LE CA­PI­TA­LISME POUR TOUS

Es­sayiste, au­teur de ‘Mi­cro­ca­pi­ta­lisme’

Le Nouvel Economiste - - La Une - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PHI­LIPPE PLASSART

Loin des vi­sions sou­vent iré­niques sur “l’éco­no­mie du par­tage”, Fran­çois-Xa­vier Oli­veau voit dans l’émer­gence d’un mi­cro­ca­pi­ta­lisme, c’est-à-dire d’un ca­pi­ta­lisme pour tous, le trait ma­jeur de notre époque. Une ré­vo­lu­tion dont il dé­cor­tique les te­nants et les abou­tis­sants dans un es­sai clair et convain­cant*. “Au­jourd’hui, cha­cun peut de­ve­nir un concur­rent di­rect de la SNCF en condui­sant des pas­sa­gers avec Blab­lacar ; d’EDF en ins­tal­lant des pan­neaux pho­to­vol­taïques sur sa toi­ture ; d’Ac­cor en louant un bien im­mo­bi­lier sur Airbnb”, sou­li­gnetCe mi­cro­ca­pi­ta­lisme trans­forme le tra­vail sa­la­rié en tra­vail in­dé­pen­dant. Or notre mo­dèle so­cial hé­ri­té de l’après-guerre est in­adap­té à cette mu­ta­tion, pour­suit l’ex­pert.

“L’im­meuble est dé­sor­mais vé­tuste. Il faut

Nous sommes en train de vivre la plus grande ré­vo­lu­tion de l’his­toire du ca­pi­ta­lisme : l’émer­gence d’un mi­cro­ca­pi­ta­lisme, c’est- à- dire d’un ca­pi­ta­lisme pour tous. Au­jourd’hui, cha­cun peut de­ve­nir un concur­rent le re­cons­truire en­tiè­re­ment aux normes du XXIe siècle en re­pen­sant la fa­çon dont nous cap­tons et re­dis­tri­buons la ri­chesse, et en re­ve­nant aux fon­da­men­taux de notre pacte so­cial que sont la li­ber­té et la solidarité.” Pièces maî­tresses du nou­vel édi­fice : un re­ve­nu uni­ver­sel couplé à un sys­tème fis­cal plus simple, plus juste et plus li­sible. “Il s’agit d’une re­fon­da­tion et pas d’une ré­vo­lu­tion”, in­siste son concep­teur en sou­li­gnant que les po­li­tiques res­tent libres de pla­cer le cur­seur là où ils l’en­tendent. * ‘Mi­cro­ca­pi­ta­lisme – Vers un nou­veau pacte so­cial’ par Fran­çois-Xa­vier Oli­veau (PUF, col­lec­tion Gé­né­ra­tionLibre). di­rect de la SNCF en condui­sant des pas­sa­gers avec Blab­lacar ; d’EDF en ins­tal­lant des pan­neaux pho­to­vol­taïques sur sa toi­ture ; d’Ac­cor en louant un bien im­mo­bi­lier sur Airbnb. L’uti­li­sa­tion de son mi­cro­ca­pi­tal – un toit, une ha­bi­ta­tion, une voi­ture, un sa­voir- faire ou des com­pé­tences spé­ci­fiques – peut même don­ner à cha­cun un avan­tage concur­ren­tiel réel sur les ac­teurs ins­tal­lés, grâce à des coûts très faibles. Le mi­cro­ca­pi­ta­liste n’amor­tit en ef­fet pas son ma­té­riel, uti­li­sé à titre pri­vé. Les pla­te­formes lui four­nissent un ac­cès presque gra­tuit à un mar­ché très ci­blé – par exemple les voya­geurs qui sou­haitent se rendre à Châ­teau­roux ven­dre­di pro­chain à 17 h 45 en par­tant du sud de Pa­ris. Sans rien dé­pen­ser en pu­bli­ci­té, il construit gra­tui­te­ment une marque consti­tuée des no­ta­tions de ses an­ciens clients. Il se ré­mu­nère en­fin au prix qu’il choi­sit, y com­pris en des­sous du Smic, sans li­mi­ter sa du­rée de tra­vail. Pas d’amor­tis­se­ments, pas de coûts de vente et mar­ke­ting, pas de sa­laire : ul­tra- com­pé­ti­tif, le mi­cro­ca­pi­ta­liste peut of­frir des pres­ta­tions à un prix in­fé­rieur aux lea­ders his­to­riques et leur prendre des parts de mar­ché. C’est le coeur même du ca­pi­ta­lisme, l’ac­cu­mu­la­tion du ca­pi­tal, qui est ain­si re­mis en ques­tion. Dans l’hô­tel­le­rie, les trans­ports, l’éner­gie, la fi­nance, cette bar­rière à l’en­trée his­to­rique dis­pa­raît peu à peu.

