DÉ­SASTRE DÉMOGRAPHIQUE

La “dés­in­dus­tria­li­sa­tion pré­ma­tu­rée” due à la ro­bo­tique risque de mettre fin au “di­vi­dende démographique” vi­tal des pays en dé­ve­lop­pe­ment

Le Nouvel Economiste - - La Une - KIRAN STACEY NEW DELHI À ET ANNA NICOLAOU AT­LAN­TA, FT À

Vê­tue d’un sa­ri vio­let et do­ré, Kiran Ku­ma­ri est as­sise der­rière sa ma­chine à coudre Bro­ther, sur le sol d’une vaste usine, en­tou­rée de di­zaines de pe­tites mains. D’un grand geste ha­bile, elle sai­sit un mor­ceau de tis­su du tas à cô­té d’elle, place une pièce blanche au-des­sus et les fait ra­pi­de­ment pas­ser tous les deux sous l’ai­guille. Il s’agit d’un des 400 cols que Mme Ku­ma­ri cou­dra sur des vê­te­ments Ralph Lau­ren au cours de son ser­vice de huit heures, à rai­son de quelques mi­nutes par pièce, le tout pour un sa­laire men­suel d’en­vi­ron 100 dol­lars. Elle et les 4 800 autres em­ployés que comptent les trois usines de Ma­trix Clo­thing au sud de Delhi forment une in­fime par­tie de l’abon­dante main-d’oeuvre peu coû­teuse sur la­quelle de nom­breux pays en dé­ve­lop­pe­ment fondent leurs es­poirs de pros­pé­ri­té. Ce­la vaut par­ti­cu­liè­re­ment en Asie du Sud, où la po­pu­la­tion s’ac­croît ra­pi­de­ment et les sa­laires res­tent faibles. La Banque mon­diale es­time qu’à elle seule, cette ré­gion fe­ra en­trer 1 à 1,2 mil­lion de per­sonnes sur le mar­ché du tra­vail chaque mois au cours des deux pro­chaines dé­cen­nies, soit 240 mil­lions de per­sonnes. Pour­tant,, à 13 000 ki­lo­mètres de là,, dans la ville d’At­lan­ta (États-Unis), une en­tre­prise de ro­bo­tique planche sur la concep­tion d’une ma­chine qui pour­rait faire perdre son tra­vail à Mme Ku­ma­ri : la tech­no­lo­gie Sew­bot, dé­ve­lop­pée par Soft­wear Au­to­ma­tion, vise à au­to­ma­ti­ser l’en­semble du pro­ces­sus de fa­bri­ca­tion de vê­te­ments. Plu­sieurs an­nées se­ront en­core né­ces­saires pour que la tech­no­lo­gie de­vienne bon mar­ché et as­sez fiable pour rem­pla­cer les hu­mains. Mme Ku­ma­ri, par exemple, gagne en­vi­ron 1 200 dol­lars par an, et si la so­cié­té à l’ori­gine de Sew­bot ne four­nit pas d’in­di­ca­tions re­la­tives à son coût, des sources du sec­teur parlent de cen­taines de mil­liers de dol­lars. Tou­te­fois, au vu de l’in­ten­si­fi­ca­tion de l’au­to­ma­ti­sa­tion au sein des in­dus­tries tra­di­tion­nelles, les ex­perts aver­tissent que ce n’est qu’une ques­tion de temps avant que cette tech­no­lo­gie ne porte at­teinte au mo­dèle éco­no­mique d’une grande par­tie du monde en dé­ve­lop­pe­ment. L’Asie du Sud est par­ti­cu­liè­re­ment me­na­cée, compte te­nu de la quan­ti­té de pro­grammes éco­no­miques dans cette ré­gion du monde qui ef­fec­tuent les tra­vaux de pro­duc­tion pour l’ex­port pour les­quels la Chine de­vient trop coû­teuse. En Inde, au Pa­kis­tan et au Ban­gla­desh, les dé­ci­deurs parlent de ré­col­ter un “di­vi­dende démographique”, puisque les po­pu­la­tions aug­mentent ra­pi­de­ment alors que les sa­laires moyens res­tent en­vi­ron quatre fois in­fé­rieurs à ceux de la Chine. Pour­tant, les éco­no­mistes com­mencent à s’in­ter­ro­ger sur les di­vi­dendes que ces forces de tra­vail jeunes, peu coû­teuses et in­fa­ti­gables tou­che­ront réel­le­ment lorsque les ro­bots se­ront tou­jours plus en me­sure d’ef­fec­tuer les tra­vaux ma­nuels exi­geant une main-d’oeuvre im­por­tante, sur les­quels comptent les tra­vailleurs. Ce­la pour­rait éga­le­ment se res­sen­tir dans des ré­gions telles que l’Asie du Sud-Est, autre centre de l’in­dus­trie tex­tile, et l’Afrique sub­sa­ha­rienne. “La ro­bo­tique et l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle re­pré­sentent la pro­chaine ré­vo­lu­tion”, ex­plique Ra­jiv Ku­mar, éco­no­miste et fon­da­teur de la Pahle In­dia Foun­da­tion. “Ces tech­no­lo­gies se­ront plus dé­sta­bi­li­sa­trices que les ré­vo­lu­tions que nous avons connues par le pas­sé (la va­peur, l’élec­tri­ci­té, la chaîne de mon­tage ou les or­di­na­teurs), car elles vont rem­pla­cer non seu­le­ment des rou­tines, mais éga­le­ment des fonc­tions men­tales com­plexes. La crainte est que notre di­vi­dende démographique ne se trans­forme en un cau­che­mar démographique.”

