Les ser­vices aux “par­ti­cu­liers em­ployeurs”

Dif­fé­rents ac­teurs et ser­vices pour fa­ci­li­ter le quo­ti­dien des “par­ti­cu­liers em­ployeurs”

Le Nouvel Economiste - - La Une - SAN­DRINE LA­NA

Tout le monde peut avoir be­soin de faire ap­pel à un pro­fes­sion­nel à do­mi­cile pour al­lé­ger son quo­ti­dien ou ce­lui d’un proche : mé­nage, re­pas­sage, pré­pa­ra­tion des re­pas, bri­co­lage… au to­tal 26 ac­ti­vi­tés re­lèvent du ser­vice à la per­sonne (SAP). En em­bau­chant, le par­ti­cu­lier en­dosse alors les obli­ga­tions d’un em­ployeur, à sa­voir une ges­tion des for­ma­li­tés ad­mi­nis­tra­tives, ju­ri­diques et fis­cales. De nom­breuses offres se sont dé­ve­lop­pées pour ac­com­pa­gner ces “par­ti­cu­liers em­ployeurs” et sim­pli­fier le re­cours aux SAP.

Ces der­nières an­nées, les ser­vices pu­blics et les pro­fes­sion­nels du sec­teur pri­vé ont oeu­vré à sim­pli­fier les dé­marches ad­mi­nis­tra­tives dans un sec­teur en plein boom, en rai­son no­tam­ment du vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion. “Le par­ti­cu­lier peut s’en sor­tir seul dans la ges­tion d’un sa­la­rié à do­mi­cile, à condi­tion qu’il soit bien in­for­mé dès le dé­but. Il pense sou­vent uni­que­ment aux pro­cé­dures d’em­bauche, mais tout peut ar­ri­ver: dé­cès de l’em­ployeur âgé, fin de contrat d’une nou­nou lorsque l’en­fant entre à l’école…”, in­dique Be­noît Ra­moz­zi, res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion de la Fe­pem, Fé­dé­ra­tion des par­ti­cu­liers em­ployeurs, qui in­forme gra­tui­te­ment n’im­porte quel par­ti­cu­lier via une per­ma­nence té­lé­pho­nique. Pour un ac­com­pa­gne­ment plus large, dif­fé­rents ni­veaux d’adhé­sion per­mettent aux membres de bé­né­fi­cier d’ou­tils tels que des mo­dèles de contrat, ou de dis­po­ser d’avis de ju­ristes spé­cia­li­sés (entre 80 eu­ros/tri­mestre et 300 eu­ros/an). “Consul­ter le site par­ti­cu­lier-em­ploi.fr est éga­le­ment un bon ré­flexe avant de se lan­cer”, ajoute-t-il.

L’em­ploi di­rect sim­pli­fié

Par­mi les me­sures sim­pli­fiées fa­vo­ri­sant l’em­ploi di­rect, le chèque em­ploi ser­vice uni­ver­sel (Cesu) est un in­con­tour­nable. Il per­met de ré­mu­né­rer son sa­la­rié via un for­mu­laire en ligne et de dé­cla­rer ces pres­ta­tions au­près l’Urs­saf. Les co­ti­sa­tions so­ciales sont en­suite pré­le­vées di­rec­te­ment sur le compte ban­caire du par­ti­cu­lier as­so­cié au ché­quier. 20 % des in­ter­ven­tions en em­ploi di­rect sont fi­nan­cées di­rec­te­ment par ce dis­po­si­tif dans les SAP. Pour les sa­la­riés, le Cesu peut être pris en charge par l’em­ployeur ou le conseil d’en­tre­prise. “C’est un avan­tage fi­nan­cier qu’une en­tre­prise

– ou l’État pour les fonc­tion­naires – peut oc­troyer. Elle par­ti­cipe ain­si aux dé­penses de ser­vices à la per­sonne de ses

em­ployés”, pré­cise Phi­lippe Per­rin, pré­sident de Do­mi­serve, l’un des six émet­teurs du Cesu. Au­jourd’hui, un mil­lion de sa­la­riés en bé­né­fi­cie et ré­mu­nère quelque 300 000 in­ter­ve­nants. Comme le ti­cket-res­tau­rant, il est le plus sou­vent co­fi­nan­cé (par l’em­ployeur et l’em­ployé) mais peut théo­ri­que­ment être fi­nan­cé à 100 % par l’en­tre­prise. “Les deux tiers des Cesu servent à ré­mu­né­rer des sa­la­riés à do­mi­cile pour de la garde d’en­fants, et le reste sert gé­né­ra­le­ment aux tâches mé­na­gères”, pour­suit-il. Les pro­fes­sions li­bé­rales, com­mer­çants, ar­ti­sans ou agri­cul­teurs, ceux-ci peuvent en bé­né­fi­cier jus­qu’à 1 830 eu­ros/ an. “Con­crè­te­ment, l’in­dé­pen­dant peut ache­ter des Cesu pré­fi­nan­cés par le biais de son compte ou ce­lui de son en­tre­prise. C’est l’un des seuls dis­po­si­tifs avan­ta­geux com­muns aux sa­la­riés et aux pro­fes­sions li­bé­rales”, in­dique Phi­lippe Per­rin. La sim­pli­fi­ca­tion de l’em­ploi di­rect à do­mi­cile vise par­ti­cu­liè­re­ment à ré­duire le tra­vail non dé­cla­ré. Et c’est à l’avan­tage de deux par­ties. Si le sa­la­rié n’est pas cou­vert en cas de pé­pin, l’em­ployeur risque de

