SALLY YATES, LA JUGE QUI A DÉFIÉ DO­NALD TRUMP

Sally Yates est de­ve­nue l’hé­roïne de mil­lions d’Amé­ri­cains de­puis le jour où elle a été li­mo­gée pour s’être op­po­sée au “tra­vel ban” de Do­nald Trump.p Au­tour de platsp du sud des États-Unis, l’an­cienne di­rec­trice du dé­par­te­ment amé­ri­cain de la Jus­tice ra­co

Le Nouvel Economiste - - La Une - KARA SCANNELL, FT

Dans un coin d’un pe­tit res­tau­rant qui s’ap­pro­vi­sionne di­rec­te­ment chez les pro­duc­teurs, dans le quar­tier des an­ciens abat­toirs d’At­lan­ta, Sally Yates, ex “US at­tor­ney ge­ne­ral” (pro­cu­reur gé­né­ral) des États-Unis, li­mo­gée pour avoir eu l’au­dace de s’op­po­ser à Do­nald Trump, em­pile des lé­gumes sur mon as­siette, as­sor­tis d’une cuille­rée de son charme de femme du sud.

“Lais­sez-moi vous prendre un… pre­nez une four­chette. On va les mettre tout sim­ple­ment sur une as­siette. Al­lez, fai­sons une as­siette vé­gé­ta­rienne pour vous, si ce­la ne vous dé­range pas ?” Elle a dé­jà pris ma four­chette et trans­fère de son as­siette à la mienne des por­tions de suc­co­tash [plat du sud des États-Unis à base de ha­ri­cots de Li­ma et de maïs, ndt], de gom­bo frit et de pri­meurs. “Vous vous êtes bien dé­pla­cée pour ve­nir dans ma ville na­tale, je vais m’as­su­rer que vous al­lez bien man­ger” dit-elle pour cou­vrir mes

pro­tes­ta­tions. Sally Yates, qui fut pro­cu­reure gé­né­rale ad­jointe de Ba­rack Oba­ma, a pris les fonc­tions de di­rec­trice par in­té­rim du dé­par­te­ment amé­ri­cain de la Jus­tice le 20 jan­vier, jour de l’in­ves­ti­ture de Do­nald Trump. Elle a exer­cé seule­ment dix jours avant de perdre son poste pour avoir re­fu­sé d’en­té­ri­ner le “tra­vel ban” [in­ter­dic­tion d’en­trer

sur le ter­ri­toire, ndt] contro­ver­sé, l’or­don­nance pré­si­den­tielle qui in­ter­di­sait l’ac­cès aux ÉtatsU­nis aux res­sor­tis­sants de sept pays ma­jo­ri­tai­re­ment mu­sul­mans. La Mai­son-Blanche a qua­li­fié sa dé­ci­sion de “tra­hi­son”. Sally Yates était en route pour At­lan­ta où elle de­vait as­sis­ter à un ga­la de cha­ri­té le ven­dre­di 27 jan­vier quand elle a ap­pris l’exis­tence de l’or­don­nance, pu­bliée sans concer­ta­tion préa­lable avec elle ou les fonc­tion­naires de la pro­tec­tion du ter­ri­toire. Du­rant le week-end, elle s’est tor­tu­rée sur la dé­ci­sion à prendre. Le lun­di, elle a de­man­dé aux em­ployés du dé­par­te­ment de la Jus­tice de ne pas dé­fendre l’or­don­nance car elle n’était pas convain­cue qu’elle soit “lé­gale”. Vers 21 heures, Sally Yates était tou­jours dans son bu­reau quand elle a en­ten­du frap­per à la porte, puis un si­lence ré­vé­la­teur. “Si ce­la avait été juste mon as­sis­tant, il au­rait frap­pé tout en ou­vrant la porte mais on a frap­pé sans que la porte s’ouvre. C’est dif­fé­rent. Là, j’ai eu un pres­sen­ti­ment…” Elle s’est vue re­mettre une lettre du pré­sident, l’in­for­mant de son li­cen­cie­ment.