“Dés­in­dus­tria­li­sa­tion pré­ma­tu­rée”

Il y a plu­sieurs an­nées, les uni­ver­si­taires ont re­mar­qué un phé­no­mène sur­pre­nant dans cer­taines ré­gions d’Asie, d’Amé­rique la­tine et d’Afrique sub­sa­ha­rienne. Bien que la po­pu­la­tion de nom­breux pays ait for­te­ment aug­men­té, la part des em­plois dans l’in­dus­trie ma­nu­fac­tu­rière avait à peine pro­gres­sé de­puis les an­nées 1980, et dans cer­tains cas, avait com­men­cé à bais­ser, et ce bien avant que les éco­no­mistes ne s’y at­tendent. En 2015, Da­ni Ro­drik, un éco­no­miste d’Har­vard, a in­ven­té l’ex­pres­sion “dés­in­dus­tria­li­sa­tion pré­ma­tu­rée”, ar­guant que de nom­breux pays en dé­ve­lop­pe­ment de­ve­naient des éco­no­mies ba­sées sur les ser­vices beau­coup plus tôt dans leur his­toire que leurs équi­va­lents oc­ci­den­taux. La tran­si­tion tech­no­lo­gique a lar­ge­ment joué, ex­plique-t-il, en pré­ve­nant que la ten­dance pour­rait avoir de graves consé­quences pour la crois­sance éco­no­mique et la sta­bi­li­té politique de ces ré­gions. “La pro­duc­tion in­dus­trielle a tra­di­tion­nel­le­ment ab­sor­bé d’im­por­tantes quan­ti­tés de main-d’oeuvre non qua­li­fiée”, a-t-il écrit, aver­tis­sant que la ten­dance à la dés­in­dus­tria­li­sa­tion n’était “pas né­ces­sai­re­ment tendre avec les dé­mo­cra­ties li­bé­rales”. Ses ré­sul­tats ont per­mis d’ex­pli­quer une étude me­née par l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale du tra­vail et le Pro­gramme des Na­tions unies pour le dé­ve­lop­pe­ment peu après le krach fi­nan­cier. Ce rap­port a ré­vé­lé que de 2003 à 2009, la crois­sance de l’em­ploi en Asie du Sud n’at­tei­gnait qu’un tiers du ni­veau de crois­sance éco­no­mique glo­bale. Les ex­perts ont aver­ti que la ré­gion connais­sait une “crois­sance sans em­ploi”. De­puis, le rythme de l’évo­lu­tion tech­no­lo­gique s’est in­ten­si­fié et cer­taines in­dus­tries se font dis­tan­cer. Les en­tre­prises de ser­vices in­for­ma­tiques in­diennes, qui ont pros­pé­ré au cours des trois der­nières dé­cen­nies, ont com­men­cé à perdre du ter­rain au pro­fit des sys­tèmes in­for­ma­tiques au­to­ma­tiques re­po­sant sur le cloud. Deux des plus grandes en­tre­prises du sec­teur, In­fo­sys et Ta­ta Con­sul­tan­cy Ser­vices, ont per­du des em­plois cette an­née. Pen­dant ce temps, à Chen­nai, 400 ro­bots ont rem­pla­cé des sa­la­riés dans de grandes zones de l’usine automobile Hyun­dai.