de­voir rem­bour­ser l’en­semble des frais en­ga­gés par la vic­time et de faire face à des sanc­tions pou­vant al­ler jus­qu’à 3 ans d’em­pri­son­ne­ment et 45 000 eu­ros d’amende. “En ne dé­cla­rant pas quel­qu’un, le par­ti­cu­lier perd aus­si le cré­dit d’im­pôts dont il peut bé­né­fi­cier, sou­ligne Phi­lippe

Per­rin. Ce­la lui re­vient donc plus cher d’em­ployer au noir. Pour un sa­laire de 10 eu­ros nets/h, il paye 8 eu­ros de charges moins 2 eu­ros de dé­duc­tion for­fai­taire par heure de tra­vail. Et il bé­né­fi­cie en­suite d’un cré­dit d’im­pôts de 50 %. Il paie­ra donc au fi­nal 8 eu­ros. Au noir, il paye­ra en­vi­ron 12 eu­ros/h.”

Un ac­com­pa­gne­ment sur me­sure

Les par­ti­cu­liers font aus­si ap­pel à des or­ga­nismes pou­vant les se­con­der, voire as­su­mer leur rôle d’em­ployeur. On dis­tingue les or­ga­nismes man­da­taires de ser­vices à la per­sonne des pres­ta­taires. En 2017, 35 000 struc­tures étaient ha­bi­li­tées, de toutes formes ju­ri­diques: as­so­cia­tions, en­tre­prises et centres com­mu­naux d’ac­tion so­ciale. Les or­ga­nismes pres­ta­taires mettent leurs sa­la­riés à dis­po­si­tion des clients. “Avec nous, le par­ti­cu­lier n’est pas em­ployeur, ce qui est peut-être pra­tique lors­qu’on est âgé ou fra­gi­li­sé. De plus, le client bé­né­fi­cie d’une conti­nui­té dans l’offre : si votre auxi­liaire de vie prend des va­cances ou tombe ma­lade, nous nous char­geons d’en­voyer un rem­pla­çant. Ce­la n’est pas en­vi­sa­geable en cas d’em­ploi di­rect”, ar­gu­mente Jean-Pierre Ar­naud Ma­riot­ti, di­rec­teur de l’agence

“Le par­ti­cu­lier peut s’en sor­tir seul dans la ges­tion d’un sa­la­rié à do­mi­cile, à condi­tion qu’il soit bien in­for­mé dès le dé­but”

Mar­seille Aide à Do­mi­cile, du ré­seau Ad­hap Ser­vices à Mar­seille. Le ré­seau Ad­hap Ser­vices prend en charge en tant que pres­ta­taire, du­ra­ble­ment ou ponc­tuel­le­ment, quelque 16000 per­sonnes, et sa­la­rie en­vi­ron 5 000 in­ter­ve­nants, le plus sou­vent pour des sor­ties d’hos­pi­ta­li­sa­tion ou le dé­mé­na­ge­ment d’une per­sonne âgée chez ses en­fants. Les coûts de ces pres­ta­tions sont très va­riables se­lon la struc­ture, bien que cer­taines soient ré­gle­men­tées. Les in­ter­ven­tions sont sus­cep­tibles d’être fi­nan­cées par dif­fé­rents dis­po­si­tifs, tels que l’al­lo­ca­tion per­son­na­li­sée d’au­to­no­mie (APA) des­ti­née à cou­vrir les dé­penses liées à l’au­to­no­mie des per­sonnes âgées, et la pres­ta­tion de com­pen­sa­tion du han­di­cap (PCH) cou­vrant l’aide hu­maine et ma­té­rielle pour des per­sonnes han­di­ca­pées. Toutes deux sont dé­li­vrées par le conseil dé­par­te­men­tal. D’autres aides so­ciales peuvent être ob­te­nues au­près des com­munes et des caisses de re­traite ou mu­tuelles dans cer­taines condi­tions. De la même ma­nière, les mu­tuelles et les dé­par­te­ments dé­livrent sous condi­tions le Cesu pour fi­nan­cer l’aide aux per­sonnes en si­tua­tion de dé­pen­dance.

