M. Ma­cron, la dif­fé­rence concerne son pro­gramme éco­no­mique. Pa­ra­doxa­le­ment, il lui donne plus de pro­ba­bi­li­tés de réus­sir que ses pré­dé­ces­seurs mais Un moyen plus simple de sta­bi­li­ser la zone eu­ro se­rait de ré­for­mer le pacte de sta­bi­li­té et de crois­sance pour que les bud­gets na­tio­naux puissent jouer leur rôle de contre-cycle pré­sente aus­si plus de risques d’au­to­des­truc­tion. Au plan in­té­rieur, M. Ma­cron a fait preuve d’un mys­té­rieux ta­lent pour sur­mon­ter ce qui en France est un com­pro­mis entre ef­fi­ca­ci­té et so­li­da­ri­té na­tio­nale, no­tion qui ob­sède l’éla­bo­ra­tion des po­li­tiques éco­no­miques fran­çaises. Il fait le pa­ri – et, en­core plus im­por­tant, il le dit clai­re­ment – que re­mettre en marche l’éco­no­mie fran­çaise peut la rendre plus (et non moins) pro­tec­trice pour le simple ci­toyen. D’où sa dé­marche, quand il fut mi­nistre de l’Éco­no­mie, pour abo­lir les bar­rières ré­gle­men­taires du Code du tra­vail qui pro­tègent ceux qui ont un em­ploi mais re­lègue tou­jours plus de Fran­çais dans le tra­vail pré­caire, ou pas de tra­vail du tout. D’où, aus­si, l’ac­cé­lé­ra­tion de la dé­ré­gle­men­ta­tion du mar­ché du tra­vail ins­crite à l’agen­da de la pre­mière an­née de man­dat de M. Ma­cron. Ces plans sont justes, la vo­lon­té semble forte, et si lui et son gou­ver­ne­ment réus­sissent à faire pas­ser les ré­formes en­vi­sa­gées, les re­tom­bées éco­no­miques se­ront im­por­tantes – et ren­for­ce­ront l’in­fluence de la France en Eu­rope et dans le monde. Mais un autre vo­let de son pro­gramme me­nace de com­pro­mettre sa pro­messe d’une France re­vi­go­rée. M. Ma­cron a pré­sen­té un pro­gramme ré­so­lu­ment pro-eu­ro­péen, plus que tout autre di­ri­geant du conti­nent. C’est l’une des grandes ex­pli­ca­tions à sa vic­toire et à l’eu­pho­rie que son élec­tion a dé­clen­chée au-de­là des fron­tières fran­çaises.

L’union bud­gé­taire, un mau­vais plan

Il a là, avant tout, un ca­pi­tal po­li­tique pour son am­bi­tion pour l’UE et la zone eu­ro. Les buts qu’il va pour­suivre au­ront des consé­quences, bonnes ou mau­vaises. Pour com­men­cer, le pré­sident a adop­té une vi­sion conven­tion­nelle de l’eu­ro : l’idée que son “ar­chi­tec­ture” est in­com­plète et que la mon­naie unique dys­fonc­tion­ne­ra sans une forme d’union bud­gé­taire. Dans le pro­gramme de M. Ma­cron, cette vue des choses se concré­tise par un ap­pel à un bud­get eu­ro­péen pour la zone eu­ro et à des struc­tures de gou­ver­nance pour le su­per­vi­ser. L’in­ter­pré­ta­tion cou­rante est qu’il s’agit d’une stra­té­gie ‘quid pro quo’, don­nant-don­nant, pour res­tau­rer le sta­tut de la France aux yeux des Al­le­mands, en res­pec­tant en­fin les li­mites de dé­fi­cit bud­gé­taire de la zone eu­ro – “mon­trer que la France peut faire ses de­voirs” – après quoi Ber­lin pour­ra être ca­jo­lé jus­qu’à ac­cep­ter un bud­get com­mun. C’est un mau­vais plan, pour l’Eu­rope et sur­tout pour la France. D’abord, il n’est pas cer­tain qu’un bud­get de la zone eu­ro rem­plisse les fonc­tions qu’on at­tend de lui. L’es­poir est qu’il puisse agir comme fac­teur de sta­bi­li­té et ren­voie dans le pas­sé les coûts ter­ribles qu’a eus l’aus­té­ri­té ma­croé­co­no­mique. Mais une sta­bi­li­sa­tion vrai­ment si­gni­fi­ca­tive né­ces­site un bud­get beau­coup plus consé­quent, que même les fé­dé­ra­listes eu­ro­péens les plus convain­cus n’ap­puie­ront pas. Les gou­ver­ne­ments de chaque pays font tam­pon aux cycles éco­no­miques, mais par des bud­gets qui re­pré­sentent de 40 à 50 % du pro­duit na­tio­nal. Le bud­get fé­dé­ral amé­ri­cain, beau­coup plus mo­deste, ap­porte beau­coup moins de sta­bi­li­té entre les ré­gions amé­ri­caines qu’on ne le croit sou­vent. Deuxiè­me­ment, en quoi la France bé­né­fi­cie­rait-elle d’un bud­get pour la zone eu­ro ? La France fi­gure tra­di­tion­nel­le­ment en mi­lieu de pe­lo­ton en ma­croé­co­no­mie eu­ro­péenne. Elle se com­porte plu­tôt comme l’agré­gat de l’union mo­né­taire. Par consé­quent, il est peu pro­bable qu’elle par­ti­cipe à l’“as­su­rance-sta­bi­li­té” d’un éven­tuel bud­get de la zone eu­ro. Troi­siè­me­ment, mi­li­ter pour un bud­get com­mun pour la zone eu­ro pré­sente un coût d’op­por­tu­ni­tés éle­vé. L’éner­gie po­li­tique in­suf­flée dans l’ob­ten­tion d’une po­li­tique in­ef­fi­cace obli­ge­ra à s’écar­ter d’au­tant d’al­ter­na­tives plus ef­fi­caces. Un moyen plus simple de sta­bi­li­ser la zone eu­ro se­rait de ré­for­mer le pacte de sta­bi­li­té et de crois­sance pour que les bud­gets na­tio­naux puissent jouer leur rôle de contre­cycle. Pa­ral­lè­le­ment, une in­té­gra­tion éco­no­mique plus pro­fonde peut être re­cher­chée de fa­çon bi­la­té­rale avec l’Al­le­magne ; les conseillers ont dé­jà pro­duit une feuille de route. L’His­toire et la lo­gique po­li­tique montrent qu’avec le temps, d’autres pays leur em­boî­te­ront le pas, vo­lon­tai­re­ment.