Pour­quoi l’in­dus­trie tex­tile gé­nère-t-elle en­core des em­plois ?

Le di­rec­teur gé­né­ral d’une grande so­cié­té tech­no­lo­gique in­dienne, qui sou­haite gar­der l’ano­ny­mat, sou­ligne que la di­mi­nu­tion d’em­plois se­ra pire si les pa­trons ne s’in­quiètent pas des consé­quences de la perte d’au­tant de tra­vailleurs. “Nous avons pro­cé­dé à un au­dit et avons consta­té que nous pour­rions rem­pla­cer la moi­tié de notre per­son­nel par des in­tel­li­gences ar­ti­fi­cielles, in­dique-t-il. Nous le fe­rions, si cette ac­tion n’avait pas de telles ré­per­cus­sions so­ciales.” L’in­dus­trie du vê­te­ment se trouve au coeur de cette si­tua­tion. Le Ban­gla­desh, en par­ti­cu­lier, est de­ve­nu tel­le­ment tri­bu­taire du sec­teur tex­tile que ce­lui-ci re­pré­sente 82 % des ex­por­ta­tions et que 2,5 % de la po­pu­la­tion du pays est em­ployée dans la confec­tion. Pour l’en­semble du Ban­gla­desh, de l’Inde et du Pa­kis­tan, en­vi­ron 27 mil­lions de per­sonnes sont em­ployées par cette in­dus­trie, se­lon la Clean Clothes Cam­pai­gn, qui mi­lite pour de meilleures condi­tions pour ces tra­vailleurs. Par­mi les rai­sons pour les­quelles cette in­dus­trie gé­nère des em­plois, nous pou­vons ci­ter le fait que les tra­vailleurs sud-asia­tiques re­viennent moins cher que leurs ho­mo­logues chi­nois. Le sa­laire ho­raire moyen des tra­vailleurs des usines chi­noises a at­teint 3,60 dol­lars l’an­née der­nière, soit près de quatre fois ce­lui d’il y a dix ans, se­lon Eu­ro­mo­ni­tor. L’ou­vrier in­dus­triel chi­nois moyen gagne au­jourd’hui cinq fois plus que son ho­mo­logue in­dien, un sa­laire qui avoi­sine ceux du Por­tu­gal ou de l’Afrique du Sud. L’autre rai­son est que cette in­dus­trie s’est ré­vé­lée cu­rieu­se­ment très im­per­méable à l’au­to­ma­ti­sa­tion. La confec­tion d’un t-shirt suit presque exac­te­ment le même pro­ces­sus au­jourd’hui qu’à l’époque de l’in­ven­tion de la ma­chine à coudre au­to­ma­tique au XIXe siècle. Gé­né­ra­le­ment fa­bri­qués en co­ton, un tis­su lé­ger qui se plie et se roule, les t-shirts ne rendent pas la tâche fa­cile aux ro­bots qui né­ces­sitent des mou­ve­ments pré­cis. Les gestes ra­pides et na­tu­rels de Mme Ku­ma­ri im­pliquent une foule de pe­tites opé­ra­tions et de dé­ci­sions si com­plexes que les dé­ve­lop­peurs de lo­gi­ciels les plus com­pé­tents ont du mal à les re­pro­duire. “La fa­bri­ca­tion d’un vê­te­ment se com­pose de quatre opé­ra­tions, ex­plique Gau­tam Nair, di­rec­teur gé­né­ral de Ma­trix Clo­thing : sai­sir un mor­ceau de tis­su, l’ali­gner, le coudre et le dé­po­ser. De ces étapes, seule la cou­ture a été au­to­ma­ti­sée jus­qu’ici, et la ma­chine à coudre est ap­pa­rue de­puis long­temps. Les autres par­ties du pro­ces­sus sont en­core réa­li­sées plus ra­pi­de­ment et à moindre coût par les em­ployés.”