Dé­lé­ga­tion ga­gnante

Lors­qu’au­cun or­ga­nisme fi­nan­ceur n’in­ter­vient, faire ap­pel à un or­ga­nisme man­da­taire est une al­ter­na­tive

moins oné­reuse. “L’or­ga­nisme man­da­taire met à dis­po­si­tion des sa­la­riés au par­ti­cu­lier qui reste l’em­ployeur”, in­dique Bet­ty Duchateau, res­pon­sable de sec­teur d’An­ne­zin (Pas-deCa­lais) pour le CIASFPA (Centre in­ter­com­mu­nal d’ac­tions so­ciales en fa­veur des per­sonnes âgées), re­vê­tant le rôle de man­da­taire. “Nous pro­po­sons éga­le­ment une aide ad­mi­nis­tra­tive mais ce n’est pas le cas de toutes les struc­tures man­da­taires.” Ain­si, l’as­so­cia­tion prend en charge la ges­tion d’une fin de contrat ou d’un dif­fé­rend aux prud’hommes. Lorsque la si­tua­tion de la prise en charge évo­lue, par exemple lors de l’ob­ten­tion de l’APA, nombre d’or­ga­nismes man­da­taires de­viennent pres­ta­taires. “Ce­la ne change rien pour la per­sonne car les coûts sup­plé­men­taires liés au rôle de pres­ta­taire se­ront

pris en charge”, pré­cise le CIASFPA. Le coût d’une heure de tra­vail pris en charge par un man­da­taire est d’en­vi­ron 17,50 eu­ros, contre 21,50 eu­ros au­près d’un pres­ta­taire (avant cré­dit d’im­pôt). Dans le cas de la sous­crip­tion d’une offre glo­bale d’as­su­rance, la prise en charge va­rie se­lon le contrat sous­crit. San­dra Klein, di­rec­trice com­mer­ciale du pôle san­té-bien vivre d’In­ter Mu­tuelles As­sis­tance (IMA) ex­plique la pro­cé­dure à l’oeuvre dans son en­tre­prise: “Si l’as­su­ré em­ploie dé­jà à titre per­son­nel une per­sonne ou un or­ga­nisme pou­vant ac­com­plir la pres­ta­tion de­man­dée, nous lui rem­bour­sons par la suite 50 % des sommes payées (coût de la pres­ta­tion di­mi­nué du cré­dit d’im­pôt dont bé­né­fi­cie­ra l’as­su­ré)”. Et pour trou­ver l’ac­com­pa­gne­ment qua­si q sur me­sure, le mi­nis­tère de l’Éco­no­mie et des Fi­nances met à la dis­po­si­tion des par­ti­cu­liers un an­nuaire en ligne. Il per­met de dé­fri­cher le ter­rain des pres­ta­taires en fonc­tion des be­soins du foyer. En quelques clics, les en­tre­prises ou or­ga­nismes cor­res­pon­dant le mieux aux cri­tères sé­lec­tion­nés ap­pa­raissent, men­tion­nant les co­or­don­nées des res­pon­sables, le type d’or­ga­nisme (as­so­cia­tions, so­cié­té, man­da­taire ou pres­ta­taire, etc.), le mode de paie­ment (Cesu pos­sible ou non) ain­si qu’une cer­ti­fi­ca­tion par la­bel­li­sa­tion comme France Alz­hei­mer, Cap’Han­déo no­tam­ment.

“En ne dé­cla­rant pas quel­qu’un, le par­ti­cu­lier perd aus­si le cré­dit d’im­pôts dont il peut bé­né­fi­cier. Ce­la lui re­vient donc plus cher d’em­ployer au noir”

“Le Cesu est un avan­ta­geg fi­nan­cier qu’une en­tre­prise – ou l’État pour les fonc­tion­naires – peut oc­troyer. Elle par­ti­cipe ain­si aux dé­penses de ser­vices à la per­sonne de ses em­ployés.” Phi­lippe Per­rin, Do­mi­serve.

“Si votre auxi­liaire de vie prend des va­cances ou tombe ma­lade, nous nous char­geons d’en­voyer un rem­pla­çant. Ce­la n’est pas en­vi­sa­geable en cas d’em­ploi di­rect.”

Jean-Pierre Ar­naud Ma­riot­ti, Ad­hap.

“Si l’as­su­ré em­ploie dé­jà à titre per­son­nel une per­sonne ou un or­ga­nisme pou­vant ac­com­plir la pres­ta­tion de­man­dée, nous lui rem­bour­sons par la suite 50 % des sommes payées.”

San­dra Klein, IMA.

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