Grande dis­tri­bu­tion et res­tau­ra­tion col­lec­tive

Le Nouvel Economiste - - Analyses - “Une bonne par­tie du monde in­dus­triel et de la dis­tri­bu­tion pense

Ce­la dit, des pro­jets concrets existent. Une par­tie de l’ef­fet de re­lance peut ve­nir de la grande dis­tri­bu­tion ou de la res­tau­ra­tion col­lec­tive. Les col­lec­ti­vi­tés jouent le jeu en met­tant des pro­duits lo­caux dans le ca­hier des charges de la res­tau­ra­tion sco­laire ou col­lec­tive. Les in­dus­triels et la grande dis­tri­bu­tion surfent sur cette vague. La chambre d’agriculture s’af­firme sur le point de conclure un ac­cord avec Elior, le géant Fran­çais de la res­tau­ra­tion col­lec­tive, in­té­res­sé par des ap­pro­vi­sion­ne­ments en lé­gumes avec à la clé des vo­lumes consi­dé­rables. Mais il y a des condi­tions. Les agri­cul­teurs craignent la ver­sa­ti­li­té de ces grands clients. d’abord à s’ache­ter à peu de frais une image de proxi­mi­té avec l’agriculture, en conti­nuant à jour les francs ti­reurs sur le plan éco­no­mique” re­grette Ch­ris­tophe Hillai­ret. L’idée est de sé­den­ta­ri­ser ces par­te­naires dont la na­ture de com­mer­çant les porte à chan­ger de par­te­naire au gré de l’hu­meur des prix. “Nous de­man­dons un co-in­ves­tis­se­ment dans les ou­tils de trans­for­ma­tion, ex­plique- t- il. Nous ne vou­lons plus ces ache­teurs po­ten­tiels comme simples clients ou consom­ma­teurs” ajoute-t-il, en poin­tant les en­jeux fi­nan­ciers. Une lé­gu­me­rie, pour la­ver, éplu­cher et tran­cher les lé­gumes, re­pré­sente par exemple un in­ves­tis­se­ment de 6 à 7 mil­lions d’eu­ros.

Pas d’inversion de ten­dance

Il reste peu pro­bable ce­pen­dant que ces ini­tia­tives, même si­gni­fi­ca­tives, suf­fisent à ren­ver­ser, ou même à frei­ner si­gni­fi­ca­ti­ve­ment la ten­dance his­to­rique à la ré­duc­tion des sur­faces agri­coles de la my­thique cein­ture ma­raî­chère. La ré­gion at­tend un mil­lion d’ha­bi­tants sup­plé­men­taires dans les quinze pro­chaines an­nées, pour 12 mil­lions ac­tuel­le­ment. Le cal­cul fi­nan­cier pur et dur, hors ef­fets se­con­daires de la dis­pa­ri­tion de l’agriculture, de­meure en fa­veur de l’ur­ba­ni­sa­tion : il res­te­ra cer­tai­ne­ment plus ren­table de lo­ger, dis­traire, ac­cueillir au tra­vail ces nou­veaux ci­toyens, que de les nour­rir avec de l’agriculture de proxi­mi­té. Les an­ti­ci­pa­tions des ac­teurs concer­nés vont en tout cas clai­re­ment dans ce sens. “La plu­part des ma­raî­chers fonc­tionnent au­jourd’hui sans baux, in­dique Ch­ris­tophe Hillai­ret. Parce que les pro­prié­taires, s’ils mettent à dis­po­si­tion leurs terres, re­fusent de les mettre à bail, pour ne pas se re­trou­ver blo­qués si une op­por­tu­ni­té gé­né­rée par une opé­ra­tion d’ur­ba­ni­sa­tion se pré­sente.” Les très grands pro­jets d’urbanisme, avec leur pro­messe d’un re­tour sur in­ves­tis­se­ment ra­pide pour leurs pro­mo­teurs et de créa­tion de res­sources fis­cales et d’em­ploi pour ceux qui les ac­cueillent sur leur ter­ri­toire, sont très dif­fi­ciles à contrer. Ou bien avec des vic­toires sym­bo­liques comme celle – l’avis né­ga­tif d’une en­quête pu­blique – que viennent d’ob­te­nir les as­so­cia­tions face au mé­ga-pro­jet d’Eu­ro­pa­ci­ty, dans le tri­angle de Go­nesse, qui fe­rait dis­pa­raître 80 hec­tares de terres culti­vables.

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