Un bou­le­ver­se­ment éco­no­mique ma­jeur

Le po­ten­tiel du mi­cro­ca­pi­ta­lisme est consi­dé­rable car le ca­pi­tal est ac­tuel­le­ment très sous-uti­li­sé. Les au­to­mo­biles sont aux trois quarts vides lors des tra­jets ur­bains. 2,6 mil­lions de lo­ge­ments sont in­oc­cu­pés en France. Bien que seu­le­ment nais­sant, le mi­cro­ca­pi­ta­lisme met dé­jà une forte pres­sion sur les ac­teurs ins­tal­lés, comme en té­moignent les dé­cla­ra­tions et la stra­té­gie de Guillaume Pé­py ( SNCF) ou Sé­bas­tien Ba­zin (Ac­cor). Pour au­tant, tout le monde ne de­vien­dra pas mi­cro­ca­pi­ta­liste : si 1 % des gens se met­taient à louer une chambre dans le monde, ce­la dou­ble­rait l’offre hô­te­lière. L’offre et la de­mande vont jouer leur rôle de ré­gu­la­teur. Le mi­cro­ca­pi­ta­lisme bou­le­verse aus­si le monde du tra­vail. Une grande par­tie du rôle de l’en­tre­prise est trans­fé­rée au par­ti­cu­lier. Dans Airbnb, c’est lui qui as­sure l’ac­cueil du voya­geur, l’amé­na­ge­ment de la chambre ou son net­toyage. Pour gé­rer mille chambres, une chaîne d’hô­tels em­ploie 300 per­sonnes ; Airbnb, une seule. Le mi­cro­ca­pi­ta­lisme trans­forme donc le tra­vail sa­la­rié en tra­vail in­dé­pen­dant. L’in­di­vi­du pro­duit le ser­vice, l’en­tre­prise- pla­te­forme se can­tonne à la mise en re­la­tion. Le mi­cro­ca­pi­ta­lisme va en­fin trans­for­mer notre mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment. Dans cette nou­velle éco­no­mie, on uti­lise mieux ce que l’on a dé­jà et on re­nonce par­fois à pos­sé­der, car l’ac­cès au ser­vice suf­fit. La concur­rence exa­cer­bée et les pro­grès tech­no­lo­giques poussent les prix à la baisse. La crois­sance n’est plus le seul fac­teur d’en­ri­chis­se­ment : l’aug­men­ta­tion du pou­voir d’achat va de plus en plus se faire par la baisse des prix, qui de­vient struc­tu­relle. Nous de­vons in­ven­ter de nou­veaux ou­tils de po­li­tique mo­né­taire pour ga­ran­tir que cette dé­fla­tion se tra­duise bien par une hausse du pou­voir d’achat des mé­nages, ce qui n’est pas le cas avec la po­li­tique ac­tuelle des banques cen­trales.