Des ro­bots pour pro­duire moins, plus vite et plus proche

C’est peut-être sur le point de chan­ger. Dans une an­cienne usine d’ar­moires d’At­lan­ta, un groupe de tech­ni­ciens de Soft­wear Au­to­ma­tion s’ag­glu­tine au­tour des écrans tac­tiles et sai­sit du code in­for­ma­tique dans le but de per­fec­tion­ner Sew­bot. Pour ré­soudre un pro­blème ren­con­tré avec des ma­tières dé­li­cates, ils ont équi­pé le ro­bot de ca­mé­ras qui fonc­tionnent comme des yeux, à l’ins­tar de ce que les in­gé­nieurs ont tes­té avec les voi­tures au­to­nomes. Les ca­mé­ras prennent des pho­tos du tex­tile cou­su, les ana­lysent et guident les mou­ve­ments des bras ro­bo­ti­sés. La tech­no­lo­gie a at­ti­ré l’at­ten­tion du géant Wal­mart, qui a confié à la so­cié­té 2 mil­lions de dol­lars dans le cadre d’un pro­jet vi­sant à au­to­ma­ti­ser la pro­duc­tion de jeans. En sep­tembre, le Sew­bot a réa­li­sé une per­cée en réus­sis­sant la cou­ture ex­té­rieure d’une paire de pan­ta­lons. L’an­née pro­chaine, la so­cié­té pré­voit d’étendre ses ac­ti­vi­tés aux t-shirts, dont 97 % sont pro­duits hors des États-Unis. Pa­la­nis­wa­my Ra­jan, di­rec­teur gé­né­ral de Soft­wear Au­to­ma­tion, ex­plique l’im­pé­ra­tif com­mer­cial qui est der­rière le dé­ve­lop­pe­ment de ce type de tech­no­lo­gie, mal­gré le fait que les en­tre­prises de confec­tion dis­posent d’une main-d’oeuvre nom­breuse et bon mar­ché. “Ima­gi­nez que vous êtes Ma­cy’s [le grand ma­ga­sin, ndt] et que vous vou­lez ob­te­nir 100 000 pièces d’un mo­dèle, vous pas­sez com­mande en Chine neuf à douze mois à l’avance. Si vous pro­dui­sez plus près du consom­ma­teur, vous pou­vez ache­ter une com­mande de 10 000 pièces, l’ob­te­nir en un mois et voir si cer­tains mo­dèles se vendent mieux que d’autres.” Wal­mart n’est pas le seul grand dé­taillant à s’in­té­res­ser à l’au­to­ma­ti­sa­tion de la confec­tion de vê­te­ments. En avril, Ama­zon a dé­po­sé un bre­vet pour dé­ve­lop­per une ma­chine de “cou­ture à la de­mande” qui fa­bri­que­rait au­to­ma­ti­que­ment des vê­te­ments après

