Les en­tre­prises ont-elles in­té­rêt à por­ter les Ac­cords de Pa­ris ?

Une po­li­tique en fa­veur du cli­mat favorise la sur­per­for­mance bour­sière, mais elle est loin de la ga­ran­tir

Le Nouvel Economiste - - La Une - BER­TRAND JACQUILLAT

À l’is­sue de la COP 21, les en­tre­prises s’étaient en­ga­gées à contri­buer à l’ef­fort glo­bal de lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Dans l’étude qu’elle vient de pu­blier, deux ans après la si­gna­ture de l’Ac­cord de Pa­ris, la pla­te­forme en­vi­ron­ne­men­tale à but non lu­cra­tif CDP (Car­bon Dis­clo­sure Pro­ject) se fé­li­cite que près de 9 mul­ti­na­tio­nales sur 10 se sont fixé des ob­jec­tifs de ré­duc­tion de leur émis­sion car­bone...

À l’is­sue de la COP 21, les en­tre­prises s’étaient en­ga­gées à contri­buer à l’ef­fort glo­bal de lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Dans l’étude qu’elle vient de pu­blier, deux ans après la si­gna­ture de l’Ac­cord de Pa­ris, la pla­te­forme en­vi­ron­ne­men­tale à but non lu­cra­tif CDP (Car­bon Dis­clo­sure Pro­ject) se fé­li­cite que près de 9 mul­ti­na­tio­nales sur 10 se sont fixé des ob­jec­tifs de ré­duc­tion de leur émis­sion car­bone. Ces groupes mon­diaux y sont for­te­ment in­vi­tés par les grands gé­rants d’ac­tifs et investisseurs ins­ti­tu­tion­nels qui ac­cordent aux en­jeux en­vi­ron­ne­men­taux un poids de pplus en pplus im­por­tantp dans leurs choix de por­te­feuille. À l’image d’un des plus grands fonds sou­ve­rains, le fonds norvégien, dont les ac­tifs sous ges­tion – iro­nie du sort – ont été consti­tués ex­clu­si­ve­ment à par­tir de l’ex­trac­tion du pé­trole norvégien. Ce fai­sant, leur po­si­tion va à l’en­contre de la re­marque pro­vo­ca­trice faite il y a quelque 50 ans par Mil­ton Fried­man avant qu’il n’ob­tienne le prix No­bel d’éco­no­mie, se­lon la­quelle la seule et unique res­pon­sa­bi­li­té de l’en­tre­prise était de maxi­mi­ser le pro­fit. Et que l’ob­jec­tif de l’en­tre­prise était de maxi­mi­ser la va­leur éco­no­mique et, pour faire simple, sa ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière, qui en­globe à la fois les pro­fits de l’an­née mais aus­si toute la chaîne des pro­fits fu­turs, compte te­nu du risque ayant trait à leur réa­li­sa­tion. De­puis, les temps ont bien chan­gé puisque se­lon un rap­port d’In­ves­co, 7 fonds sou­ve­rains son­dés sur 10 es­timent que la prise en compte de tous les risques aty­piques qui ont trait à la res­pon­sa­bi­li­té so­ciale de l’en­tre­prise en­ten­due au sens large est de na­ture à aug­men­ter la per­for­mance de leur por­te­feuille, tan­dis que 13 % es­timent qu’elle en est pé­na­li­sée.

Sur­per­for­mance fa­ci­li­tée

Qu’en est-il en réa­li­té pour ce qui concerne la lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique et l’in­té­rêt qu’ont les en­tre­prises à por­ter l’Ac­cord de Pa­ris ? La ré­ponse semble être po­si­tive : res­pec­ter l’Ac­cord de Pa­ris va de pair avec l’ob­jec­tif de maxi­mi­sa­tion de la va­leur bour­sière. Ain­si, l’in­dice Stoxx Glo­bal Cli­mate Change Lea­ders, com­po­sé des 197 so­cié­tés de la liste A du clas­se­ment CDP (Car­bon Dis­clo­sure Pro­ject) qui com­prend les en­tre­prises les moins émet­trices de CO2, dont treize fran­çaises, sur­per­forme l’in­dice Stoxx Glo­bal 1800 : 131,10 % de­puis son ori­gine le 19 sep­tembre 2011 à fin sep­tembre 2017, contre 105,28 %. Cette sur­per­for­mance se confirme en 2017 : 26,22 % contre 19,26 %. Cette sur­per­for­mance est en par­tie liée à la com­po­si­tion sec­to­rielle de l’in­dice Cli­mate Change Lea­ders, mais pas seu­le­ment. Si l’in­dice Glo­bal 1 800 avait la même pon­dé­ra­tion sec­to­rielle, il au­rait réa­li­sé une per­for­mance de 116,48 % en dol­lars de­puis le 19 dé­cembre 2011, et de 21,35 % sur un an. Ce­pen­dant, la sur­per­for­mance des so­cié­tés de la liste A du clas­se­ment CDP est loin d’être sys­té­ma­tique. En dé­fi­ni­tive, si une po­li­tique en fa­veur de la lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique favorise la sur­per­for­mance, elle est loin de la ga­ran­tir. Ces ré­sul­tats ne sont pas si éton­nants et tra­duisent le fait qu’être sen­sible au risque cli­ma­tique, c’est être sen­sible à son en­vi­ron­ne­ment so­cié­tal, fi­nan­cier, opé­ra­tion­nel, etc. Ce qui par ex­ten­sion s’ap­plique à toutes les fa­cettes de la ges­tion d’une en­tre­prise. Il n’y a donc pas de contra­dic­tion entre la res­pon­sa­bi­li­té fi­du­ciaire des en­tre­prises et leur en­ga­ge­ment ci­toyen pour lut­ter contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. La tran­si­tion vers une éco­no­mie à faible émis­sion de car­bone a bel et bien com­men­cé.

L’in­dice Stoxx Glo­bal Cli­mate Change Lea­ders, com­po­sé des en­tre­prises les moins émet­trices de CO2, dont treize fran­çaises, sur­per­forme l’in­dice Stoxx Glo­bal 1800 : 131,10 % de­puis son ori­gine le 19 sep­tembre 2011 à fin sep­tembre 2017, contre 105,28 %

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