Un mo­dèle so­cial to­ta­le­ment in­adap­té

Construit après la guerre dans un contexte de plein- em­ploi, notre mo­dèle so­cial est in­adap­té à cette mu­ta­tion. Il s’ap­puie fon­da­men­ta­le­ment sur le sa­la­riat, sé­same pour la pro­tec­tion so­ciale, le mi­ni­mum pour vivre et même le lo­ge­ment. Mais l’ap­pa­ri­tion du chô­mage de masse a im­po­sé la mul­ti­pli­ca­tion de rus­tines pour bou­cher les trous tou­jours plus nom­breux de notre pro­tec­tion so­ciale. Le ré­sul­tat ? Un sys­tème ban­cal et d’une com­plexi­té ex­trême : 180 ré­gimes de re­traites, 360 im­pôts, près de 200 aides so­ciales qui pro­duisent des di­zaines de mil­liers de règles de cal­cul fis­cales et so­ciales. C’est bien trop com­pli­qué : les amé­lio­ra­tions à la marge ne fonc­tionnent

plus et gé­nèrent in­évi­ta­ble­ment des ef­fets per­vers. Après les Trente glo­rieuses, notre mai­son com­mune s’est mise à avoir des fuites et se lé­zar­der. De­puis les an­nées 70, on bri­cole. Mais l’im­meuble est dé­sor­mais vé­tuste. Il faut le re­cons­truire en­tiè­re­ment aux normes du XXIe siècle, en re­pen­sant la fa­çon dont nous cap­tons et re­dis­tri­buons la ri­chesse, et en re­ve­nant aux fon­da­men­taux de notre pacte so­cial. Ces fon­da­men­taux fi­gurent dans trois textes à va­leur consti­tu­tion­nelle : la Dé­cla­ra­tion des droits de l’homme et du ci­toyen, le pré­am­bule de la Cons­ti­tu­tion de 1946 et la Charte de l’en­vi­ron­ne­ment. Le pre­mier dé­fi­nit la li­ber­té comme la pos­si­bi­li­té de faire ce qui nous sied à par­tir du mo­ment où ce­la ne nuit pas à au­trui. Les deux autres dé­crivent de fa­çon claire et pré­cise l’en­ga­ge­ment de la na­tion vis-à-vis des ci­toyens : l’ac­cès à un mi­ni­mum pour vivre, à un lo­ge­ment, à la san­té, à l’édu­ca­tion, au re­pos et aux loisirs, en­fin à un en­vi­ron­ne­ment sain. Ain­si dé­fi­nies, la li­ber­té et la solidarité sont les va­leurs struc­tu­rantes sur les­quelles re­fon­der le pacte so­cial.

