KEYNES ÉTAIT-IL UN LIBÉRAL?

Les per­sonnes de­vraient être libres de choi­sir. Mais c’est leur li­ber­té de ne pas choi­sir qui trou­blait Keynes

Le Nouvel Économiste - - LA UNE - THE ECONOMIST

En 1944, Frie­drich Hayek re­çut une lettre d’un client de l’hô­tel Cla­ridge d’At­lan­tic Ci­ty, dans le New Jer­sey. Il fé­li­ci­tait l’éco­no­miste, né en Au­triche, pour son “grand” livre, ‘The Road to Serf­dom‘ (La route de la ser­vi­tude) dans le­quel Hayek dé­fen­dait l’idée que la pla­ni­fi­ca­tion éco­no­mique consti­tuait une me­nace pour la li­ber­té. “Mo­ra­le­ment et phi­lo­so­phi­que­ment, je me re­trouve pro­fon­dé­ment en ac­cord avec vous”, di­sait la lettre. Le cor­res­pon­dant de Frie­drich Hayek était John May­nard Keynes, en route pour la confé­rence de Bret­ton Woods, dans le New Hamp­shire, où il al­lait par­ti­ci­per à l’éla­bo­ra­tion du nou­vel ordre éco­no­mique de l’après-guerre. La cha­leur des louanges sur­pren­dra ceux qui consi­dèrent Frie­drich Hayek comme le par­rain in­tel­lec­tuel du that­che­risme, et Keynes comme le saint pa­tron d’un ca­pi­ta­lisme très di­ri­giste. Mais Keynes, contrai­re­ment à ses dis­ciples, n’était pas un homme de gauche. “La guerre des classes me trou­ve­ra du cô­té de la bour­geoi­sie éclai­rée” avait-il écrit dans son es­sai de 1925, “Suis-je un libéral ?” Plus tard, il dé­cri­vit les syn­di­ca­listes comme des “ty­rans, dont les pré­ten­tions égoïstes et par­ti­sanes doivent être com­bat­tues avec bra­voure”. Il ac­cu­sa les di­ri­geants du par­ti tra­vailliste bri­tan­nique d’agir comme des “em­bri­ga­dés d’un credo dé­pas­sé”, des “de­mi-se­mi-mar­xistes fa­bia­nistes mar­mon­nants et ron­gés de mousse”. Et il af­fir­ma qu’“il y a une jus­ti­fi­ca­tion so­ciale et psy­cho­lo­gique aux in­éga­li­tés im­por­tantes de re­ve­nus et de ri­chesses” (même si ce n’était pas une re­marque à pro­pos des dif­fé­rences de re­ve­nus énormes qui exis­taient à son époque).

Quand, alors, Keynes dé­fen­dit-il le key­né­sia­nisme ? La ré­ponse évi­dente est lors de la Grande dé­pres­sion, qui frap­pa la Grande-Bre­tagne dans les an­nées 1930 et bri­sa la foi de beau­coup dans un ca­pi­ta­lisme en roue libre. Mais plu­sieurs des idées de Keynes da­taient d’une époque an­té­rieure.

Il ap­par­te­nait à une nou­velle gé­né­ra­tion de li­bé­raux peu sé­duits par le lais­ser-faire, par l’idée que “l’en­tre­prise pri­vée et sans en­traves pro­dui­rait le plus grand bien pour tous”. Pour Keynes, cette doc­trine n’était ja­mais né­ces­sai­re­ment vraie et en ppra­tique,q, elle n’avait plus d’uti­li­té. Ce que l’État de­vait lais­ser à l’ini­tia­tive in­di­vi­duelle et ce qu’il de­vait as­su­mer de­vait être dé­ci­dé au cas par cas.