La tech­no­lo­gie Sew­bot, dé­ve­lop­pée par Soft­wear Au­to­ma­tion, vise à au­to­ma­ti­ser l’en­semble du pro­ces­sus de fa­bri­ca­tion de vê­te­ments. (…) Ce n’est qu’une ques­tion de temps avant qu’elle ne porte at­teinte au mo­dèle éco­no­mique d’une grande par­tie du monde en dé­ve­lop­pe­ment

leur com­mande. Pour­tant, les en­tre­prises amé­ri­caines sont en­cou­ra­gées dans cette voie non seu­le­ment par le rythme de la tran­si­tion tech­no­lo­gique, mais éga­le­ment par la réa­li­té politique. L’élec­tion de Do­nald Trump et la pro­messe des ppo­li­ti­quesq com­mer­ciales axées sur “les États-Unis d’abord” ont ame­né les en­tre­prises à s’in­té­res­ser aux moyens de faire re­ve­nir des em­plois dans le pays.

Dif­fé­rentes op­tions po­li­tiques

“Il ne fait au­cun doute que notre tra­vail se­ra dif­fé­rent à l’ave­nir, a dé­cla­ré Doug McMillon, di­rec­teur gé­né­ral de Wal­mart, au per­son­nel. Les ro­bots, les drones et les al­go­rithmes ef­fec­tue­ront des tâches dont nous avions l’ha­bi­tude de nous char­ger. Cer­tains ont peur de ce que ces chan­ge­ments ap­por­te­ront. Je ne pense pas que nous de­vrions… Le se­cret de notre suc­cès se­ra tou­jours notre peuple.” Si dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment, les dé­ci­deurs sont conscients de ces ten­dances, cer­tains croient qu’un boom ma­nu­fac­tu­rier sud-asia­tique est en­core pos­sible, tant que les gou­ver­ne­ments dé­ploie­ront les po­li­tiques adé­quates. Ar­vind Su­bra­ma­nian, conseiller éco­no­mique en chef du Pre­mier mi­nistre in­dien Na­ren­dra Mo­di, a étu­dié la dés­in­dus­tria­li­sa­tion pré­ma­tu­rée. Ins­tal­lé dans un grand bu­reau au coeur du mi­nis­tère des Fi­nances de New Delhi, il dé­clare : “Oui, les ro­bots ont com­men­cé à dé­cou­per des tis­sus doux. Mais je ne sais pas si c’est l’ho­ri­zon à neuf ou dix ans qui de­vrait nous in­quié­ter ou, en étant plus réa­liste, l’ho­ri­zon à 20 ans.” M. Su­bra­ma­nian consi­dère qu’en al­liant bonne for­ma­tion, ac­cords de libre-échange et ré­formes du tra­vail soi­gneu­se­ment struc­tu­rés, ils pour­raient gé­né­rer des em­plois ma­nu­fac­tu­riers avant que les ro­bots ne soient as­sez so­phis­ti­qués et bon mar­ché pour rem­pla­cer les sa­la­riés. S’il de­vait avoir tort, les consé­quences so­ciales se­raient ter­ribles, aver­tit M. Ku­mar de la Pahle In­dia Foun­da­tion : “Ce­la pour­rait vi­rer au cau­che­mar à cause de tous les jeunes for­més et plein d’as­pi­ra­tions qui se re­trou­ve­raient sans em­ploi à la suite de cette au­to­ma­ti­sa­tion.” D’autres sou­tiennent que les pays de­vraient ré­duire leurs pertes et se concen­trer sur les in­dus­tries de ser­vices. Uri Da­dush, du groupe de ré­flexion ma­ro­cain de l’OCP Po­li­cy Cen­ter du Ma­roc, a écrit en 2015 que “l’im­por­tance de la fa­bri­ca­tion comme le­vier de dé­ve­lop­pe­ment di­mi­nue”. Il sou­tient que des pays tels que l’Inde, le Pa­kis­tan et le Ban­gla­desh de­vraient plu­tôt concen­trer leurs ef­forts de ma­nière à se po­si­tion­ner comme centres spé­cia­li­sés de cer­tains sec­teurs, comme le tou­risme, les trans­ports ou la fi­nance. Pour Mme Ku­ma­ri, la pers­pec­tive d’un boom de l’em­ploi dans le sec­teur des ser­vices pour rem­pla­cer ceux per­dus dans le tex­tile n’est pas

une conso­la­tion : “Si je ne tra­vaillais pas dans la confec­tion, je n’au­rais pas d’autres pos­si­bi­li­tés. Je ne pos­sède pas d’autre for­ma­tion.”