Li­ber­té et solidarité, sans com­pro­mis L’idée forte et nou­velle est qu’il faut ces­ser de faire des com­pro­mis entre la li­ber­té et la solidarité, par exemple en contrai­gnant la pre­mière au nom de la se­conde. Il faut au contraire per­mettre une li­ber­té to­tale tant qu’on ne nuit pas à au­trui, donc dans le res­pect l’ordre pu­blic. En com­plé­ment, nous de­vons mettre en place une solidarité réel­le­ment in­clu­sive qui per­mette l’exer­cice ef­fec­tif de cette li­ber­té : on ne peut pas être libre si on est af­fa­mé, sans abri, igno­rant ou ma­lade. C’est un re­tour aux sources de l’es­prit de Ré­vo­lu­tion fran­çaise, fon­da­men­ta­le­ment li­bé­ral quand il sup­prime le sys­tème aris­to­cra­tique en pla­çant la li­ber­té de contrac­ter au coeur du pacte so­cial. Ce li­bé­ra­lisme ori­gi­nel a été ou­blié au pro­fit d’une vi­sion construc­ti­viste où l’État, ré­pu­té plus ex­pert, tend à dé­ci­der de tout. Amor­cé sous Vi­chy et dé­ve­lop­pé en­suite, ce mo­dèle a fait son temps. Il faut re­trou­ver l’es­prit de la Ré­vo­lu­tion en re­don­nant à cha­cun cette li­ber­té de contrac­ter sans nuire à au­trui. Source d’épa­nouis­se­ment per­son­nel, la li­ber­té per­met aus­si de créer la ri­chesse in­dis­pen­sable au fi­nan­ce­ment de la solidarité. Dans la lo­gique du pré­am­bule de la Cons­ti­tu­tion de 1946, la na­tion peut alors as­su­rer une solidarité uni­ver­selle et n’aban­don­ner per­sonne sur le bord du che­min. L’op­po­si­tion par­fois éta­blie entre li­ber­té et solidarité est donc ab­surde. Tous les dis­po­si­tifs qui font un com­pro­mis entre ces deux va­leurs fonc­tionnent d’ailleurs mal. Quand l’État res­treint la li­ber­té des en­tre­prises ou des par­ti­cu­liers au nom de la solidarité, en im­po­sant un sa­laire mi­ni­mum ou en sur­pro­té­geant le lo­ca­taire, il se dé­fausse de sa res­pon­sa­bi­li­té de solidarité au­près des ac­teurs pri­vés. La solidarité est in­com­plète, et les mar­chés du tra­vail et du lo­ge­ment fonc­tionnent mal au dé­tri­ment de tous. Les in­di­vi­dus et les en­tre­prises peuvent bien sûr être so­li­daires – il y a 13 mil­lions de bé­né­voles en France, et le rôle so­cial de l’en­tre­prise se dé­ve­loppe consi­dé­ra­ble­ment. Mais ce­la doit re­le­ver du volontariat et non de l’obli­ga­tion. Le de­voir de solidarité, c’est pour la na­tion. Ce re­fus de com­pro­mis entre li­ber­té et solidarité, c’est au fond la lo­gique d’un in­gé­nieur qui conçoit une voi­ture ef­fi­cace. Il ne s’agit pas de bri­der le mo­teur pour li­mi­ter la vi­tesse, mais de com­bi­ner un mo­teur très puis­sant avec un sys­tème de freins et dis­tri­bu­tion qui per­met de le ra­len­tir quand c’est né­ces­saire. Entre li­ber­té et solidarité s’ins­taure alors un cercle ver­tueux. Toutes les éco­no­mies qui fonc­tionnent bien avec une forte di­men­sion so­ciale – le Da­ne­mark, la Suède, la Nou­vel­leZé­lande, le Ca­na­da – s’ins­crivent dans cette lo­gique : beau­coup de li­ber­té et beau­coup de solidarité. Être libres et so­li­daires : ces deux prin­cipes peuvent fé­dé­rer à droite comme à gauche. Il faut re­fondre notre sys­tème dans ce sens.