Lui, comme d’autres li­bé­raux, de­vait comp­ter avec les risques de pro­pa­ga­tion du so­cia­lisme et du na­tio­na­lisme, de la ré­vo­lu­tion et de la ré­ac­tion, à chaque dé­ci­sion. En 1911, un gou­ver­ne­ment bri­tan­nique libéral et ré­for­miste avait in­tro­duit un sys­tème de pré­voyance obli­ga­toire pour ré­pondre à l’in­fluence po­li­tique crois­sante des tra­vaillistes. Il com­pre­nait des congés ma­la­die, l’al­lo­ca­tion ma­ter­ni­té et un sem­blant d’as­su­rance chô­mage pour les pe­tits sa­laires. Les li­bé­raux comme Keynes voyaient les chô­meurs comme des “ac­tifs na­tio­naux” qui ne mé­ri­taient pas d’être pau­pé­ri­sés alors qu’ils n’étaient res­pon­sables de rien. Ce cou­rant du li­bé­ra­lisme ju­geait né­ces­saire d’ai­der ceux qui ne pou­vaient s’ai­der et d’en­tre­prendre col­lec­ti­ve­ment ce qui ne pou­vait l’être in­di­vi­duel­le­ment. La pen­sée de Keynes s’ins­crit dans ce cadre. Il ré­flé­chis­sait aux en­tre­pre­neurs qui ne pou­vaient se dé­ve­lop­per de fa­çon pro­fi­table à moins que d’autres ne fassent de même, et aux épar­gnants qui ne pou­vaient amé­lio­rer leur si­tua­tion fi­nan­cière à moins que d’autres soient dis­po­sés à em­prun­ter. Au­cun groupe ne pou­vait réus­sir par ses seuls ef­forts. Et l’échec de cha­cun nui­sait à tous. Com­ment ce­la se pou­vait-il ? Les éco­no­mies pro­duisent en ré­ac­tion à la con­som­ma­tion, di­sait Keynes. Si la con­som­ma­tion est molle, la pro­duc­tion, l’em­ploi et le re­ve­nu se­ront faibles, dans la même pro­por­tion. Une ca­té­go­rie vi­tale de dé­penses est l’in­ves­tis­se­ment, l’achat de nou­veaux équi­pe­ments, d’usines, d’im­meubles et ain­si de suite. Mais Keynes crai­gnaient que les en­tre­pre­neurs, lais­sés seuls, s’en­gagent trop peu dans des in­ves­tis­se­ments de ce type. Il dé­cla­ra un jour, pro­vo­ca­teur, que l’Amé­rique pou­vait perdre ain­si la voie de la pros­pé­ri­té. Les éco­no­mistes qui les avaient pré­cé­dés étaient plus op­ti­mistes. Ils pen­saient que si la vo­lon­té d’in­ves­tir était faible et le dé­sir d’épar­gner fort, les taux d’in­té­rêt s’ajus­te­raient pour les équi­li­brer. Pour Keynes, les taux d’in­té­rêt avaient un autre rôle : ce­lui de per­sua­der les gens de se sé­pa­rer de leur ar­gent pour ache­ter des ac­tifs moins li­quides.

L’at­trait de l’ar­gent dis­po­nible, avait com­pris Keynes, est qu’il per­met aux gens de pré­ser­ver leur pou­voir d’achat tout en re­pous­sant toute dé­ci­sion sur quoi en faire. Ce­la leur don­nait la li­ber­té de ne pas choi­sir. Si l’at­trait de cette li­ber­té est par­ti­cu­liè­re­ment fort, ils se sé­parent de leur ar­gent uni­que­ment si d’autres ac­tifs semblent ir­ré­sis­ti­ble­ment bon mar­ché, par com­pa­rai­son. Mal­heu­reu­se­ment, des prix d’ac­tifs bas au­raient aus­si pour ef­fet de ré­duire les dé­penses en im­mo­bi­li­sa­tions, ce qui se tra­dui­rait par une di­mi­nu­tion de la pro­duc­tion, de l’em­ploi et des gains. La baisse des re­ve­nus ré­duit la ca­pa­ci­té d’épargne de la com­mu­nau­té, la com­pri­mant jus­qu’à ce qu’elle cor­res­ponde à la faible vo­lon­té d’in­ves­tir de la na­tion. Et là, l’éco­no­mie dé­cline.

Le chô­mage qui en ré­sulte n’est pas seule­ment in­juste mais éga­le­ment un ter­rible gâ­chis. Le tra­vail, sou­li­gnait Keynes, ne se conserve pas. Même si les tra­vailleurs eux-mêmes ne dis­pa­raissent pas quand ils n’ont pas de tra­vail, le temps qu’ils au­raient pu pas­ser à contri­buer à l’éco­no­mie est per­du pour tou­jours.