Risque d’af­fai­blis­se­ment de la po­li­tique in­té­rieure

Si M. Ma­cron et son gou­ver­ne­ment voient une dis­ci­pline bud­gé­taire im­po­sée im­mé­dia­te­ment à la France comme le prix à payer pour l’in­té­gra­tion bud­gé­taire en Eu­rope, ce prix est trop éle­vé. Du­rant la cam­pagne, M. Ma­cron s’est at­ti­ré des cri­tiques pour pré­sen­ter comme ur­gente la ré­duc­tion du dé­fi­cit bud­gé­taire fran­çais sous la barre des 3 % fixée par l’Eu­rope. Tout ce qui peut dé­vier la tra­jec­toire bud­gé­taire né­ces­site un res­ser­re­ment bud­gé­taire qui va peser sur la crois­sance. Et c’est ce qui semble se pas­ser. Les consé­quences pré­vi­sibles des tours de passe-passe comp­tables des pré­cé­dents bud­gets, ain­si que les sur­prises peu agréables dé­cou­vertes dans les der­nières pré­vi­sions, font pen­ser que l’en­ga­ge­ment à la dis­ci­pline bud­gé­taire ne peut être te­nu que par une po­li­tique de contrac­tion bud­gé­taire. Ce qui ra­len­ti­rait la crois­sance juste au mo­ment où elle est le plus né­ces­saire. Les grandes ré­formes du tra­vail ren­con­tre­ront tou­jours la ré­sis­tance des plus grands bé­né­fi­ciaires du sys­tème ac­tuel. Le suc­cès re­pose sur une dé­mons­tra­tion ra­pide, celle d’une courbe des créa­tions d’em­plois en hausse, puisque c’est le but des ré­formes. Ce­la ne peut se pro­duire que si la de­mande na­tio­nale est suf­fi­sam­ment forte pour que les em­ployeurs adoptent les nou­velles in­ci­ta­tions à em­bau­cher. M. Ma­cron ne doit pas ris­quer d’af­fai­blir ses ré­formes par ses ini­tia­tives eu­ro­péennes. Une France pros­père se­ra forte en Eu­rope, avec ou sans dis­ci­pline bud­gé­taire. Mais une pro­messe éco­no­mique in­té­rieure com­pro­mise par des dis­trac­tions eu­ro­péennes si­gne­ra l’échec de la France, en France et à l’étran­ger.

M. Ma­cron ne doit pas ris­quer d’af­fai­blir ses ré­formes par ses ini­tia­tives eu­ro­péennes. Une France pros­père se­ra forte en Eu­rope, avec ou sans dis­ci­pline bud­gé­taire. Mais une pro­messe éco­no­mique in­té­rieure com­pro­mise par des dis­trac­tions eu­ro­péennes si­gne­ra l’échec de la France, en France et à l’étran­ger

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