Un Smic ma­chine à ex­clure

Le Smic est une illustration d’un com­pro­mis de­ve­nu ban­cal entre li­ber­té et solidarité. En im­po­sant un mi­ni­mum sa­la­rial, on contraint la li­ber­té contrac­tuelle au nom de la solidarité et en même temps, on n’as­sure pas l’obli­ga­tion de solidarité en­vers tous les non-sa­la­riés. Le ni­veau du Smic pé­na­lise l’em­ploi non qua­li­fié : le dé­bat sur les em­plois ai­dés illustre en creux le gi­se­ment d’em­plois po­ten­tiels qui ne peuvent pas être ré­mu­né­rés au ni­veau du Smic. In­ver­se­ment, plus d’un quart des Fran­çais vivent avec moins que le Smic men­suel, ils sont étu­diants, agri­cul­teurs, in­dé­pen­dants, chô­meurs de longue du­rée ou em­ployés à temps par­tiel. Le sa­laire mi­ni­mum était un bon ou­til quand il a été créé en 1950 dans un contexte de re­cons­truc­tion où cha­cun pou­vait avoir ac­cès à un em­ploi sa­la­rié. Avec la ra­ré­fac­tion de l’em­ploi sa­la­rié, la concur­rence de la ma­chine et le dé­ve­lop­pe­ment du tra­vail in­dé­pen­dant, le Smic va de­ve­nir de plus en plus une ma­chine à ex­clure. Il doit lais­ser la place à un double dis­po­si­tif : d’une part, la libre fixa­tion des sa­laires à par­tir du mo­ment où les deux par­ties contrac­tantes sont bien in­for­mées et d’ac­cord ; de l’autre, un re­ve­nu uni­ver­sel per­met­tant d’as­su­rer le de­voir de solidarité de la na­tion et de com­plé­ter la ré­mu­né­ra­tion pour as­su­rer des condi­tions de vie dé­centes. Les dis­po­si­tifs exis­tants (RSA, amen­de­ments Fillon, prime pour l’ac­ti­vi­té, une par­tie de l’as­su­rance chô­mage…) dis­tri­buent dé­jà de l’ordre de 500 eu­ros par mois aux per­sonnes, ac­tives ou in­ac­tives, qui ont des faibles re­ve­nus. Ils peuvent être sup­pri­més au pro­fit d’un re­ve­nu uni­ver­sel d’en­vi­ron 500 eu­ros. Pour les per­sonnes ai­sées, ce re­ve­nu se­ra neu­tra­li­sé par une hausse du même mon­tant de l’im­pôt sur le re­ve­nu. Un tel re­ve­nu uni­ver­sel de­vient un socle per­met­tant aux bé­né­fi­ciaires de construire un pro­jet de vie, dont le tra­vail ré­mu­né­ré fait par­tie, qu’il soit sa­la­rié ou in­dé­pen­dant. Ce re­ve­nu ne se sub­sti­tue donc pas au tra­vail. Au contraire, il per­met de sup­pri­mer les nom­breux ef­fets de seuil des aides exis­tantes qui dé­cou­ragent ac­tuel­le­ment le re­tour à l’em­ploi. Le sys­tème de­vient à la fois plus juste, plus li­sible, plus ras­su­rant pour les per­sonnes, et moins coû­teux à gé­rer pour l’État.

Des po­li­tiques pu­bliques à re­pen­ser

L’ap­pli­ca­tion sys­té­ma­tique des prin­cipes de solidarité et de li­ber­té per­met de re­pen­ser toutes les po­li­tiques pu­bliques. En ma­tière de chô­mage par exemple, l’État as­sure un mi­ni­mum de solidarité avec le re­ve­nu uni­ver­sel. Le com­plé­ment peut alors être cou­vert au choix par l’Uné­dic, comme au­jourd’hui, ou bien par une as­su­rance pri­vée. Cha­cun peut ain­si choi­sir son de­gré de cou­ver­ture et sa co­ti­sa­tion, comme il choi­sit une as­su­rance au­to­mo­bile “au tiers” ou “tous risques.” La re­traite peut aus­si être li­bre­ment choi­sie, au sein du sys­tème ac­tuel ou par un sys­tème par ca­pi­ta­li­sa­tion. Loin d’être l’épou­van­tail sou­vent dé­crit, la re­traite par ca­pi­ta­li­sa­tion s’est im­po­sée dans le monde car elle per­met une meilleure cou­ver­ture pour une moindre co­ti­sa­tion. Elle uti­lise en pra­tique les pro­fits des en­tre­prises au bé­né­fice des re­trai­tés, et pour­rait ain­si être un grand com­bat de la gauche. Jau­rès lui-même l’a dé­fen­due dans une sé­rie d’éditoriaux de ‘ L’Hu­ma­ni­té’ en 1910 ! Dans le do­maine de la san­té, on peut cor­ri­ger l’ano­ma­lie fon­da­men­tale de mar­ché qui abou­tit à des coûts trop éle­vés pour la Sé­cu­ri­té so­ciale et de confor­tables pro­fits pour les in­dus­tries du mé­di­ca­ment et du dis­po­si­tif mé­di­cal : le client fi­nal n’est pas le payeur, il n’a donc pas d’in­té­rêt ob­jec­tif à faire bais­ser les prix. Un sché­ma ver­tueux se­rait que l’État al­loue un mon­tant fixe à une as­su­rance choi­sie par la per­sonne à cou­vrir. Ce mon­tant cor­res­pon­drait à l’es­ti­ma­tion des dé­penses an­nuelles de l’as­su­ré, en fonc­tion de son âge et de son his­to­rique de san­té. L’as­su­reur fi­nan­ce­rait en­suite les dé­penses de san­té de la per­sonne as­su­rée, quelles qu’elles soient. Son in­té­rêt ob­jec­tif se­rait d’une part de la main­te­nir en bonne san­té et de la soi­gner au mieux, de l’autre de faire pres­sion à la baisse sur ses four­nis­seurs de soins pour en ob­te­nir les meilleurs prix. On re­crée la lo­gique ver­tueuse du mar­ché, tout en as­su­rant la cou­ver­ture san­té gra­tuite des per­sonnes. Ce prin­cipe du “chèque” peut éga­le­ment être uti­li­sé en ma­tière d’édu­ca­tion ou de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Le rôle de l’État de­vient alors d’as­su­rer à cha­cun les moyens de fi­nan­cer sa san­té, son édu­ca­tion ou sa for­ma­tion, tout en le lais­sant libre d’en choi­sir les pres­ta­taires et les mo­da­li­tés.