Sally Yates, une hé­roïne des li­bé­raux

En une nuit, Sally Yates a été ca­ta­pul­tée sous les feux de la rampe. Pour les li­bé­raux amé­ri­cains, c’est une hé­roïne. Elle a été inon­dée à son adresse per­son­nelle de lettres, de jeunes femmes, d’im­mi­grés et de tous ceux qui sou­hai­taient lui ex­pri­mer leur gra­ti­tude. Au­jourd’hui, elle se trouve à la confor­table dis­tance de 965 km de Wa­shing­ton. Elle est re­ve­nue chez elle à At­lan­ta, la ville où elle a com­men­cé sa car­rière, longue de vingt-sept ans, au dé­par­te­ment amé­ri­cain de la Jus­tice. Sally Yates se glisse dans le res­tau­rant Miller Union à 12h29 et semble dé­çue de me voir dé­jà as­sise à une table dans un coin. Elle a une mi­nute d’avance mais m’ex­plique qu’elle n’aime pas être en re­tard car ce­la se­rait le signe que son temps est plus im­por­tant que ce­lui de n’im­porte qui. Dans un cor­sage noir sans manches et des pan­ta­lons cou­leur mou­tarde, elle a un vi­sage dé­ten­du et le teint lé­gè­re­ment rose de celle qui a fait un jog­ging ce ma­tin. Je re­marque que les yeux, à une table proche, suivent ses mou­ve­ments. “C’est étrange, de­puis que je ne suis plus à ce poste, les gens qui me re­con­naissent sont plus nom­breux que quand j’avais ce job” avoue-t-elle avec son doux ac­cent du Sud. “Par­fois, je suis à la salle de sport. Je n’ai pas la­vé mes che­veux de­puis quelques jours, pas de ma­quillage ni rien, et quel­qu’un s’ap­proche et veut faire un sel­fie et je suis as­sez va­ni­teuse pour pen­ser ‘oh mon dieu, je dé­teste l’idée que cette pho­to va être pu­bliée.’ Mais je re­fuse aus­si de com­men­cer à me ma­quiller pour al­ler faire du sport” pré­cise-t-elle en riant.

Il y a eu aus­si des mo­ments plus poi­gnants : voi­ci quelques se­maines, une fa­mille d’im­mi­grés s’est ap­pro­chée d’elle dans un res­tau­rant pour lui dire ce que sa dé­ci­sion avait re­pré­sen­té pour eux. “Quand les gens vous re­gardent vrai­ment dans les yeux et vous parlent et vous re­mer­cient… on ne peut pas s’em­pê­cher d’être émue” dit-elle. “Je re­con­nais que tout le monde ne par­tage pas ces sen­ti­ments, mais, heu­reu­se­ment, les autres gens ont ten­dance à ne pas s’ap­pro­cher de moi et à ne rien me dire.” Nous évo­quons le tour­billon de ces jour­nées, à la fin du mois de jan­vier. La veille de l’an­nonce du “tra­vel ban”, Sally Yates avait ren­con­tré le conseiller ju­ri­dique de la Mai­son-Blanche, Don McGahn, pour l’aver­tir que le conseiller à la sé­cu­ri­té in­té­rieure de Do­nald Trump, Mi­chael Flynn, avait peut-être été vic­time d’un chan­tage de la part de la Rus­sie, se­lon une conver­sa­tion qu’il avait eue avec l’am­bas­sa­deur so­vié­tique en dé­cembre. Peu après, Mi­chael Flynn a été contraint de dé­mis­sion­ner. “Dans le brouillard. Ces quinze jours se sont pas­sés dans le brouillard” dit-elle. “Nous n’avons même pas man­gé à mi­di du­rant cette pé­riode parce qu’il y avait cette af­faire Mike Flynn à gé­rer. J’étais as­sise dans le bu­reau de Don McGahn ce ven­dre­di après­mi­di. J’ai été un peu sur­prise que per­sonne ne me parle du ‘tra­vel ban’ alors que j’étais as­sise là, à la Mai­son blanche, dans le bu­reau du conseiller ju­ri­dique de la Mai­son-Blanche” se sou­vient-elle. Sally Yates sa­vait que dé­fier l’ordre fron­ta­le­ment était ris­qué. “Je ne suis pas stu­pide. J’ai com­pris qu’il y avait une forte pro­ba­bi­li­té” d’être ren­voyée,