Ce gâ­chis hante tou­jours le monde. De­puis le dé­but de l’an­née 2008, la force de tra­vail en Amé­rique a pro­duit 100 mil­liards d’heures tra­vaillées en moins com­pa­ré à une si­tua­tion de plein-em­ploi, se­lon le Bu­reau du bud­get du Congrès amé­ri­cain. Keynes a sou­vent été ac­cu­sé par les grands comp­tables des na­tions d’un dé­dain ca­va­lier pour la dis­ci­pline bud­gé­taire. Mais ses li­bé­ra­li­tés en pièces jaunes n’étaient rien com­pa­rées au pha­ra­mi­neux gâ­chis qu’est le chô­mage de masse.

Un rose re­la­tif

Le re­mède le plus sou­vent as­so­cié à Keynes est simple : si les en­tre­pre­neurs pri­vés n’in­ves­tissent pas as­sez pour main­te­nir un taux d’em­ploi éle­vé, le gou­ver­ne­ment doit le faire. Il était en fa­veur de pro­grammes am­bi­tieux de tra­vaux pu­blics, par­mi les­quels la re­cons­truc­tion du sud de Londres, de Coun­ty Hall à Green­wich, pour qu’il ri­va­lise avec le quar­tier chic de Saint James. Dans sa lettre à Frie­drich Hayek, il ad­met­tait que son adhé­sion mo­rale et phi­lo­so­phique à ‘La route de la ser­vi­tude’ n’al­lait pas jus­qu’à sa po­si­tion éco­no­mique. La Grande-Bre­tagne avait ab­so­lu­ment be­soin de plus de pla­ni­fi­ca­tion, pas de moins. Dans sa ‘Théo­rie Gé­né­rale’, il pres­cri­vait “une mu­tua­li­sa­tion as­sez gé­né­rale de l’in­ves­tis­se­ment”.

Ses plus vi­ru­lents dé­trac­teurs sou­lignent les im­pli­ca­tions illi­bé­rales, et même to­ta­li­taires, de cette phrase. Il est vrai que le key­né­sia­nisme est com­pa­tible avec l’au­to­ri­ta­risme, comme le dé­montre la Chine ac­tuelle. La ques­tion intéressante est : si le key­né­sia­nisme peut bien fonc­tion­ner sans le li­bé­ra­lisme, est-ce que le li­bé­ra­lisme peut pros­pé­rer sans key­né­sia­nisme ? Les cri­tiques li­bé­raux de Keynes ont pro­duit une pa­lette d’ar­gu­ments pour le dé­bat. Cer­tains re­jettent son diag­nos­tic. Les ré­ces­sions, disent-ils, ne sont pas le ré­sul­tat d’une pé­nu­rie gué­ris­sable de dé­penses. Elles sont la dou­lou­reuse purge de dé­penses in­con­si­dé­rées. Les ré­ces­sions ne créent donc pas de conflits entre la li­ber­té et la sta­bi­li­té éco­no­mique. Le re­mède n’est pas moins de li­bé­ra­lisme, mais plus : un mar­ché du tra­vail plus libre qui laisse les sa­laires bais­ser ra­pi­de­ment quand la con­som­ma­tion s’es­souffle. Et la fin de l’ac­ti­visme des banques cen­trales, car des taux d’in­té­rêt ar­ti­fi­ciel­le­ment bas in­vitent aux in­ves­tis­se­ments in­con­sé­quents qui fi­nissent en krach.

Pour d’autres, le re­mède est pire que la ma­la­die. Les ré­ces­sions ne sont pas des rai­sons va­lables pour pié­ti­ner la li­ber­té. Ce stoï­cisme était im­pli­cite dans des ins­ti­tu­tions vic­to­riennes comme l’éta­lon-or, le libre-échange et les bud­gets équi­li­brés, qui liaient les mains des gou­ver­ne­ments pour le meilleur et pour le pire. Mais en 1925, la so­cié­té ne to­lé­rait plus de telles souf­frances parce qu’elle ne croyait plus qu’elle de­vait les en­du­rer.