Comment les ro­bots pour­raient prendre de l’avance sur les hu­mains

Jo­na­than Zor­now, un dé­ve­lop­peur de lo­gi­ciels de Seat­tle, a in­ven­té l’an­née der­nière ce qu’il croit être une so­lu­tion aux obs­tacles tech­niques qui ont li­mi­té l’au­to­ma­ti­sa­tion de la cou­ture de­puis des dé­cen­nies. Alors qu’il s’en­nuyait pro­fon­dé­ment, ce jeune homme de 28 ans a vi­sion­né de ma­nière com­pul­sive le do­cu­men­taire ‘How It’s Made’ de Dis­co­ve­ry Chan­nel et été cho­qué de consta­ter qu’au moins neuf per­sonnes étaient né­ces­saires pour réa­li­ser les 38 étapes re­quises pour confec­tion­ner un jean. L’ap­proche de M. Zor­now se dis­tingue en ce qu’il sou­haite chan­ger le tis­su afin qu’il soit plus adap­té aux ro­bots, et non l’in­verse. Il a bre­ve­té un pro­cé­dé de trem­page du tis­su dans une so­lu­tion ther­mo­plas­tique li­quide, qui rend un tex­tile fin tel que le co­ton aus­si ri­gide qu’une planche. Le ro­bot coud et fa­çonne le tis­su ri­gide. Une fois la­vé à l’eau chaude, le tex­tile res­sus­cite sous forme d’une paire de jeans. L’in­ven­teur dé­clare qu’avec cette mé­thode, il a confec­tion­né le pre­mier vê­te­ment en­tiè­re­ment pro­duit par la ro­bo­tique : un t-shirt. M. Zor­now af­firme qu’il est en lien avec de “très grands dé­taillants” et des fa­bri­cants à tra­vers la Chine, l’Inde et le Sri Lan­ka pour dé­ployer la tech­no­lo­gie, ap­pe­lée Sew­bo. Des di­ri­geants d’Adi­das et d’Ei­leen Fi­sher, marque de vê­te­ments amé­ri­cains, ont as­sis­té à une pré­sen­ta­tion de Sew­bo à Man­hat­tan le mois der­nier. Tou­te­fois, même les en­thou­siastes tels que M. Zor­now ad­mettent que la main-d’oeuvre bon mar­ché pos­sède un avan­tage concur­ren­tiel sur des ma­chines comme la sienne, du moins pour l’ins­tant. “Si vous êtes au Ban­gla­desh, vous n’al­lez pas ache­ter une ma­chine à coudre com­plexe alors que vous dis­po­sez d’une salle pleine de per­sonnes qui sont dis­po­sées à faire le tra­vail pour 1 dol­lar par jour.” Au lieu de ce­la, il consi­dère les ro­bots cou­tu­riers comme une oc­ca­sion de rap­pro­cher la pro­duc­tion des consom­ma­teurs et ain­si de ré­duire la longue et aber­rante chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment au cours de la­quelle le t-shirt moyen par­court en­vi­ron 30 000 ki­lo­mètres avant d’ar­ri­ver au client.

“Si vous êtes au Ban­gla­desh, vous n’al­lez pas ache­ter une ma­chine à coudre com­plexe alors que vous dis­po­sez d’une salle pleine de per­sonnes qui sont dis­po­sées à faire le tra­vail pour 1 dol­lar par jour”

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