dit-elle. Mais “com­prendre ce­la in­tel­lec­tuel­le­ment et en­cais­ser émo­tion­nel­le­ment sont deux choses très dif­fé­rentes… C’est tou­jours comme re­ce­voir un coup de poing dans l’es­to­mac.” Ses yeux brillent lors­qu’elle évoque ce mo­ment. “Je suis tou­jours en paix avec la dé­ci­sion que j’ai prise mais je ne vou­lais pas être vi­rée. Ce n’est pas comme ça que je vou­lais par­tir après vingt-sept ans de ser­vice…”

Mus­lim ban, in­cons­ti­tu­tion­nel

L’or­don­nance de Do­nald Trump avait été prise sous les aus­pices de la Sé­cu­ri­té na­tio­nale, mais à de nom­breuses re­prises lors de sa cam­pagne, il avait évo­qué la pos­si­bi­li­té d’un “Mus­lim ban” [une in­ter­dic­tion d’en­trer sur le ter­ri­toire pour les mu­sul­mans, ndt]. Sally Yates dé­cou­vrit qu’elle ne pou­vait pas faire co­ha­bi­ter les deux concepts.

“J’en suis ar­ri­vée à la conclu­sion qu’il n’était pas

vrai de dire que ce­la n’avait rien à voir avec la re­li­gion” dit-elle. “Notre consti­tu­tion ne nous au­to­rise pas à don­ner un pré­texte pour quelque chose pour en­suite avoir une rai­son non consti­tu­tion­nelle d’exer­cer une dis­cri­mi­na­tion sur le fon­de­ment de la race ou de la re­li­gion. C’est au coeur d’un prin­cipe fon­da­teur” ex­plique-t-elle. Au lieu de dé­mis­sion­ner, Sally Yates a sen­ti qu’elle de­vait s’op­po­ser pu­bli­que­ment à l’or­don­nance. “Si j’avais juste dé­mis­sion­né, j’au­rais pro­té­gé mon in­té­gri­té per­son­nelle. Mais ce­la m’a sem­blé une porte de sor­tie fa­cile, parce que ce­la ne pré­ser­vait pas l’in­té­gri­té du dé­par­te­ment de la Jus­tice. J’au­rais eu l’im­pres­sion de ne pas avoir fait mon tra­vail… Ce­la me pa­rais­sait une fa­çon lâche d’af­fron­ter ça.” Le ser­veur s’at­tarde près de notre table pour la se­conde fois. Nous n’avons même pas en­core consul­té le me­nu. Sally Yates com­mande du thé gla­cé non su­cré, la bois­son em­blé­ma­tique du sud des États-Unis. Mes yeux brillent en dé­cou­vrant au me­nu un sand­wich au pois­son-chat frit.

“Vrai­ment ?” de­mande Sally Yates. “Vous avez plus de cran que moi. Même moi, je ne mange pas de pois­son-chat.” Elle choi­sit l’as­siette de lé­gumes de sai­son, un dé­li­cieux clas­sique du Sud. “Vous de­vriez es­sayer quelque chose qui soit la quin­tes­sence du Sud” in­siste-t-elle. Nous ajou­tons donc du maïs, et des “hush pup­pies” aux écha­lotes, bou­lettes frites avec des pi­ments fu­més et une sauce à l’aïo­li. “Si vous ten­tez le pois­son-chat, vous pou­vez aus­si ris­quer le hush pup­py.” La com­mande étant pas­sée, je peux lui de­man­der com­ment elle a pris sa dé­ci­sion, sa­chant le