Une troi­sième sé­rie d’ar­gu­ments va­lide glo­ba­le­ment le diag­nos­tic de Keynes mais s’élève contre sa pres­crip­tion la plus cé­lèbre : la mo­bi­li­sa­tion de l’in­ves­tis­se­ment pu­blic. Par la suite, les li­bé­raux crurent da­van­tage dans la po­li­tique mo­né­taire. Si le taux d’in­té­rêt ne ré­con­ci­liait pas na­tu­rel­le­ment l’épargne et l’in­ves­tis­se­ment à des ni­veaux éle­vés de re­ve­nus et d’em­plois, les banques cen­trales mo­dernes pour­raient le bais­ser jus­qu’à ce que ce­la soit le cas. Cette al­ter­na­tive seyait mieux aux li­bé­raux que l’ac­ti­visme bud­gé­taire de Keynes. La plu­partp (mais ppas tous)) ac­cep­tentp que l’État dé­tienne une­res­pon­sa­bip li­té dans la mon­naie d’une na­tion. Puisque le gou­ver­ne­ment doit avoir une po­li­tique mo­né­taire, d’une fa­çon ou d’une autre, il peut aus­si bien choi­sir celle qui per­met à l’éco­no­mie d’at­teindre son plein po­ten­tiel.

Ces trois thèses peuvent être ré­fu­tées. Si une éco­no­mie a mal dé­pen­sé, la so­lu­tion est cer­tai­ne­ment de reo­rien­ter les dé­penses, et non de les ré­duire. Si les gou­ver­ne­ments li­bé­raux ne com­battent pas les ra­len­tis­se­ments éco­no­miques, les élec­teurs se tour­ne­ront vers des gou­ver­ne­ments illi­bé­raux qui le fe­ront, tout en pié­ti­nant ces mêmes li­ber­tés que la dé­vote iner­tie du gou­ver­ne­ment pré­cé­dent vou­lait res­pec­ter.

Pour fi­nir, Keynes en per­sonne pen­sait que l’“ea­sy mo­ney”, l’ar­gent fa­cile, était utile. Il dou­tait seule­ment qu’il soit suf­fi­sant. Même gé­né­reu­se­ment dis­tri­buées, les li­qui­di­tés sup­plé­men­taires peuvent ne pas réus­sir à re­lan­cer la con­som­ma­tion, sur­tout si les ad­mi­nis­trés pensent que cette gé­né­ro­si­té ne du­re­ra pas. Des doutes si­mi­laires sur la po­li­tique mo­né­taire ont sur­gi de­puis la crise fi­nan­cière de 2008. La ré­ac­tion des banques cen­trales du­rant ce dé­sastre a été moins ef­fi­cace qu’es­pé­rée. Elle a été aus­si plus in­ter­ven­tion­niste que les pu­ristes ne l’au­raient sou­hai­té. Le ra­chat par les banques cen­trales d’ac­tifs, y com­pris de titres de so­cié­tés pri­vées, a in­évi­ta­ble­ment pri­vi­lé­gié cer­tains groupes par rap­port à d’autres. Ils ont donc com­pro­mis l’im­par­tia­li­té en ma­tière d’af­faires éco­no­mi­quesq qui sied à un État stric­te­ment libéral. Du­rant les ré­ces­sions sé­vères, la po­li­tique bud­gé­taire key­né­sienne peut être plus ef­fi­cace que les me­sures mo­né­taires. Et elle ne doit pas né­ces­sai­re­ment avoir la main aus­si lourde qque les cri­ti­quesq ne le craignent.g Même un pe­tit État sans pré­ten­tions doit faire des in­ves­tis­se­ments pu­blics – des in­fra­struc­tures, par exemple. Keynes pen­sait que ces pro­jets de­vaient être pla­ni­fiés dans le temps pour com­pen­ser la baisse des dé­penses pri­vées, quand la main-d’oeuvre et les ma­té­riaux se­raient de toute fa­çon plus fa­ciles à trou­ver.

En dé­fen­dant l’in­ves­tis­se­ment, il était heu­reux d’exa­mi­ner “tous types de com­pro­mis” entre l’au­to­ri­té pu­blique et l’ini­tia­tive pri­vée. Le gou­ver­ne­ment pou­vait, di­sons, s’as­su­rer contre les risques les plus lourds, au lieu de les as­su­mer di­rec­te­ment.