Un sys­tème de re­dis­tri­bu­tion à re­fon­der

Le re­ve­nu uni­ver­sel est un ou­til ex­tra­or­di­naire de sim­pli­fi­ca­tion de notre sys­tème fis­cal. Quatre im­pôts seu­le­ment per­mettent de re­cons­ti­tuer les flux ac­tuels de re­dis­tri­bu­tion : un im­pôt sur le re­ve­nu à taux fixe et as­siette large de 38 % payé par tous ceux qui per­çoivent un re­ve­nu, un im­pôt sur le ca­pi­tal à 0,4 %, une TVA et une taxe san­té-en­vi­ron­ne­ment vi­sant à fac­tu­rer les ex­ter­na­li­tés né­ga­tives. Cal­cu­lé à par­tir d’une mo­dé­li­sa­tion de 10 000 foyers re­pré­sen­ta­tifs des mé­nages fran­çais, ce pa­ra­mé­trage main­tient une re­dis­tri­bu­tion constante entre les dif­fé­rents dé­ciles de re­ve­nus. Il ne pro­duit pas d’aug­men­ta­tion du pou­voir d’achat, donc il n’aug­mente pas les dé­penses pu­bliques et les pré­lè­ve­ments obli­ga­toires. Il s’agit bien d’une re­fon­da­tion et pas d’une ré­vo­lu­tion. Libre en­suite aux li­bé­raux de plai­der pour une flat tax de 15 % et un re­ve­nu uni­ver­sel à 200 eu­ros ; à la France In­sou­mise de pro­mou­voir un im­pôt de 50 % et un re­ve­nu uni­ver­sel à 650 eu­ros. Dans tous les cas, le sys­tème est plus simple, plus juste et plus li­sible. Les prin­ci­paux bé­né­fi­ciaires en sont les ci­toyens qui n’ont plus à su­bir le cau­che­mar ad­mi­nis­tra­tif qu’im­pose notre sys­tème ac­tuel ni à en fi­nan­cer la com­plexi­té. Nous pou­vons re­cons­truire un fu­tur dé­si­rable et adap­té à un monde où la ré­vo­lu­tion tech­no­lo­gique et le mi­cro­ca­pi­ta­lisme vont nous per­mettre de vivre mieux tout en dis­po­sant de plus de temps libre. Une telle mu­ta­tion est am­bi­tieuse mais par­fai­te­ment réa­li­sable à moyen terme, elle est même pa­ra­doxa­le­ment plus réa­liste qu’une po­li­tique des pe­tits pas : il est sou­vent bien plus simple de re­cons­truire que de ré­no­ver, sur­tout avec un sys­tème qui a at­teint un tel ni­veau de vé­tus­té. Un nou­veau pacte so­cial est pos­sible. Le vou­lons-nous ?

“Nous sommes en train de vivre l’émer­gence d’un mi­cro­ca­pi­ta­lisme, c’est-à-dire d’un ca­pi­ta­lisme pour

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.