tol­lé qu’elle al­lait pro­vo­quer. “L’une des choses qui m’a gui­dée est la dif­fé­rence qui existe entre le dé­par­te­ment de la Jus­tice et un ca­bi­net d’avo­cats”

com­mence-t-elle. “Je sais que ça sonne ba­nal et pré­ten­tieux mais au dé­par­te­ment de la Jus­tice, vous re­pré­sen­tez les ci­toyens des États-Unis et les ci­toyens de votre pays qui vous confient l’ad­mi­nis­tra­tion de la jus­tice. Votre tra­vail n’est pas de ga­gner. C’est de rendre la jus­tice.”

Une li­gnée de ma­gis­trats

Sally Yates est né dans une fa­mille de ma­gis­trats. Son grand-père et son père étaient juges. Sa grand-mère fut l’une des pre­mières femmes en Géor­gie à pas­ser l’exa­men du bar­reau, mais parce qu’il n’était à l’époque pas conce­vable pour une femme d’exer­cer comme avo­cate, elle di­ri­gea le ca­bi­net ju­ri­dique fa­mi­lial. “Elle était brillan­tis­sime, juste in­croyable. J’ai­me­rais qu’elle soit en­core là pour avoir la pos­si­bi­li­té de vivre un peu de ça.” Quand elle dé­crit son mi­lieu fa­mi­lial comme un mi­lieu de ju­ristes “ra­soir”, je lui fais re­mar­quer que sa soeur, une ani­ma­trice de ra­dio conser­va­trice, ne semble pas sor­tir du même moule.

“Alors vous avez dé­cou­vert ça ?” ré­pond-elle en

riant. “Évi­dem­ment, nous avons des opi­nions­difç fé­rentes.” Les deux soeurs ont dé­ci­dé il y a long­temps de ne ja­mais par­ler po­li­tique. Les hush pup­pies ar­rivent et nous cou­pons une bou­lette chaude d’où s’échappe un fu­met d’oi­gnon et de maïs. Sally Yates a gran­di en Géor­gie et a fré­quen­té l’uni­ver­si­té de l’État. Après un di­plôme de jour­na­lisme, elle a fi­ni par re­joindre un vé­né­rable ca­bi­net ju­ri­dique d’At­lan­ta, King & Spal­ding. L’af­faire la plus for­ma­trice pour elle fut son pre­mier pro­cès dans les an­nées 1980 dans le com­té ru­ral de Bar­row en Géor­gie, dans le tri­bu­nal même où son père et son grand-père avaient exer­cé comme juge. Elle re­pré­sen­tait une femme afro-amé­ri­caine de 93 ans dans un li­tige fon­cier avec un pro­mo­teur voi­sin. Sa cliente se mé­fiait tel­le­ment de la jus­tice qu’elle por­tait son titre de pro­prié­té sous sa robe quand elle tra­vaillait aux champs. Le juge, le ju­ry, et l’avo­cat de la par­tie ad­verse étaient tous blancs. “Je n’ou­blie­rai ja­mais l’ex­pres­sion du vi­sage de mes clients quand ils ont dé­cou­vert ce ju­ry tout blanc. Mais les ju­rés sont re­ve­nus de dé­li­bé­ra­tion et ont dit : ‘ce ter­rain est à vous’” se sou­vient-elle. “Ce­la a mar­ché comme c’était cen­sé mar­cher, dans une ville et un en­droit où on au­rait pu pen­ser que ce ne se­rait pas le cas. Je pense que c’est l’af­faire la plus im­por­tante que j’ai ja­mais dé­fen­due.” Sally Yates s’est en­suite fait un nom à At­lan­ta en pour­sui­vant un an­cien maire cor­rom­pu et en en­ga­geant les pour­suites contre Eric Ru­dolph pour un at­ten­tat à la bombe dans le Cen­te­nial Park d’At­lan­ta du­rant les Jeux olym­piques de 1996. En­suite, son as­cen­sion a été ra­pide. En 2009, Oba­ma l’a nom­mé pro­cu­reure du dis­trict Nord de Géor­gie. Six ans plus tard, elle était ap­pe­lée à Wa­shing­ton pour ser­vir en tant que pro­cu­reure gé­né­rale des États-Unis.