Dans les an­nées 1920, la Gran­deB­re­tagne avait adop­té l’im­pôt pro­gres­sif et l’adhé­sion obli­ga­toire au sys­tème na­tio­nal de pré­voyance so­ciale, qui col­lec­tait les co­ti­sa­tions des sa­la­riés et des en­tre­prises du­rant les pé­riodes d’em­ploi, puis re­dis­tri­buait les al­lo­ca­tions-chô­mage du­rant les pé­riodes d’in­ac­ti­vi­té. Ce n’était pas leur rai­son d’être, mais ces ar­ran­ge­ments ser­vaient de “sta­bi­li­sa­teur éco­no­mique”, écré­mant du pou­voir d’achat du­rant les booms et le ré-in­jec­tant du­rant les creux éco­no­miques. On peut pous­ser ce­la plus loin. En 1942, Keynes en­té­ri­na une pro­po­si­tion de co­ti­sa­tions so­ciales plus basses du­rant les pé­riodes maigres, et plus éle­vées du­rant les temps pros­pères. Com­pa­rée à un in­ves­tis­se­ment pu­blic va­riable, cette ap­proche avait des avan­tages : les pré­lè­ve­ments sur les sa­laires, contrai­re­ment aux pro­jets d’in­fra­struc­tures, pou­vaient être ajus­tés d’un trait de crayon. Ils ef­fa­çaient aus­si les li­gnesg de frac­tures idéo­lo­giques. L’État est à son plus key­né­sien (me­su­ré par la re­lance) quand il est éga­le­ment à son plus lé­ger (me­su­ré par son em­prise fis­cale).

La théo­rie key­né­sienne est en fin de compte in­dé­cise sur la taille d’un gou­ver­ne­ment. Keynes pen­sait qu’une em­prise fis­cale de 25 % du re­ve­nu na­tio­nal net (plus ou moins 23 % du PIB) est “à peu près la li­mite de ce qui peut être pré­le­vé ai­sé­ment”. Il s’in­quié­tait plus du vo­lume de la dé­pense que de sa com­po­si­tion. Il était heu­reux de lais­ser les forces du mar­ché dé­ci­der de ce qui était ache­té, pour­vu que ce­la soit suf­fi­sant. Bien me­nées, ses po­li­tiques dé­tour­naient des dé­penses qui n’au­raient de toute fa­çon pas exis­té du tout.

Le key­né­sia­nisme peut être pous­sé à l’ex­cès. S’il fonc­tionne trop bien en re­lan­çant la con­som­ma­tion, il peut pe­ser sur les res­sources de l’éco­no­mie et en­traî­ner une in­fla­tion chronique (une éven­tua­li­té qui in­quié­tait aus­si Keynes). Les pla­ni­fi­ca­teurs peuvent com­mettre des er­reurs ou en faire trop. Leur pou­voir de prélèvement des res­sources peut pro­vo­quer une ré­ac­tion po­li­tique en­flam­mée, qui de­vient en­suite mi­li­tante et pousse le gou­ver­ne­ment au re­cours à la force. Les États to­ta­li­taires, que Key­nes­voug laient tant abattre, mon­traient que la “cap­ta­tion cen­tra­li­sée des res­sources” et “l’em­bri­ga­de­ment des in­di­vi­dus” pou­vaient dé­truire la li­ber­té in­di­vi­duelle, comme Keynes l’avait no­té à un mo­ment don­né.

Mais il était d’avis que ce risque était mi­nime en Grande-Bre­tagne. La pla­ni­fi­ca­tion qu’il pro­po­sait était plus mo­deste. Et les per­sonnes im­pli­quées crai­gnaient tout au­tant un so­cia­lisme ram­pant que n’im­porte qui.

Une pla­ni­fi­ca­tion mo­dé­rée est sûre, écri­vait Keynes dans sa lettre à Hayek, si les per­sonnes qui la mettent en oeuvre par­tagent la po­si­tion mo­rale de Hayek. Les pla­ni­fi­ca­teurs idéaux sont ceux qui pla­ni­fient à contre­coeur. Le key­né­sia­nisme est à son meilleur dans les mains des haye­kiens.

Keynes, contrai­re­ment à ses dis­ciples, n’était pas un homme de gauche. “La guerre des classes me trou­ve­ra du cô­té de la bour­geoi­sie éclai­rée” avai­til écrit dans son es­sai de 1925, “Suis-je un libéral?”

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