Won­der Wo­man

Nos en­trées ar­rivent. Le pois­son-chat frit est glis­sé dans un pe­tit pain et ser­vi avec de la sauce tar­tare et une poi­gnée de frites. Le tout est cro­quant et ab­so­lu­ment pas hui­leux. L’as­siette de lé­gumes est co­lo­rée et at­ti­rante. Je suis va­gue­ment ja­louse mais pas long­temps, car Sally Yates com­mence à rem­plir mon as­siette. “OK, il faut que vous man­giez ça. Ces to­mates sont fan­tas­tiques” dit-elle en em­pi­lant des to­mates brunes d’une an­cienne va­rié­té sur mon as­siette. “Êtes-vous au­to­ri­sée à man­ger dans l’as­siette de quel­qu’un d’autre du­rant cette in­ter­view ?” Nous dé­jeu­nons en­semble le jour où des cour­riels de Do­nald Trump Jr viennent d’être ren­dus pu­blics. Ils confirment qu’il s’est ren­du à une réunion avec l’an­cien di­rec­teur de cam­pagne de Do­nald Trump, Paul Ma­na­fort, et Ja­red Ku­sh­ner, gendre et proche conseiller du pré­sident. Ils ont ren­con­tré un avo­cat russe qui pré­ten­dait avoir des in­for­ma­tions com­pro­met­tantes sur Hilla­ry Clin­ton. Je note le pa­ral­lèle entre la ré­vé­la­tion tar­dive de cette ren­contre et les si­lences de Mi­chael Flynn sur sa ren­contre avec l’am­bas­sa­deur russe. Sally Yates a été au­di­tion­née par le Con­grès en mai der­nier sur l’af­faire Mi­chael Flynn et le “tra­vel ban”. Elle a dé­cla­ré à l’as­sem­blée que “ça ne fe­rait pas de mal de pour­suivre en jus­tice quelques per­sonnes” ayant trem­pé dans les ma­noeuvres russes, du­rant les élec­tions. Le cé­lèbre hu­mo­riste Ste­phen Col­bert a alors twee­té : “‘Won­der Wo­man’ sort le 2 juin. Mais si vous vou­lez as­sis­ter à une avant-pre­mière, re­gar­dez la per­for­mance de Sally Yates de­vant le Sé­nat.” “Hon­nê­te­ment, je n’en sa­vais pas plus que ce que l’on di­sait aux ac­tua­li­tés” ré­pond Sally Yates. “Mais pour moi, c’est pour cette rai­son qu’avoir Bob Muel­ler [conseiller spé­cial pour l’en­quête sur la Rus­sie, ndt] à bord pour conduire une en­quête ap­pro­fon­die est si im­por­tant. Mais les gens doivent vrai­ment com­prendre ce­pen­dant que tout ce que Bob cherche, c’est s’il y a une preuve d’un dé­lit com­mis, dans l’op­tique d’un im­peach­ment ou d’une in­cul­pa­tion. Il n’ira pas plus loin parce que ce n’est pas vrai­ment la mis­sion du dé­par­te­ment de la Jus­tice. J’ai toute confiance en Bob. De toute évi­dence, il a du pain sur la planche en ce mo­ment.”

Et main­te­nant ?

Yates est par exemple pas­sion­née par la ré­forme du sys­tème car­cé­ral en in­ves­tis­sant dans des pro­grammes édu­ca­tifs pour les dé­te­nus, pour qu’ils aient des pos­si­bi­li­tés de re­clas­se­ment à leur li­bé­ra­tion. Quand elle était pro­cu­reure gé­né­rale ad­jointe, les États-Unis ont lan­cé un pro­gramme pi­lote pour per­mettre aux dé­te­nus de suivre des cours sur des iPads spé­cia­le­ment confi­gu­rés, mais elle doute que le pro­gramme se­ra main­te­nu sous l’ac­tuel pro­cu­reur gé­né­ral, Jeff Ses­sions. Ce­lui-ci a pris des me­sures pour an­nu­ler les po­li­tiques de l’ère Oba­ma en de­man­dant aux juges d’être plus sé­vères et de re­qué­rir les peines les plus lourdes dans les af­faires de stu­pé­fiants. Le ser­veur dé­bar­rasse nos as­siettes et nous tente avec des des­serts : la spé­cia­li­té du res­tau­rant est un sand­wich à la glace fait mai­son, en trois par­fums, cho­co­lat, maïs su­cré et ca­ra­mel. Sally Yates pro­pose d’en par­ta­ger un. Je choi­sis le par­fum ca­ra­mel. Quand le sand­wich à la glace ar­rive, Sally Yates le coupe en deux. Le des­sert a l’air d’une gour­man­dise tra­di­tion­nelle pour en­fants mais son goût est riche et so­phis­ti­qué. Je le dé­vore alors que Sally Yates prend juste quelques pe­tites bou­chées.

Une res­pon­sa­bi­li­té nou­velle

Elle a ré­cem­ment ou­vert un compte Twit­ter mais n’a pas l’in­ten­tion de s’en ser­vir comme mé­ga­phone. “Je ne vais pas me mettre à par­ler à

voix haute sur Twit­ter” dit-elle. Quoi qu’il en soit, les lettres d’im­mi­grés, de fa­milles et de jeunes femmes ont pro­vo­qué un ré­veil en elle, di­telle. Elle garde près de son lit une lettre d’une fa­mille de l’Ore­gon, avec une pho­to de leur fils de deux ans à l’aé­ro­port, por­tant une pan­carte

“Bien­ve­nue aux im­mi­grés et aux ré­fu­giés.” “Je res­sens une vé­ri­table res­pon­sa­bi­li­té main­te­nant, que je n’avais ja­mais vrai­ment éprou­vée.” Com­ment a-t-elle ré­pon­du aux lettres des jeunes filles ? “Ça me fait bi­zarre de par­ler de tout ça” di­telle. “Il y a tou­jours eu cet équi­libre fra­gile entre s’im­po­ser mais sans être agres­sive, parce que vous n’étiez pas vrai­ment ac­cep­tée quand vous étiez une femme qu’on ju­geait trop agres­sive. Je n’ai pas l’im­pres­sion que les jeunes femmes d’au­jourd’hui doivent s’en pré­oc­cu­per au­tant que nous quand je fai­sais car­rière. C’est vrai­ment une bonne chose.” Cette pen­sée la ra­mène à la Marche des femmes or­ga­ni­sée pour pro­tes­ter contre le nou­veau pré­sident en jan­vier der­nier. Elle fai­sait ses courses dans un ma­ga­sin Whole Foods de Wa­shing­ton DC quand le ma­ga­sin s’est sou­dain rem­pli de ma­ni­fes­tantes. “Je me suis juste te­nue contre les sur­ge­lés et j’ai re­gar­dé ces jeunes femmes qui por­taient des pan­cartes. Elles étaient tel­le­ment bien dans leur peau, elles étaient tel­le­ment à l’aise, elles avaient une opi­nion et elles l’ex­pri­maient, et elles n’étaient pas le moins du monde in­ti­mi­dées. Et j’ai pen­sé, c’est gé­nial, c’est comme ça que ça doit être. Alors, peut-être que nous sommes dans une époque où les femmes sont en train de trou­ver leur voix.”

Miller Union 999 Bra­dy Ave, At­lan­ta, Geor­gia, US

Thé gla­cé x 2 $5 Hush pup­pies $7 As­siette de lé­gumes $15 Sand­wich au pois­son-chat $14 Sand­wich à la glace $6

To­tal (ser­vice com­pris) $51.18

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